‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 20 sur 140 · COSTUMES POPULAIRES DU COMMENCEMENT DU XIX° SIÈCLE · texte numérisé non relu

COSTUMES POPULAIRES DU COMMENCEMENT DU XIX° SIÈCLE

Plauche n° 1.

Fig. 1. — Costume de fiancée de la petite île de Marken, dans le Zuiderzée,

Fig. 2 et 3. — Costumes de la Frise. Le schipper oom, l'oncle, le maître batelier, et sa femme, la tante, en habits de fête.

Fig. 4. — Nord-Hollandaise d'Alkmaar.

Fig. 5 et 6. — Dame et servante de l’intérieur de la Frise, Fig, 7 et 8. — Pêchenrs de l’île d'Ens ou de Schokland, dans le Zuiderzée,

Fig. 9 et 10, — Paysan et paysanne de la Gueldre.

Planche n° 2.

is 12 13 14 15 16 17 18 15

Fig. 11 et 12, — Laitière et servante de Rotterdam.

Fig. 13 et 14. — Habitants de l'île de Walcheren. (Zélande.)

Fig. 15. — Marchande de poisson du village de Scheveningen, près de la Haye.

Fig, 16 et 17, — Villageois et villageoise de l'ile de Zuid-Beveland.

Fig. 18 et 19. — Nord-hollandaises. — Femmes de pêcheurs en habîts des grandes fêtes ; la premiere du village de Catwyk, situé au bord de la mer du Nord; la seconde du village de Volendam, riverain du Zuiderzée,

En Hollande, comme partout, les paysans travaillant à la terre, les gens de mer, sont naturellement arriérés relativement aux autres classes, ces derniers surtout. Les pêcheurs, dont la résidence est généralement attachée au lien de leur naissance, occupés sans relâche sur terre eb sur mer, labourant et façonnant leurs champs en février, semaut le chanvre en mars et avril, passant les trois mois suivants à la poursuite du maquereau, à laquelle succède celle du hareng, ete.; puis eux, leurs femmes et leurs enfants, recueillant, tillant, peignant le chanvre que l’on file en hiver pour en faire des filets; ces pêcheurs qui n'apparaissent dans les villes que pour y vendre leur poisson, et se rembarqnent après les acquisitions qu'ils y font pour leurs besoins réduits à la plus simple expression, sont, entre tous, ceux chez

lesquels les transformations sont les plus lentes.

Les habitants de la #rise-bénie, agricultenrs jouissant d’une tout autre aisance que les pêcheurs, d’une véritable prospérité engendrant le luxe, semblent devoir la conservation marquée de leur originalité, antant à leur éloignement, à leur isolement relatif, qu'à leur caractère propre; on les tient pour différents des Bataves, dont la race est saxonne. Les Frisons, branche du rameau scandinave, seraient d’origine orientale.

Parmi les antres gens de labour, dans la Hollande méridionale, à l'opposite de la Frise, et dans la région de la grande culture Zélandaise, l’homme de la terre a des qualités tenaces qui se font sentir jusque dans les costumes de Walcheren et de Zuid-Beveland, les denx îles types de la Zélande. On sait ce que sont ces terres d'alluvion, plus basses que la mer de deux, trois, quatre et cinq pieds, où ies polders fertiles ont été enlevés pied à pied à cette mer qui les domiue en leur prodiguant ses qualités salines, et où l'homme agit sous l'abri de digues, qui sont de véritables chefs-d’œuvre de l’art, maïs dont les matériaux périssables nécessitent un renouvellement constant, un travail pour ainsi dire sans trève, car il n’y à pas seulement à se défendre contre les flots de l'Océan, mais encore contre les termites et les tarets. Cependant, si la ténacité du Saxon qui occupe la Zélande se montre non moins grande que celle de tant d'autres Bataves vivant dans une situation analogne, et si leurs costumes, leurs contumes, leurs mœurs, sont disciplinés et réglementés, au moins par l'habitude, avec un esprit de suite particulier (dès que les enfants savent courir, ils sont vêtus comme le père et la mère ; le costume de la fillette est celui de la mère dans les plus petits détails ; le paysan, au moment de son mariage, reçoit de ses parents un pourpoint, un gilet, une culotte, noirs ainsi que la kappe, la redingote tombant jusqu'aux pieds, ayant la même forme que celle de son grandpère : vêtements traditionnels, gardés avec respect, et servant daus les plus grandes circonstances), on doit faire observer que l’ensemble du costnme des Zélandais, aussi bien celui des femmes que celui des hommes, est loin d'annoncer l'ancienneté ou d’avoir l'originalité qni distinguent ceux des femmes de Marken ou les Frisonnes.

La veste, le gilet, la cravate, la culotte sans ampleur, le soulier à boucle, sont de temps plus où moius modernes. Le chapean droit, substitué au tricorne, indique la marche de certaines évolutions. — II en est de même chez les femmes; lenr coiffure et la coupe de leurs vêtements ne sont pas non plus des choses de haute antiquité; et il en est encore de même pour les fers d’or et d'argent, les spirales avançant de chaque côté du visage en y suspendant souvent de riches pendeloques branlantes, les casques faits de lames souples et les plaques de front dont le dessin et la forme ne remoutent gnère au delà du seizième siècle, la plupart même étant de style rocaille. Cette modernité relative est encore indiquée par l'abandon du huwiken, l'antique pluvial surmonté d’un chapeau, manteau éminemment néerlandais, auquel s’est substitué pendant le dix-huitième siècle le grand chapeau de paille, affectant il y à quelques anuées encore, la tournure des coiffures de la bergère Pompadour, et réduit actuellement dans ces mêmes régions au chapeau de paille embrassant le bonnet, et orné de longues brides en rubans flottants daus le dos où ils sont liés par un bijou,

Le noir, dans les vêtements d’homme, le parapluie sacramentel que porte aujourd’hui tout paysan sont des changements appelés par le temps. Le voyageur français se plaint en 1778 de ce qu’on se moque en Hollande des gens frisés : « On s’assemble autour d’un homme qui porie son chapean sous le bras; on hue ceux qui se servent de parapluie. »

C’est à partir de Dordrecht, on Dor, ville importante d'une île de la Mer wède, un bras de la Meuse, que, en venant de Belgique, on rencontre la première localité qui ait d’une façon complète, absolue, le cachet hollandais. L'aspect général du pays apparaît alors avec son aix bas et nébuleux, ses maisons, qui, dit M. Jean Aicard, sont « des fenêtres avec un peu de muraille autour, très peu, » et cette propreté si renommée qui arrive à annoblir singulièment les rues, les habitations, une masure prenant de l'air d’un retrait princier. Cette propreté hollandaise, souvent signalée comme excessive, est uné nécessité de climat, car l’humidité constante aurait tôt fait de ternir toute chose, et de faire naître sur les métaux et les bois mille effloresceuces maladives; c’est pour cela que, en Hollande, le euivre devient or, et la vitre diamant. La plupart des habitudes locales sont en rapport avec les conditions hygïéniques du climat, comme le fait justement observer Alp. Esquiros à propos dun tuyau de pipe « tombant naturellement d’une bouche hollandaise. » Sous le ciel brumeux de la Néerlande, l’homme a senti le besoin de faire de la fumée contre de la fumée. L'usage du tabac est une sorte d’homéopathie locale, Quelques physiologistes, dit le même observateur, ont prétendu que la vapeur du tabac enveloppait l’esprit de brouillards ; cette assertion est démentie par le Hollandais qui vit dans un nuage, et dont l'esprit est plus précis, plus positif, plus net dans les détails que celui d'aucun peuple.

Le luxe est naturellement inégal et l'aspect des gens se modifie st la qualité du sol et anssi selon la constitution de la propriété, suivant la province. La Néerlande n'est pas converte partout de gras paturages, Les villages de la Drenthe, perdus au milieu des sables, entourés de plaines de bruyères mornes et désertes, ne sauraient avoir l’aisance dont jouissent leurs voisins immédiats, les habitants de Groningue, riche, fertile, plantureuse, le paradis des paysans détenteurs du sol à perpétuité, rois de la contrée, où ils tiennent partout le haut du pavé. Enfin, entre la prospérité des uns et des autres, il y a encore de grandes différences de physionomie. La Zélandaise dansant avec la gila du village sous la couronne de la jeunesse cst loin de ressembler à la Frisonne glissant sur ses rapides patins. La classe nombreuse des marins, avec l'antique simplicité de ses coutumes et de ses mœurs, de son habillement et de son langage, contribue puissamment à cette variété.

Le couteau qui sert à découper le pain et la viande, est en même temps l'arme du paysan batave. Les Germains le portaient jadis enfermé dans le fourreau de leur glaive. Que le paysan, selon Ia localité, porte le couteau dans sa saîne ostensiblement on non, il ne s’en sépare jamais. C’est une arme si nationale que le lion grimpant des ancicnnes armoiries de la République des sept provinces unies, en ontre des sept flèches d'or liées dans sa griffe droite, est armé d’un coutelas d'argent emmanché d’or,

Les six planches ayant pour signes : la Hotte, le Lapin, FE couronné, lAO, FAV,PAX, consacrées à la Hollande du dix-nenvième siècle, et que nous engageons nos souscripteurs à rapprocher les unes des autres, sont le développement de l'œuvre entreprise par Maaskamp, éditeur à Amsterdam, qui s’est appliqué le premier, dans un recueil méthodique datant de 1503-1807, à combler la lacune existant parmi les publications hollandaises, si riches jusquelà, sur l’histoire et la description des localités, fort abondantes en monuments de tons genres sur les productions naturelles du pays, ses plantes, ses animaux, ses insectes.

Maaskamp en signalant à son époque « que chaque ville de la Hollande a son costume; que daus la seule ville d'Amsterdam le costume varie presqne à chaque quartier; que les diverses provinces semblent être peuplées de nations différentes; que les villages habités par des pêcheurs et ceux habités par des cultivateurs, les villes de commerce et celles de l’intérieur, les îles et les côtes, ont tous non senlement des mœurs qui les caractérisent et qui se peignent dans le maintien et Fhabillement des habitants, chaque rang, chaque profession, s’y distinguant par des manières et des habitndes différentes, » a onvert heureusement une voie que les Hollandais se sont complu à suivre, en développant ces premières études. C’est ainsi qu'à l'Exposition internationale de 1878, à Paris, on à vu cette série de figures de pécheurs eb de paysans néerlandais représentés en cire et revêtns de leurs costumes caractéristiques, formant des scènes naïves. Tout visitenr de eette exposition a passé par la chambre frisonne d'Hindeloopen, aux murs en carreaux de faïence, aux meubles de décor criard, au lit encastré avec l'échelle nécessaire pour y parvenir. On y voyait, portés, les fers d’or ou d'argent des femmes, les plaques en disques des hommes, les porte-pipes historiés et le couteau, arme de duel entre les paysans.

Deux de nos planches (la Hotte, le Lapin) reproduisent des figures données par Maaskamp. Les n% 15, 22 et 27 de la pl. A V, proviennent de ce méme recueil.

Les fers d'or et d'argent des femmes; les plagnes, boutons, chaînes et breloques des hommes, leurs porte-pipes, leur couteau sont représentés dans la pl. E couronné.

La façon dont les femmes portent leur bijouterie de tête, selon la localité, est l’objet de la pl. AO.

Les n° 9, 10 et 17, de la pl. A V, sont des figures oroupées, provenant des effigies en grandenr naturelle de la Section Néerlandaise de exposition de 1878.

L’intérienr frison, pL A X est de même provenance,

La sincérité des photographies d'après nature, d’après lesquelles sont reproduites la presque totalité des pl. AO et A V, s’ajontant ici aux exemples quelqne peu maniérés publiés par Maaskamp, rectifie ce que l'amour d’un éditeur pour ses compatriotes, ayant même quelque intérêt à les embellir, leur peut procurer de ces grâces d'emprunt, qui en font parfois de quasi-personnages d'opéra-comique. Ces photographies rectificatives donnent d’aïllenrs la physionomie dn costume actuellement porté, avec où sans altération, tel enfin qu'il existe encore aujourd’hni, sans devoir, selon l’affirmation de tous les voyageurs modernes, durer longtemps.

Pour suivre la description en détail de ces planches et éviter, antant que possible, les redites dans ce petit travail d'ensemble en simplifiant les désignations, nous laisserons de côté le signe habituel de chacune de nos planches, lequel signe doit servir an classement général de l’onvrage. Nous y ajouterons comme sons-signe un numéro plus facile à employer pour les renvois fréquents que nous avons à faire ici d’une planche à d’autres.

On trouve donc sous le signe de la Hotte, le n° 1,

— sous le Lapin le n° ?,

— sous l'E couronné le n° 3,

— sous l'A O le n° 4, — sous l’A V le n° 5, = sous l'A X le n° 6.

Pour empêcher la confusion dans les désignations des planches on de leurs détails, nous indiquerons sons la rubrique de /igures où motifs les exemples numérotés en détail, Enfin quand nous disons simplement ici n° 1, n° 4, nous entendons la pl. n° 1, ou la planche

Fig. 1. — Costume de fiancée de l'île de Marken. — Marken, marcke, de l'allemand #ark, ‘signifiant au moyen âge la frontière d’un pays ou d'un district, est une petite île ayant fait partie du continent de la Frise occidentale, le Friesland ou Vriesland hollandais, dont elle fut détachée par une tempête au treizième siècle. Depuis cette époque les habitants paraissent n'avoir rien changé à leur costume. Les hommes sont tous pêcheurs ; leurs grandes barques, doggereau et buiden, vont faire la pêche du hareng dans la mer du Nord; les petites, leurs botters, sont affectées à la pêche des anguilles, des plies, des chevrettes, etc., dans le Zuiderzée. Les femmes boucanent les harengs, les sorets.

L'habillement des markenaars, transmis de père en fils, n’est point compliqué; sombre et sans linge voyant, égayé seulement par les disques d'argent qui servent de boucles et d’agrafes et sont d’origine germaine, cet habillement sévère se rapproche beaucoup de celui des pêcheurs de l’île d'Urk {voir fig. 1, pl. n° 5).Il n’est pas sans analogie avec l’ancien costume espagnol. Le costume des femmes est beaucoup plus typique. Elles laissent voir leurs cheveux, ce qui est une grande curiosité en cette partie des Pays- Bas où la chevelure est d'ordinaire entièrement dissimulée sous un casque d'or ou d'argent. La fig. 7 de la pl. n° 5, qui est une autre femme de Marken dans ses atours journaliers, montre les cheveux tombant en longues mèches blondes des denx côtés du visage.

Ce fait seul confirmerait l’origine de ces insulaires, considérés comme ayant dû faire partie des populations germaniques lancées sur l’Europe par les grandes invasions. Ces Germains se font gloire d'avoir conservé intacts les costumes et les mœurs de leurs ancêtres. Leur type est très différent de celui des Hollandais du continent. [ls se marient entr'eux, et jamais avec leurs voisins.

Le costume que toutes les femmes de Marken portent sans exception, depuis la fillette allant à l'école jusqu'à la grand'mêre courbée en deux, est nique dans le monde connu; il contribue à donner à ces femmes, qui ont un air résolu et presque sauvage, un aspect particulier auquel rien ne ressemble. Quoiqu’elles soient hautes en couleur (l'air de la mer ne tolère pas la pâleur), le visage maigre, l’enfoncement des grands yeux bleus de ces filles robustes, annoncent la vie de privations des Markenaars qui ne se nourrissent que de poissons, de fèves et de pois. Jamais de bière, jamais de liqueur ; du thé, du café faibles, c’est l'ordinaire.

La fiancée est dans tout l'éclat de la parure du treizième siècle. Bonnet de fin lin, rappelant la forme de la mitre d’évêque, bordé an sommet d’un ruban de soie rouge ; contour inférieur formé de deux autres rubans, l’un noir, l'autre rouge , entourant le front en diadème. Ce bonnet est recouvert d'une gaze fine, transparente, avec un bord de dentelle s'appliquant sur les rubans noir et rouge, Les cheveux blouds,

non frisés, lessivés selon la coutume avec un mélange de savon et d’aleali, ne se montrent ici qu’en quelqnes boucles légères, Le costume se compose d’une chemisette de fine toile, avec un tour de gorge brodé en noir, Les manches de cette chemisette, visibles entre l'épaule et le coude, se terminent un peu au-dessus du poignet par un bord orné de figures brodées en noir. Une pièce d’étoffe ronge, qui s'attache autour du con, couvre la poitrine et la gorge; cette espèce de bavette est surmontée d'une camisole sans manches, de même couleur, attachée eu haut par une large agrafe d'or, en bas par un lacet, sans compter les galons de rnbans de diverses couleurs. Enfin, par dessus la camisole rouge, se trouve une autre camisole ou veste jaunâtre très ornée de fleurs de toutes sortes de couleurs. Cette dernitre camisole 4 larges épaulettes, et à fleurs par devant comme par derrière, est affermie sur les hanches par des baleines posées verticalement. Les manches brunes qui couvrent une partie des bras sont des pièces détachées de l’habillement. La jupe, généralement bleu foncé, est decellessous lesquelles les femmes qui fontétalage de leur richesse superposent jusqu'à sept jupons. Le grand tablier blanc, à plis verticaux marqués an fer et froncé horizontalement, est des plus caractéristiques. Un mouchoir de cou légèrement noué par devant et dont les pointes sont garnies de glands, des souliers à petite boucle d’argeut dans laquelle passe une patte non repliée, complétent cet ajustement des fiançailles,

On ne connaît point à Marken de distinction de rang ni d'état; le costume, commun à toutes les classes, consacre par un trait visible l'égalité des conditions sociales. Les personnes mariées ne s’habillent point comme celles qui ne le sont pas. Le bonnet de l'épouse est brodé en noir, par derriére, des lettres initiales du nom de son mari : précaution qni rappelle encore les temps de barbarie où l’on marquait sa femme, comme on marque son bétail. Les fleurs de la camisole supérieure, qui sont des roses au nombre de sept pour les filles nubiles, sont seulement au nombre de cinq pour celles qui ne le sont point. Le costume ordinaire est de même coupe que celui des jours de fête, de foire, de noces, de fiançailles, avec cette différence que si, par exemple, la fiancée est vêtue de blanc, toutes les femmes de sa famille et de sa société doivent être aussi vêtues de blanc ; ou que si la fiancée se marie en rouge, le rouge sera la couleur du costume des femmes qui l’accompagnent. Les femmes de ces pêcheurs n'ont pas de

bijoux sur le front, et portent de simples pendants d'oreilles, En temps ordinaire, on voit la cornette blanche, très rehansséc sur le devant de la tête, laissant passer au-dessous du front des cheveux retroussés qui semblent vouloir rejoindre par le haut la cornette, et les deux lougues boncles tombant de chaque côté du visage. Par les lärges emmanchnres d'un pourpoint noir, ouvrant sur l'épaule, passent les bras couverts d'une étoffe de coton à raïes rouges et blanches ; sur le devant du corsage s'étale le pectoral à grands ramages, souvent brun, jamais bleu. Le tablier est de deux pièces, le haut en coton à carreaux blancs et bleus, le bas gros bleu. On porte, des sabots blancs, des sabots verts ou bleus. En semaine, le corsage est préservé par un double plastron, le bonnet par un étui en perse, à grands ramages où le rose et le rouge dominent. Pour la fenaison, on attache aux coiffes blanches nn mouchoir de couleur, rouge ou bleu, qui sert de parasol. M

La veste d'étoffe écarlate, toute passementée d'or fin, avec des boutons d'or sur le devant dn corsage et au bout des manches, est la veste de noces qne la mére transmet à sa fille. Après la fête, on la remet dans le bahut qui la renfermait et d'où elle ressortira intacte, Les mites ne sont point à craindre, l'odeur de la tourbe les éloigne. -

Ces mœurs des habitants de Marken, sauf de très légères nuances, sont communes anx insulaires d'Urk et de Schokland, Les cheveux blonds dout l'éclat apparaît dans ces localités sont de ces chevelnres que les femmes romaines se montraient jalouses de porter, se les procurant dans le commerce ou les imitant par des moyens artificiels. Elles justifient l’épithète donnée aux anciens Bataves : auricomi Batavi, La beauté est, d’ailleurs, plus rare, parmi ces gens, chez les filles que chez les adolescents dont beaucoup ont une figure intéressante, Ce contraste, dit Esquiros, se remarque dans toutes les races qui ont conservé plns ou moins intact l'état de nature,

Fig. 2 et 8. — Frisons des petites villes en habits de

fête. — Parmi les petites villes maritimes situées autour du golfe du Zuiderzée, celles de la Frise se distinguent par une antique simplicité dans les costumes, les mœurs, l'habillement, le langage, particulièrement daus la classe nombreuse des marins. Le schipper oom (schipper, batelier, com, oncle, maître, messire, monsieur), et la femme de cet oncle que l'on appelle moey, tante, en la désignant seulemont par son nom de baptême, tante Annette, Per-

rette, Trinette, ete., ie nom de famille étant rarement cité, apparaissent ici revenant de l'office ; le mari portant la chaufferette en boïs bruni et sculpté dont sa femme à fait usage à l’église. Cette complaisance est un reste des anciennes mœurs conservées dans les petites localités par les bons Frisons. Ce qui différencie l’habit des grandes fêtes de ce bourgeois, c'est qu'il est nenf, car à cela près il est parfaitement semblable à celui que le maître porte tons les jours de la semaine. Il se compose d’un justancorps de serge brune; d’un ample baut-de-chausses de même étoffe, fermé au-dessous des genoux par de grands nœuds de ruban, d’une veste de damas à boutons d'argent. La cravate est étroite ; la chemise est rattachée sous le menton par un double bonton d'or, Le tricorne forme des pointes trés allongées, Quand l’âge le nécessite, on y ajoute une perruque non poudrée, très simple.

La tante est habillée d’un justancorps d’indienne fendu par devant ; d’une jupe de damas à plis nombreux tendue sur des bourrelets ajustés aux hancbes, Un mouchoir d’indienne, un tablier de toile de coton, un chapeau de païlle doublé en dedans de cette même toile, complètent cet ajustement, dont tout le luxe consiste à être vêtue proprement d'étoffes fines, de

‘ qualité égale aux étoffes de la voisine ; le raffinement de la mode n’allant pas là, pour les femmes, jusqu'à mettre la moindre différence dans la façon de l’habit.

Fig. 4, — Nord-hollandaise d’Alkmaar, à sept lieues N. d'Amsterdam. — Les filles d'Alkmaar se distinguent surtout par leur coiffe. La tête est d'abord enveloppée d'une espèce de béguin blanc ovné de fleurs noires en broderie, enveloppant exactement la tête et emprisonnant la chevelure, à l'exception de deux petites boucles qui s’échappent de chaque côté dn front en caressant les joues. Ce béguin est assujetti avec une lame d’or large et flexible qui embrasse par derrière le contour de la tête, et se termine au devant des oreilles en deux espèces de bras, de forme oblongne et auvrée. Sur ces deux bras reposent, par le bout le plus large, denx antres lames reconrbées, moïns larges et assez semblables à des feuilles de saule (voir motif 4, pl. n° 8) qui, en se rapprochant par la pointe, assujettissent le béguin sur le devant de la tête (voir fig. 18, pl. n° 2). À ce béguin est adaptée une autre feuille de saule du même métal, traversant obliquement une prtie dn front, et dont le bout qui pv raît à l'intérieur est quelquefois orné de perles et de dia-

mants (voir ce bandeau de joaillerie auquel on donne souvent le nom d'épi posé obliquement, figures 7 et 10, pl. n° 4).

Tout cela est recouvert par la coiffe proprement dite, un bonnet dout le fond de gaze bien transparente enveloppe exactement le premier étage de la coïffure, sans rien dérober aux regards, soit de la broderie, soit de tout l'or dont il vient d'être parlé, qui forme ce que l’on appelle le casque de la Nordhollandaise. Le devant du bonuet est disposé en un bandeau fort élégant, orné d’une broderie en blanc (voir la fig. 22, pl. 5). Le derrière, artistement plissé et brodé d’une jolie dentelle, flotte en large bande sur la nuque et les épaules. Ce luxe s'associe ici avec un corset d’indienne prolongé en casaquin et dont les manches descendent jusqu'aux poignets. Une jupe de camelot, un tablier de soie, complètent cette tailette. L’élégance de la coîffure convient, dit-on, parfaitement aux visages un peu arrondis, aux beaux yeux et au teint extrêmement frais de la généralité des femmes de la Nord-Hollande.

Fig. et 6, — Riche Frisonne et servante de fermier de l'intérieur des terres, — La servante, ayant à porter du beurre frais au marché, à mis ses beaux habits ; elle est parée de deux fichus, l’un blane, exactement fermé sous le menton par nne agrafe d'or, l’autre, rouge, ouvert sur la poitrine, disposé en petit châle dont les bouts sont nonés par derrière,

La dame porte la grande coiffe, de forme presque ronde, quelquefois entiérement faite de dentelle, et dont, parfois aussi, le fond est de gaze avec un large bord de dentelle. Cette énorme coiffe s'attache au moyen d’une lame d’or qui embrasse le derriére de la tête et qui va, toujours s'élargissant, aboutir aux tempes où elle se termine par denx boutons d'uu joli travail. De ces deux boutons part un fil de même métal qui s'étend comme nn cercean en avant du front et qui sert à guinder et à soutenir l'avancée du bonnet. Par-dessus ce bonnet on pose nn chapean de même taille n'ayant qu'une cavité peu profonde et ressemblant assez à une grande écaille d’huître ; il est tressé de la paille la plus fine, et doublé d'une indienne à fleurs éblouissantes. De ses deux côtés descend nn large ruban de soie servant à maintenir tout l'édifice, et à l’assurer contre les brusqueries du vent.

Fig. 7 et 8. — Insulaires d'Ens on Schokland. {Cette île se trouve à trois lieues de la côte d'Over-Yssel,

au milien du Zuiderzée. Les habitants ÿ ont contioué sans interruption l'ancienne profession de pêcheurs des premiers Bataves.)

Les habitudes ne changent pas plus à Schokland qu'à Marken, et rien n’y altère le mode d'habillement, L'homme est coiffé d’une espèce de calotte de laine tricotée à points très serrés : son vêtement se compose d'un gilet rouge à nombreux boutons d'argent, d’une veste blen-foncé, bordée d'un passement ronge, fermée par en bas par deux ou trois boutons d'argent, et, par-dessus cette veste et le gilet, d’une ample redingote de bure ; la culotte ample est de cette derniére étoffe. Les bas sont de laine grise; les chanssures sont des sahots ; c'est avec ce costume qne l'homme va à la mer.

Les Scboklandaises qui, comme les femmes de Marken sont de celles parmi lesquelles les traditions se conservent imperturbablement, jusqu'au secret de la lessive pour teïndre les cheveux, qu’appréciaient tant les dames romaines lorsqu'elles se coïffaient en jaune à la Batave, comme le raconte Tacite. Elles parent leurs vêtements depuis des siècles d'une façon particulière et qui ne se trouve que dans leur Île, mettant des galons sur les coutures de la plus grande partie des diverses pièces.

Celle qui est ici représentée porte le corset écarlate, dont les manches se ferment au dessous du coude avec nn bouton. Ces manches, que l’on retrousse quelquefois, sont doublées d’une étoffe luisante et damassée, Sur l'épaule, est une pièce d'étoffe rouge hordée d'un galon jaune; un autre galon jaune borde le contour du corset; un troisième, mais plus mince, recouvre les coutures des manches. Le corset rouge, échancré par devant, et laissant une grande ouverture ovale, est fermé aux deux extrémités par des agrafes; le vide de l’échancrure est occupé par un plastron écarlate. Par dessus le corset, est passée une espèce de camisole ajustée, sans manches, de couleur bleue, et assez ouverte pour laisser voir le bord du corset; ce vêtement supérieur est fermé sous le. menton par un simple nœud de ruban blanc, la partie inférieure étant lacée au moyen d’un ruban jaune traversé de rouge dans toute sa longueur, Le collier est de quatre on cinq rangs de perles de corail, réunis par une grosse agrafe d’or (voir fig. 1et 11, pl. n° 3).

Le mouchoir d'indienne à carreaux bleus et violets, est noué en cravate et de manière à ce que les deux bouts retombent négligemment sur les épaules. Cette cravate cache le collier. Le bonuet est fait d'une

pièce de toile chargée d'empois bleu ; roulée en forme de tube autour de la tête; cette toile rénnie sur son sommet y forme un grand nombre de plis. Le bonnet n’a pour tout ornement qu'une espèce de broderie à jour sur le devant. Ea chevelure paraît tout autour du bonnet, sur le front en petites pelotes, anx deux côtés du visage en cigales, par derrière en longues boucles ondoyantes. La jupe est de laine gris-sale; le tablier de même étoffe est à grands plis et bleu ; enfin les bas sont bleu-perlé, les chaussons blen-foncé et les sabots blancs.

À Schokland, dont le nom vent dire : pays des secousses, à cause des chocs que cette île reçoit des flots, il semble que l'homme soit plus immuable que le terrain même.

le at Paysan et paysanne de la province

de Gueldre, — Cette partie de la Hollande, située au-dessous de la province d'Over-Yssel et confinant à l'Allemagne, est la plus accidentée du pays, généralement plat et mouotone. Arnhem, qui en est le chef-lieu avait été surnommée par les anciens Hollandais @ de lugtigste, la plus claire, la plus joyeuse. » Ce coin de terre a un cachet tout spécial, fort apprécié par les Hollandais de retour des Indes qui en font volqntiers leur buen retiro, Les habitations y revêtent des nuances fraîches, des teintes claires, des tonalités tendres qui se retrouvent dans l'habillement de la jolie freule, gracieuse et décidée, que l’ou rencontre aux délicieux villages de Velp et de Rosendaal. Cette fraîcheur est même sensible dans les couleurs du costume du paysan.

Les femmes de la Gueldre sont moins gênées dans leur accontrement qne celles de la Nord-Hollande, de la Frise, et des îles du Zuiderzée. Lenr coïffure se compose d'un bonnet garni de dentelles, encadrant le visage en se dégageant sur les côtés de manière à ue pas cacher les oreilles et à faire valoir leur parure. Ce bonnet est recouvert par nn grand chapeau de paille relevé en arrière et doublé d’une étoffe de soie bleue. Ce chapeau, la position des rubans d’attache le montre, est de ceux qui se rabattent sur les côtés en cas d'intempérie. Un mouchoir de mousseline blanche voile la gorge et est recouvert en partie par un vaste mouchoir d'indienne à fleurs. Le corsage ajusté est de toile de coton peinte, La jupe est en laine, de celle que la fille elle-même file dans les longnes soirées d'hiver. Le tablier est en toile de Frise.

Le paysan, accoutré en galant, est coiffé du chapeau en partie rabattu et porte un mouchoir de soie antonr du cou comme tous les élégants de la contrée; son habit ou sa souquenille, d’un blen-mêlé, est de cette laine que filent les filles et les servantes de la ferme. La veste et la culotte, ayant même couleur, sont de drap. Les bas sont de laine à côtes, Les grandes houcles d'argent sur les sonliers sont un ornement auquel les deux sexes ajoutent beaucoup de prix.

Le groupe de cette paysanne courhée sous le poids de sa charge de laït, et qui pour aider sa marche relëve son tablier assujetti par ses denx mains appuyées sur les hanches, et du paysan qui l’accompagne en portant dans un vase de cuivre le lait que n’a pu contenir la cruche, n’est point une composition de hasard ; elle se rattache aux mœurs rustiques de la Gueldre où l'on est galant comme dans la province d'Over-Yssel, l’ancienne patrie des Francs-Saliens. Les qualités de la fille de la Gneldre, sa propreté, son amabilité, sont placées sous une sorte de surveillance publique, dont les effets se font sentir le jour de la Pentecôte, où, par suite d'un ancien usage, on voit dans chaque village se former des groupes pour accompagner dans les champs les jeunes filles allant traire les vaches et régalant de lait chaud. La bergère ainsi escortée s’est-elle montrée insociable, acariâtre, malpropre, le premier objet qui frappe ses yeux à l'entrée de la prairie est un man»equin de paille ou quelqu'autre figure maussade eë ridicule qui la personnifie ; tandis que celle qni est aimable, douce, propre, ou plus jolie, trouve dans son champ sa plus belle vache couronnée de fleurs,

Fig. 11 et 12. — Servante et laitière de Rotterdam. — Les femmes qni viennent vendre le lait dans les villes de la Hollande portent ce lait dans de larges seaux en bois de chêne, cerclés de cuivre ou de fer, garnis d’anses, écurés et polis chaque jour avec le plus grand soin, ainsi que leurs mesures de bois, et leur espèce d’entonnoir dont le trou inférieur est garni d’une étamine axrêtant au passage tous les corps étrangers. Un fort hâton d'épaule auquel les deux seaux sont suspendus tient ces femmes comme sous une espèce de joug. (Collier de bois mis à plat sur les deux épaules au moyen d’une échancrure qui laisse le cou lihre dans ses mouvements, et n’a pas l'inconvénient de la sangle passant en bandoulière sur l’une des épaules, dont nsent nos por-

teurs d’eau, La suspension est faite par deux chaînes en fer). La propreté de la marchande se retrouve dans son costume. Lorsqu’elles sont jeunes, les laitières portent le grand chapeau de paille luisante à la doublure de toile peinte, dont le bord est retronssé devant et derrière ; elles se parent de larges boucles d'oreilles et d’un collier de gros grains de corail.

La servante que l’on voit ici a tiré sa monnaie d’une poche, ordinairement faite de soie ou de quelqw’autre étoffe brodée. Cette poche est divisée en deux parties, dont l’une contient la monnaie et l’autre le dé à coudre, des aïguilles et autres petits ustensiles ; elle se ferme au moyen d’une large charnière d'argent à ressort, et s'attache à la ceinture avec un crochet de même métal.

Fig. 13 et 14. — Zélandais, habitants de l’île de Wal-

cheren, dans leur habillement des grandes fêtes,

Cette partie du pays, que les Romains appelaient la Forêt sans pitié, et qui du temps de César était occupée par les Ménapiens, c’est-à-dire des Gaulois, n'a plus guère de forêts, et c’est À peine si on y trouve par ci, par là, quelques traces de Gaulois mélangés de Ligures. Dès l’abord, dit de Coster, on sent que l’on a affaire à des Saxons. Les yeux bruns dominent chez les hommes ; les femmes les ont gris ou bleus ; celles-ci sont parfois si blanches et si roses qu'on les croirait en porcelaine. Le type rappelle ce qu'il y a de plus fin et de plus beau dans la race saxonne; souvent les visages sont découpés à grands plans ; la tête est droite, le nez long, l'œil grand, la bouche fine. Le sang ne prédomine point, mais la lymphe, Ja bile et les nerfs. Les paysanues, sûres d'elles-mêmes, sont jolies, rieuses, douces, confiantes. Tous, jusqu'aux enfants, sont audacieux et résolus. Tont en n’ayant pas de pose dans leur marche, les femmies ont une allure très fière. € Pauvrement vêtues, elles marchent comme des reines, » dit de Coster, regardaut de jeuues poissonnières revenant du marché de Flessingue.

Les classes les plus pauvres ont, en Zélande, des instincts d'élégance. Les hommes sont sveltes et hâlés, maigres presque tous ; l'homme gras est une rareté dans ces contrées où l’histoire sonne le glas des effondrements et des noyades, glas lugubres qui retentissent dans toutes les annales du pays.

Une partie des fers d’or ou d'argent, des boutons, des plaques de ceinture, etc., de la pl. n° 3, sont de la Zélande. La figure 6 de la pl. n° + est une Zélandaise, Le gronpe 17 et la fig. 18 de la pl n° 5 sont

Cgalement des Zélandais de Walcheren. On tronve dans les notices de ces planches les renseignements complémentaires qui concernent ces paysans, tels qu'ils sont de nos jours. Quant à ceux du commencement du siècle représentés ici, ils sont en habits des grandes fêtes, comme on l’a vu, c’est-à-dire vêtus pour aller à l’église on au marché, lequel est une espèce de foire réjouissante qui se tieut deux fois l'an, en mai et novemhre, époque où l'on congédie et prend des domestiques, suivant une coutume des plus anciennes, Les garçons et les filles loués viennent se pourvoir au marché des choses qui leur sont nécessaires pour entrer au service; après cette foire chaque galaut conduit sa belle chez ses nouveaux maîtres,

Le villageois est coiffé d’un castor de la plus fine espèce, à longs poils. Par-dessus sa chemise, au col fermé par un douhle bouton d'or, il est revêtu d’un gilet de chamois, tantôt rouge, tantôt bleu, dont les boutons sout d'argent et travaillés à jour, La veste, de drap bleu foncé, est à pans très longs, formant deux poches qui descendent presque jusqu'aux genoux ; elle cache les médailles d'argent attachées à la ceinture du haut-de-chausses, aïnsi que la massive chaîne de montre du même métal tombant du gousset. Le surtont et la culotte sont de la même couleur foncée ; les has et les souliers sont noirs ; de grosses houcles d'argent attachent les souliers et les jarretières,

L'ajustement de la femme se distingue de l’habillement des paysannes des autres parties de la Hollande. Le chapeau de paille est tronssé de manière à laisser voir un honnet artistement plissé, de dessons lequel sortent des nœuds de fil d’or bouclé, tandis qu'une large lxme du même métal décrit une courbe hrillante sur le milieu du front. Le corsage est un grand corps de baleine se prolongeant en casaquin, La belle jupe rayée et le tablier de toile à carreaux ne se mettent que pour le voyage à pied ; si la paysanne vient au marché en voiture, elle attend pour les revêtir l’arrivée à la porte de la ville, Les courroies des souliers doublées en teinte légére sont toujours renversées sur les boucles d'argent au point de ne pas les laisser paraître.

Fig. 15, — Marchande de poisson de Scheveningen. — La fig. 23 de la pl. n° 5 est une marchande du même état et de la même localité.

Scheveuingen, dont les habitants ne vivent que du produit dela pêche, est considéré aujowrd’hui comme

un fauhourg de La Haye, Les femmes y viennent vendre le poisson que les hommes pêchent sur lenrs petits bâtiments, les Jfibots, ou encore ceux qu'ils obtiennent des armateurs À titre de petit bénéfice, Les hommes portent leurs denrées dans des hottes, derrière le dos, les femmes dans des paniers posés sur la tête. Il est de ces gens qui trafiquent en gros et font voiturer leur poisson au marché avec un équipage de deux ou trois mâtins qui, sauf les roues, rappelle celui des Kamschadales; d'autant plus, que pour le retour, le marchand ou la marchande, souvent tous deux’, prennent la place du poisson vendu et se font ramener chez eux par leur attelage.

Scheveningen est une plage de hains, un lien de plaisance, que l’on gagne de la Haye par les allées couvertes du Scheveningsche boschjes, le petit bois où s'élève le palais du roi. Des villas, des parcs et des jardins font de la localité un endroit fréquenté par la population élégante,

C'est dans ce milieu que se trouve Scheveningen, village hijou, propre, soigné, coquet, n'ayant rieu à comparer aux villages de pêcheurs, fort pittoresques, mais trop souvent répugnants de malpropreté, qui s'étagent le long des côtes de la Manche on de l'Océan. lei, dit M. Henri Havard, rien à reprendre. rien à redire, pas une tache à laver, un grain de poussière à balayer, une toile d'araignée à enlever, Tout semble hâti d'hier. Tout est neuf, frais, propre, net. Et dans toute la population, qui compte cependant bien des mauvais jours, bien des misères, on chercherait vainement un habit en lambeaux, un vêtement déchiré, uu jupou troué, un haillon, nue loque.

Le trait le plus saillant de ces gens qui ont leur langage propre, et qui sont si loîn de vivre dans l'isolement des insulaires, c’est, en outre de la fixité de leurs caractères de race conservés par le soin de ne se marier qu'entre eux, leur persistance dans le costume, surtout pour celui des femmes. Lord Byron, contrairement aux poëtes qui ont cru voir dans les flots de la mer une image de l'inconstance, à vu dans l'Océan celui de tous les éléments qui, ayant subi le moins de vicissitundes depuis l'origme du monde, est une image de l'éternité. Peut-être la persistance des natifs de Scheveningen est-elle ne conséquence dn spectacle constant de la mer. Ce qu'il y a de certain c'estque de leur part, il s'y mêle uu véritable amour; l’existence que mènent ces pécheurs et leurs femmes leur paraît préférable à toute autre. Aucune fille de Scheveningen, si pauvre qu’elle soit, n’échangerait sa misère contre la domesticité

la mienx rétrihuée ; ces riveraiues de la mer se seutent comme emprisonnées dans les villes ; leur poisson vendu, elles se sauvent au plns vite dans leurs charrettes basses attelées de chiens.

L'habillement de ces marchandes de poissons, extrèmement diligentes, a quelque chose d’austère ct de cénobitique, selon Esquiros. Il convient d’ailleurs parfaitemeut au climat et à la profession, Leur chapeau de grosse paille, bordé d’un ruban noir, doublé d'une indienne à fleurs plissée qui s'étend autour de la tête jusqu'à mi-bord, est à timbre droit pour y porter la corbeille, Ce chapeau aux ailes contournées, relcvé par devant ct par derrière en forme de nacelle, sert à maintenir sur la tête jusqu’à trois et quatre corheïlles, Il est posé sur une coïffe en toile de Cambrai, à large bande brodée de fleurs qui, d'ordinaire, cache entiérement la chevelure, A cette coiffe sont adaptés les fers d’or ou d'argent avec des grains de même métal ou des perles suspendues, à la manière des Nord-Hollanduises ; an cou, le collier de grains de corail rouge est attaché par une agrafe d'or. Un mouchoir de toile à carreaux fond rouge couvre la gorge, Le corset qui recouvre ce mouchoir, et auquel ces femmes douneut le nom de manteau, est de serge on d’indienne, La jupe est de serge bleue; le tablicx de la même couleur est remplié et surmonté d’un bord d’étoffes à carreaux. Le mantelet sans capuchon est de serge brune et doublé de grosse flanelle ronge. Les bas sont généralement hleus ; les souliers noirs à talons plats sont attachés avec des boucles d’argent ou des courroies, Les dimanches on va à lé. glise en mules de peau rouge ou de quelque autre couleur, et avec le mantelet d’indienne.

En hiver on échange le mantelet contre un long camail de serge brune doublée de rouge, ayant un collet droit et raide.

Fig. 16 et 17. — Zélandais; homme et femme de l'île de Zuid-Beveland, ou Beveland du sud. — On ‘appelle Walcheren le jardin de la Zélande, Zuid-Beveland, pays de grande culture, en est le potager, le grenier et le verger. Le pays est riche, car ses polders sont des plus fertiles. Ces terrains, si péniblement conquis sur la mer par les aïeux, n’ont pas besoin d'engrais, le limon déposé par l'eau des fleuves, le schorne, y étant retenu par des procédés artificiels, les plantations de roseaux qui y deviennent énormes, et arrêtent au passage les matières plus résistantes que l'eau. On à dit de ces cultivateurs qu'ils sont tout d'or et d'argent, Le garçon porte nn gilet de damas on

d’indienne jauue à grandes fléurs, avec une rangée de boutons d'argent travaillés à jour, surmontée de deux gros boutons d’or fermant le col de la chemise. La ceinture de la culotte est ornée sur le devant de deux gros boutons convexes d'argent, et de deux autres plus petits pour fermer les goussets. Au dessous du genou les bas sont assujettis par des courroies noires fermées par des boucles d'argent convexes; enfiu d'autres grandes boucles rondes de même métal, mais aplaties, recouvrent à peu près la moitié du soulier. Il fant ajouter à cette orfévrcrie, la grosse montre d'argent, et sa chaîne massive avec unc quantité de breloques du même métal.

Ces paysans portent les cheveux longs sur la nuque, un peu plus bas que les oreilles, et formant au dessus du collet du vêtement nn demi-cerele horizontal. Les cheveux retombant sur le front sont coupés de même, à un où deux ceutimétres au-dessus des sourcils. Le visage est rasé, mais le barbier ne rase pas seulement la face, il rase encore le cou au-dessous des cheveux taiïllés en rond. Les paysans sont très attachés à leurs longs cheveux, signe de liberté.

La villageoïse est dans la toilette que l’on prend pour les visites, ce qui s'appelle là aller jouer, C’est une fille, ainsi que l'indique la position del’Loo/ünaald, la plaque ciselée placée en oblique sur le front, de gauche à droite pour la fille, de droite à gauche pour la femme mariée, Le chapeau de païlle est attaché par-dessus un bonnet enserrant les cheveux et ne laissant passer que les fers d’or ou d'argent, Le costume consiste en une ample pièce d’indicuue voilant le haut du corps, depuis le menton jusque loin sous le sein ; deux autres piéces de la même étoffe servent de fourreaux aux manches du corsage, fowrreaux qui sont fermés au-dessus du coude par des boutons d’or. Le corsage, de damas noir à fleurs blanches, est traversé en sautoir croisé par un ruban de soie brodé d'argent et de fleurs de diverses couleurs ; au bas de ce corsage, une grosse agrafe d'argent en rosette est destinée à assujettir le large tablier de toile rouge à carreanx, La jupe est de beau damas brun; elle est tendue et comme relevée par l’amas des jupous de laine posés en dessous, Une courroie est attachée à l’endroit où se ferme le corset, et à cette courroie une chaîne d'argent suspendant un étui en chagrin monté en argent, renfermant un couteau et une fourchette à manches d'argent. L’avant-hras est recouvert par des houts de manches; les mains sont parées de bagues. Le soulier, coquettement découvert, a les larges boucles d'argent:

Fig. 18 et 19. — Femmes de pêchenrs en habits de grande fête, des villages de Catwyk et de Volendam, dans la Nord-Hollande. — Le rapprochement de ces deux costumes, qui proviennent de localités peu éloiguées l’une de l’antre, offre un exemple frappant non seulement de la diversité des choses du costume en Néerlande, mais encore de la brusquerie fréquente avec laquelle se prodnisent les diversités.

L'habitante de Catwyk, fig. 18, porte une coïffure composée d'une pièce de gaze extrêment fine, brodée en fleurs, et assujettie au moyen d'un ruban noué derricre la tête, l’excédant retombant sur la nuqne et les épaules, comme on le voit aux filles d'Alkmaar. Cette gaze blanche est posée sw: une calotte noire enveloppant le dessus de la tête et retenne par une large lame d’or qui se termine au devant des oreilles par deux gros boutons de forme carrée (voir fig. 10, pi. n° 8). Le devant du bonnet est attaché à chacun de ces boutons au moyen d’une épingle d'or dont une perle forme la tête. Dn sommet du front, deux autres fers, deux lames en forme de feuilles de saule, d'épi (voir même pl. la fig. 4) descendent en s'écartant de chaque côté de la tête, Ils sont d'or, comme le reste, et ornés de toutes sortes de figures. Des extrémités de la lame postériee pendent divers 01 nements en forme de rosettes on de grappes garnies de perles. Cette coiffure coûte au-delà de 400 florins, Une Nord-Hollandaise ajoute à cette parure de tête

nne chaîne de cou en or, rattachée par nne agrafe du

même métal, La gorge est couverte d'u mouchoir

de très fine mousseline, fermé par une épingle d’or dont la tête est une assez large plaque ovale, ornée de figures en bas-relief. L'habillement est en partie de fine ‘indienne, en partie d'étoffe de soie.

Les femmes des pêcheurs de Volendam sont bien éloignées de ce luxe; il s’en faut même qu'elles soient vêtues aussi richement que la plupart des paysannes, tout en accumulant sur leur taille mince les sept jupons épais qui, dit de Coster, font la gloire du peuple néerlandais. Ces femmes portent de simples pendants d'oreilles et n’ont pas de bijoux sur le front. Elles sont joliment coiffées d’un bonnet de fin lin fermé en dessous autour de la tête, le fond de ce bonnet formant un vide assez considérable à l'intérieur. À ce bonnet est adapté, par devant, un large bord de dentelle faite au métier et fortement empesée. Cette dentelle, formant pointes sur le front, est évasée sur les tempes, laissant voir l'oreille et la naissance des cheveux. Les deux extrémités de cette espèce de garde-vue se terminent en pointe qui sont repliées sur le derrière de la tête. Le collier est de grains de corail d’un rouge très foncé. Les souliers ne sont ornés que d’un simple nœud de ruban. Un fichu de lin, un Corsage à courte manches se terminant en casaquin, un tablier, dont la partie snpérieure en étoffe à carreaux diffère du reste, complètent cet ajustement, dont l'originalité simple est surtout due à la coiffure. La fig. 20 de la pl. n° 5 offre un profil de ce bonnet dont le foud est en laine et qui se termine par un gland.

Ces figures sont tontes tirées des Tubleaux de l'habillement, des meurs et des coutumes dans la République balave, au commencement du diz-neuvième siècle, publiés par E. Maaskamp, à Amsterdam, 1803-1807; gravures de L. Portman, enluminées par J. Pieneman.

Voir pour le texte et celui des quatre autres planches de cette série :le Recueil de Maaskamp. — La Néerlande, par Ch. de Coster; Tour du monde, — La Néerlande et lu vie hollandaise, par M. Alp. Esquiros, Revue des deux mondes, années 1855, 56, 57. — Voyage dans la Belgique, la Hollande et l'Italie, par André Thonin, rédigé par le baron Trouvé, Paris, 1841. — Za Hollande, par M. Xavier Marmier, Revue des deux mondes, 1841. — En Hollande, letlre à un ami, par M. Maxime du Camp. — Promenade en Hollande, par Louise Collet, 1859. — Visite en Hollande, par L. Jean Aicard, 1879. — Notes de voyage d'un architecte, par M. Félix Narjoux, 1875. — Voyage dans le Nord de l'Allemagne, la Hollande etla Belgique, par M. Conrad de Gourcy. — Enfin le beau volume /a Hollande à vol d'oiseau, par M. Henry Havard, Paris, 1881.

as HOLLAND

PHONE ANNE

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