‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 25 sur 140 · COSTUMES NATIONAUX · texte numérisé non relu

COSTUMES NATIONAUX

BARDES IRLANDAIS, GUERRIER DES TEMPS PAÏENS. CHEFS, SOLDATS ET PAYSANS DEPUIS LE MOYEN AGE JUSQU'A NOS JOURS, — LE breacan DU CLAN.

L'Écosse se divise naturellement en trois parties ; celle du nord est marquée par une suite de lacs qui traversent le pays du N.-E. an $.-0., depnis le golfe de Miray, jusqu'à l’île Muil. Le milieu est borné au $. par les golfes du Forth et de la Clyde, et par le grand canal qui les réunit, Le sud, bien cultivé et contigu à l'Angleterre a beancoup d’analogie avec elle. Le pays est divisé en trente trois comtés. Les Æighlands, hautes terres, sont les parties montagneuses de l'Écosse; les Zowlands, sont les terres basses. Le pays est surtout montagneux dans les régions septentrionales ; les terres basses sont principalement dans le midi. En général, la chaîne des monts Grampians sépare les Highlands des Lowlands. Le Æighlander, c'est le moutagnard.

An delà des Grampians, en s’avançant vers le nord, et surtout après avoir traversé le comté d’Inverness, dont le chef-lien est comme la capitale de toute l'Écosse, le pays devient rude et sauvage. Ces parties, couvertes autrefois d’une grande forêt, sont creusées de vallées profondes qui donnent naissance à presque toutes les rivières de l'Écôsse, De vastes lacs complètent la physionomie de ce pays agreste, en lui donnant un charme que les Romains avaient ressenti.

Jusqu'en 1745, le mir of Raunah, désert d'environ vingt milles carrés dans le Perthshire, était resté impénétrable pour d’autres que pour les occupants qui en gardaient attentivement les étroits défilés. Avant Je commencement du dix-huitième siècle il n’y avait presque aucune communication entre les Highlands et les Lowlands ; c’est seulement en 1811 qu'une voiture put aller des uns aux autres. C’est chez les montagnards que les traditions des ancêtres sont

restées le plus longtemps inaltérées. On sait que le trait caractéristique de l'organisation celtique qui est restée propre aux Highlanders jusqu’à ces derniers temps est la réunion en clan.

Le clan, qui tient le milieu entre la tribu et la famille, est nn groupe dont tous les membres portent le même nom, en y ajoutant le préfixe #ae (fils). Un chef commandait eette communauté sous le nom de laird où de chieftain. Sa souveraineté était un mélange d'autorité féo-

dale et de pouvoir patriarcal. Quoique le chef du elan écossais fut héréditaire, il était soumis à une sorte d'investiture,

La fabrication du tartan chez les Bretons remonte à une haute antiquité; le plaid n’est pas moins ancien. On a signalé à son sujet que les montagnards des Highlauds, doués en qnelque sorte de linstinct de certains animaux, donuaient à leurs vêtements la teinte des bruyères qu'ils parcouraient, pour échapper plus facilement à la recherche de l'ennemi. Il y a peut-être, en effet, quelqne intention de ce genre dans la disposition des lignes croisées, aux couleurs souvent changeantes qui forment le dessin écossais et qne l’on désigne sous le nom typiqne de « breacan ». Le break, qui a d’ailleurs un nombre important de dérivatifs dans la langue anglaise, semble cependant devoir être surtout entendu dans le sens de romyre, brouiller, altérer, fausser, casser, briser, ete., autant d'effets que le breacan vauserait à la vue. Ce qui a bien le caractère d’une ruse de guerre et aussi de chasse,

Le choix des couleurs et leur distribution n'étaient, d’ailleurs, point arbitraires. Le Breacan qui est l’ensemble du dessin et de ses couleurs, différait pour chaque clan, et servait pour le ralliement ; il était réglé anssi selon le rang, ainsi que le fait la loi appelée Zlbreachla, qui remonte à l’époque de la première arrivée de la colonie milésienne, dont les chefs en [Irlande ont fourni à l’Écosse ses premiers rois dans le deuxième siècle de notre ère. Il n’est point inutile de faire remarquer en passant, que c’est sous le pavillon de ces milésiens, les rois dalriadiques, que l’époque héroïque de l’Irlaude s’est trouvée transportée en Écosse, par l'Ossian de Mae Pherson, fils de Fin-Mac-Cumhal on Fingal, l’un des descendants de la race des rois irlandais ; et que c'est ainsi, ces chants ayant tout embrouillé, que l’ou a dû à peu près reuouecr à distinguer ce qui concerne les populations des deux contrées, d’ailleurs si voisines, et qui demeurent véritablement inséparables lorsqu'il s’agit des temps anciens.

Eu vertn de la loi Ilbreachta, les paysans et soldats devaient avoir leurs vêtements d’une seule couleur; les officiers en avaient deux; les chefs de elan, trois. La classe supérieure des nobles, obligés d'avoir maison ouverte pour recevoir les étrangers, les Beatachs et les Bruighnids quatre couleurs, cinq pour les plus nobles ; ls Ollambs ou hauts philosophes, six ; la famille royale, sept.

€ La forme du vêtement variait aussi dans certains détails, et ces différences se sont retrou-

vées dans les régiments qu’on a formés parmi les Highlanders. En outre de ces dissemblanees,

chaqne clan avait ses armoiries particulières, et choisissait une fleur ou une branche verdoyante, qui lui servait de symbole. |

Ces mœurs originales, chères à des populations énergiques, aux montagnards qui surent rester indépendants des souverains de l’Écosse, et résister antant qu'ils le purent aux rois d’Angleterre, étaient encore à peu près iutactes au commencement du dix-huitième siècle. Les Highlanders qui avaient embrassé le parti des Stuarts en se soulevant en 1715 et en 1745, furent une première fois désarmés, mais incomplètement, par une opération qui dura de 1716 à 1724. Après leur défaite en 1745, on renouvela contre eux les anciennes ordonnances d'Édouard IV, de Henri VII et de Henri VIII, contre le costume national qui semblait être le symbole de leur vieille indépendance, et une provocation à la défendre. En 1748, on les frappait d’un nouveau coup en abolissant leur juridiction héréditaire. Ce ne fut que, en 1782, lorsque les passions furent apaisées, que le due de Montrose fit rapporter l'ordonnance qui proscrivait le vêtement national. Devenu inoffensif, le vieux costume reste honoré comme un précieux vestige des anciens temps; mais le Highlander étrange, poctique et mystérieux a cessé de vivre.

No 1. — Clan Mac Dugal de Lorn. de cliabh, la garde en forme de panier; targaid à double poignée.

Les Highlanders conservaient l'usage de se dépouiller de leurs plaids lorsqu'ils étaient chaudement engagés; dans l'original, celui-ci est aux prises avec des soldats de Cromwell.

Costume des anciens Gaëls : cotte de flanelle ; simple jupon (fheile-beag); bourse (sporran) contenant la corne à tabac (snaoisin}); claymore de cinq pieds huit pouces, à pommean pesamment chargé de plomb contrebalançant le poids de la lame et la rendant

ainsi plus facile à manier; la claymore à deux mains No 4. — Clan Mac Inne. était à la fois & épée et bouclier »; petite dague à la ceinture, Guerrier armé de l'aseéh, lance à maiu employée comme arme de jet; elle est garnie d'une courroie servant N0 2, — Clan Ferguson, à la ramener une fois lancée; veste en fourrure;

targaid orné du capan ; chemise de mailles par-dessus la cotte de flanelle et le Ait.

Le targaid, malgré ses petites dimensions, suffisait aux montagnards qui l'opposaient aux archers.

Vêtement autrefois appelé Lein-Croick (chemise colorée au safran), en usage chez les Irlandais et les Écossais, et spécial aux Druine-usual ou gentilshommes ; cette pièce d’étoffe était habituellement de vingt-quatre mêtres et quelquefois davantage ; — casque (clogaid) où se trouve fixée la branche de verdure, insigne des Ferguson; bouclier (fargaid) en bois couvert de plusieurs couches de lin mixtionné | Bonnet rond appelé bonaid-gorm, c'est la coiffure na-

N° 5. — Clan Mac-Cruimin où se trouvaient les pipers,

de goudron; il est orné d'un large ombilic, le ca- tionale par excellence ; il porte l’insigne végétal du pan, et d'une poignée intérieure; l'épée, nommée : clan; — plaid en sautoir (breacan-fheile); pourclaidheamb, est une arme différente de la longue point garui de passementeries en argent; baudrier claymore dont le poids exige la forte prise des deux en fourrure; petite claymore dont la poignée est mains. en forme de panier ou à cliabh; cuarans, brodequins No 3. — Clan Mac Millan. ds ser de dar - . ; 5 Chez les nations celtiques, les métiers ont été de Bas (moggans) sans pieds, jamhières du montagnard; tont temps héréditaires, et ses chefs avaient tou-

jupon (Ait ou fheile-beag); petite claymore en forme jours dans leur maison quelques hommes qui en

exerçaient un. Ceux-ci en obtenaient, en retour de l'accomplissement de leurs professions, certains privilèges et allocations destinés à leur propre entretien,

Un des plus importants de ces personnages était certainement le piper qui semble, dans les derniers âges, avoir succédé au karper, eu animant la compaguie dans les banquets et en encourageant les clans, pendant la bataille, avec les notes excitantes de son instrument. Valter Scott en racontant la bataille de Culloden, montre l'intrépidité du piper se faisant tuer sur place en maintenant jusqu'au dernier moment l'ardeu des vaincus.

No 6, — Clan Mac Coll.

Personnage provenant d'une mosaïque de l’époque de Charlemagne.

Bonnet en forme de mitre; manteau qui n’est autre que la chlamyde on le sagum romain; on l’attachaït sur l'épaule droite par une boucle joignant les . deux côtés, de telle sorte que le bras droit se trouvait libre, tandis que le gauche était caché et ne .pouvait guère agir qu’autant qu'on relevait une partie de ce vêtement; collier orfévré; tunique courte serrée à la taille par une ceinture; bas maintenus audessous du genou par des cercles d’or ; bottines.

N° 7. — Clan Mac Donald des Iles,

Laird des Iles tenant une audience sur le Tom Moid ou mont de la Loi; le type des barons qui l’entourent est représenté par celui qui se trouve auprès de lui et dont la tunique est décorée des grands carreaux du tartan.

Lurich (la lorica des Romains), haubergeon de mailles descendant presque jusqu'au talon ; doublet en cuir; les bras et les jambes montrent le breacan, c'est-à-dire le dessin et les couleurs du clan, spécial aux Mac Donald; — clogaid orné d’un cercle de pierreries et surmonté d’une aile d’aigle, insigne du chef, et d'une touffe de bruyère, marque particuliére du clan ; jugulaire en corde de cuir tressée.

No 8, — Clan Mac Laurin; chef des premiers temps du moyen âge.

Cet archer porte le clogaid eu forme de heaume conique; sous un doublet de soie, le Zurick, chemise de mailles; le breacan-fheile, plaid en sautoir aux coulenrs du elan; les cuarans, brodequins ; l'arc, et le carquois en peau de blaireau,

No 9. — Awenydd du temps des Romains, ainsi que

les n°5 10 et 11 (voir aussi la planche DN, Grande- Bretagne).

Ce personnage est un élève barde inspiré par Awen,

esprit de la poésie.

Habit aux couleurs des bardes, bleu vert et blanc. Dans la main droite de ce disciple est une coupe qui contenait, à ce que l’on croit, un peu du jus sacré, le gewin-a-bragaivd, vin et bragget, boisson galloise composée d’eau et de miel, avec quelques épices ; ou peut-être seulement l’hydromel que l’on buvait dans les grandes fêtes; la main gauche tient un oiseau, symbole de l’aspirant,

N°9 10. — Ollamk irlandais,

En général, l'habillement des bardes irlandais se com-

posait de la cotte en toile teinte de safran et ornementée d’un travail à l'aiguille suivant le rang de celui qui la portait. Cette cotte était ouverte pardevant et descendait jusqu'à mi-cuisse; on la serrait autour de la taille avec une ceinture; les manches descendaient jusqu’au poignet.

Par-dessus, le cochal, long manteau avec capuchon, couvert de bandes blanches, bleues, vertes et rouges ; couleurs auxquelles les Ollambs ajoutèrent le pourpre, ce qui faisait six avec le jaune de leur tunique ; braies de couleur bleue; brodequins en cuir.

Ordinairement les Ollambs se coïffaient avec le barrad, capuchon conique; dans les fêtes, ils avaient la tiare.

N° 11. — Picte ayant à la main l’aseth (voir n° 4),

trait que l’on ramène; arme appelée aussi triniframma. A l'extrémité se trouve le aropstara (balle agissante) en bronze rempli de pièces de métal, afin de produire du bruit dans un engagement contre la cavalerie.

Ce Calédonien, tatoué sur tontes les parties du corps,

est paré d’un collier que l'on ne pouvait avoir qu'avec la tête de l'homme, et d'une ceinture de chaînes en fer à laquelle est suspendue son épée.

N° 12, — Clan des Mac Qaaries,

Cet archer, le cearnaich du seiziéme siècle, est vêtu d’un

doublet tailladé à la partie supérieure des manches ; du jupon, le fheile-beag et chaussé de cuarans.

La graude claymore est suspendue dans le dos, seule manière de la porter ; targaid dont l'umbo est entouré d’une espèce d'anneaü qui sert à embarrasser l'arme de l'adversaire; un crochet permet au porteur de le suspendre au côté,

Le Celte vise son ennemi à la poitrine, le Saxon à la tête, disent les chroniqueurs.

No 14. — Un des lairds du clan des $Skenes, habillé à la mode en vogue de 1587 à 1605 sous Jacques VI, roi d'Écosse, plus tard roi d'Angleterre sous le nom de Jacques Ie.

Le pourpoint était alors brodé et tailladé à la manière espagnole; il se maintint chez les Highlanders longtemps aprés que les autres peuples cessérent d'en faire usage. Le plaid en sautoir, formé d'une pièce entiere, est le tartan, le breacan du clan, La garde de l'épée montre les commencements du cliabk ou garde en forme de panier. — La bourse (sporran) est un spécimen trés ingénieux de la vieille bourse en cuir contenant plusieurs poches fermées au moyen de courroies de différentes couleurs. Le bonaid-gorm cst celui que l'on voit sur une pièce de monnaie à l'effigie de Jacques V (1513-1542) où cette coiffure à une telle importance qu’on l'appelle la pièce au bonnet,

N° 15. — Clan des Graennes,

Simple bounet rond; dans les districts des basses terres on en maintenait la forme au moyen d'un petit cerceau placé dans l'intérieur; de côté, est fixée une branche de laurier sauvage, insigne du clan.

N° 16. — Clan Robertson.

Portrait d’un gentilhomme écossais qui résida quelque temps à la cour de Louis XIV et en adopta le costume pimpant, s’harmonisant de la maniére la plus heureuse avec le plaid national,

Les Écossais, dont Louis XI avait fait ses gardes-du-corps, étaient depuis longtemps estimés en France; au dix-septiéme siècle nombreux furent ceux d'entre eux qui s’y expatriérent après avoir entrepris la restauration de leur vieille race de rois,

N° 17. — Clan Mac Ivor.

Figure habillée d'une longue tunique ou cotte épaisse rembourrée, que l’on voit fréquemment dans les cimetières de l'Écosse sur les figures monumentales des Highlanders, — Le capuchon, vêtement de tête des guerriers d'autrefois, était arrangé selon l'inspiration de celui qui le portait,

N° j8. — Clan des Grant de Glenmorxiston.

On ÿ conservait les cheveux longs qui, noués, formaient uu chignon bas.

N° 19. — Les Mac Intoshes,

Gentleman en costume de cour, commencement du dix-buitiéme siècle : cotte de velours richement ornée de passements d’or et de broderies; — le large et grand plaid en sautoir, est le tartan du chef ; le breacan ou l’arrangement des lignes et des couleurs, font de ce tartan spécial au clan Mac Intosh, l'un des plus beaux types en ce genre; les bonts flottants de cette large pièce couvrent le sporran, bourse, et le bidag, dague, — Les bas sont du même type que le plaid et faits de la même étoffe.

N° 20, — Clan Mac Leod,

Bonnet orné de l'insigne du clan, un genêt, unc bruyère, etc., selon l'habitude générale,

N° 21. — Les Forbes.

Costume de cour d’un gentleman de 1740 : le justaucorps, la veste, les manchettes, les boucles de sonliers, sont suivant la mode qui prévalait alors en France et en Angleterre, Le plaid est abaïssé, arrangement qui permet de voir l'épée et le pistolet; ces derniers sont tenus par le ceinturon.

N° 22, — Clan Mac Donell de Glengarry.

Cette figure est d’un type moderne ; la forme du bonnet qui a reçu Île nom de glengarry, ne remonte pas au delà des premières années de ce siècle, et, dans l'opinion de beaucoup d'Écossais continuant à porter le bonnet rond des ancêtres, ce n'est en aucune façon un progès sur l’ancienne forme.

No 98. — Clan des Frasers.

Les planches à figures des « Lettres sur les Higblands de Birth, 1725, » représentent le Gaël de cette époque portant ses cheveux comme dans l'exemple présent, L'insigne et les deux plumes du glengarry dénotent une personne de distinction,

N° 24. — Les Chisholms.

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