‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 92 sur 140 · LÉON. — GALICE. — ASTURIES, — ARAGON, — VIEILLE-CASTILLE · texte numérisé non relu

LÉON. — GALICE. — ASTURIES, — ARAGON, — VIEILLE-CASTILLE

ï 2 3 4 5 ‘ ( d 8 ü 10 Nos 1 et 10. N°5 4 et 7.

Maragatos de Villafranca del Viergo. Asturiennes, province de Léon. N° 5.

Nes 2,3,8 ot 9. Aragonais; crieur public de village. + : j N° 6.

Galiciens ; les n°5 2 et 3 de la province d’Orense ; les n°5 8 et 9, de la province de Lugo, Castillan, paysan des environs de Valladolid, N®1 et 10. — Les Maragatos occupent les montagnes d’Astorga, dans la province de

Léon, au nord de la Vieïlle-Castille. C’est une tribu ancienne, aujourd'hui dispersée dans les villages, mais ayant conservé un caractère, un costume et des mœurs qui diffèrent de ceux de ses voisins. Ces montagnards ne vivent qu'entre eux, ne se marient qu'entre enx, sont soumis à des règles dont personne ne s’écarte, et professent un véritable mépris pour tout ce qui leur est étranger. Il semble qu'un pacte tacite survit à leur dispersion,

Les mœurs tenaces des Maragatos ainsi que leurs occupations héréditaires attestent la hante antiquité de leur race. Leur nom et quelques faits historiques font attribuer à cette tribu une origine mauresque, dont le costume des femmes, robustes et conrageuses, semble encore être un vivant sonvenir.

Le Maragato a un tempérament sec; il est maigre de visage, alerte et vigourenx. La profession de la plupart est celle de muletiers, arrieros; mais c’est un arriero d’un caractère exceptionnel en Espagne, car il ne chante jamais sur les chemins en conduisant ses mules. IT est à croire que ceux des Maragatos qni, comme celui représenté sous le n° 10 parcourent

les localités en vendant du poisson frais, des conserves, des huiles, n’ont pas la même baeiturnité. Les Maragatos modernes sont déjà un type très altéré; s'ils ont eonservé, en géné- . ral, la jaquette serrée an corps par une ecinture, les larges culottes attachées au genou, assez amples pour pendre par-dessus la jarretière qui est invariablement rouge; s’ils ont toujours des guêtres de drap fixées avee des boutons, ils n’ont plus la fraise qu’on leur a connue antrefois, ni le ehapeau pyramidal représenté sur une médaille que les antiquaires disent eeltibérienne, eb font remonter à l’époque de la domination earthaginoiïse. Ils portent maintenant le chapeau tronqué à bords assez larges, toujours orné de eordons, jamais de rubans. En Espagne on donne le nom de Maragato au costume lui-même.

N®2, 8,8 ct 9. — Galieiens. — Le n° 2 est un paysan de la provinee d’Orense, les trois autres sont de la provinee de Lngo, en pleine Galice. Nous renvoyons à la notiee de la planche ayant pour signe le Patin, pour ee qui concerne les Gallegos dans leur earaetère général. Ceux que nous représentons iei appartenant à la province de Lugo, dont la prineipale ville Santiago a été appelée e/ orinal de España, fournissent l’occasion de compléter ce que nous avons dit au sujet de ee pays de montagnes, au climat humide exigeant des précautions dont le costume fermé des habitants est une des conséquences. Le parapluie en est une autre, dans un pays d’averses. Celui du paysan est en eoton et de grande dimension. L’homme auquel il appartient et qui est assis à terre a l’un de ces gilets dont on fait montre, qui font partie du costume endimanehé et que l’on porte sans la veste. Selon l'usage général, ce gilet est en drap rouge avee des ornements soutachés dans le dos; il est passé par-dessus la eeiuture, et lorsqu’il est, comme iei, l’objet principal de la parure, les jeunes gens ne le boutonnent guère. La eulotte de ee paysan est à poches sur le côté; le bas n’est pas boutonné et laisse passer le ealeçon de toile. Le col droit de la chemise dépasse le eol du gilet et, selon l'habitude aussi, n'est point assujetti par une cravate. Le n° 8 représente un jeune paysan célibataire, comme l'indique la disposition de sa #0ntera ; les pompons en sont dirigés vers la droite, ee qui est le contraire pour les gens mariés. Ce Galleso robuste, bien pris dans sa taille moyenne, porte un costume sombre, égayé seulement par des rangées de boutons dorés, dont les pièces, de couleurs apparentées, composent un ensemble du meilleur goût que nous ayons rencontré jusqu'iei. Au n° 8, on voit un Gallego d’un âge beaucoup plus avancé; celui-ei, sauf la coiffure, porte le costume complet comme celui que nous venons de voir; il a la veste à larges revers et à poches extérieures, le gilet traditionnel, rouge, à revers noirs, la ceinture à plusieurs tours par-dessus le gilet. La eulotte en drap épais est large, non boutonnée jusqu’en bas pour ne pas gêner l'articulation du genou; elle laisse voir le ealeçon qui est pris dans les guêtres, lesquelles sont de drap, bordé en haut de velours. Cette eulotte disgracieuse donne à ce Gallego une tournure qui n’explique que trop les romanceros populaires courant sur les

falieiens. Il ÿ a entre autres une safirilla où il s’agit d’un Galicien inquiet de se voir en mal d'enfant, plaisanterie que, nous le répétons, la tournure de notre vieux Gallego fait comprendre. Ce paysan a un gourdin, garrotte, garni de clous de laiton; e’est une véritable

massne, qui, maniée par le bras robuste d’un Gallego, est vraiment redoutable, La campagnarde, n° 9, porte un costume de peu de caractère et sur lequel nous n’insisterons pas. C'est une femme âgée, de condition misérable, pour laquelle sont passés les jours de la Gallegada, les belles soirées de esta où l’on montre si volontiers et bien dégagés le bas blanc ou bleu et le soulier à petits talons ct à petites boucles. Cette femme est coiffée d’un mouchoir ample, d'un fichu brodé en couleurs ; sa jupe, selon l'ordinaire, n’est pas semblable à son corsage; le grand tablier, le manteo, d’étoffe commune comme le reste, la cache d’ailleurs presque complètement ; les soulicrs sont presque des bottines qui ne sont pas attachées.

N° 4et 7. — Asturiennes. — Ces deux femmes représentent deux variétés des types populaires. T/une, le n° 4, est une campagnarde; son costume chaud, en laine et drap, bien clos, répond aux nécessités locales; le préncipado de Asturias dont, d'ailleurs, le climat est sain, est un pays de montagnes abruptes où il fait plus froid que dans tout le reste de l'Espagne. Ce costume cst typique. Le mouchoir de soie qui couvre la tête est noué sons le chignon. Le dengue porté par les Asturiennes est le même que celui des Gallegas, leurs voisines ; il est en drap rehaussé de bandes de velours. Les bijoux sont aussi de même sorte, et en aussi petite quantité. Les souliers sont à boucles, mais les bas foncés diffèrent de ceux des alertes Gallegas,

Le n° 7 représente une de ces Asturiennes comme on les voit à Madrid; c’est uue bonne endimanchée. Un grand nombre d’Asturiens sont domestiques conune les Galiciens. Celle-ci a un mouchoir de coton noué sur la téte; son mouchoir d'épaules en filet de laine avec franges est brodé en couleurs, le corsage a des manches fermées par des poignets de velours brodé. Le tablier court et étroit est en velours orné d’appliques de rubans d'argent. La jupe est en indienne on en laine; la chaussure n’est rien moins qu’élégante.

N° 5. — Aragonais, — Celui-ci est un pregonero, crieur public de village. Il a les cheveux coupés courts, le mouchoir de couleur roulé en corde, la chemise sans cravate, la veste portée si souvent sur l’épaule, le gilet, la large ceinture, la culotte de cuir, les bas bleus ne montant pas au genou, souvent coupés à la cheville de manière à laisser le pied nu dans la chaussure de chanvre tressé, les alpargatas attachées avec des rubans noirs. C’est le costume des contrebandiers des Pyrénées qui, dit une chanson populaire sur ces héros à tromblon et à cartouchière, « sont des hommes de cœur; ce qu'ils chargent en Catalogne, ils le vendent en Aragon,»

N° 6. — Paysan des environs de Valladolid. — Cet habitant de la Vieille-Castille porte un de ces costumes dont l'aspect peut être attribué aux traditions militaires. La Castille qui doit son nom aux châteaux-forts (custillo) dont elle s'était hérissée dès le IX° siècle fat une vieille terre de combats plus renonvelés encore là que dans les autres parties de l’Espagne. La montera rappelle le casque, les guêtres de cuir prennent le pied comme les grèves de fer; le manteau en drap grossicr, d’une conpe si particulière ressemble à une casaque d'homme d'armes du dix-septième siècle. Ce costume convient au caractère de gens qui, au dire

d'un voyageur du siècle dernier, échangent entre eux des titres honorables quand ils s’abordent. « Lorsqu'un laboureur en rencontre un autre dans les champs, il le salue gravement, et lui dit : bonjour, seigneur chevalier. L'autre répond avec le même sérieux et sur le même ton ; et le tout se passe avec autant de majesté que l’entrevue de deux monarques. » Ces honnêtes gens de la terre, ces paysans, qui se donnent du Don, entre eux, ont de sérieuses vertus, et valent mieux que ces autres bons Castillaus, les mendiants vus à Burgos par Théophile Gautier, qui semblent, en général, se croire aussi quelques gouttes de sang noble dans les veines. « Ce que l’on voit le plus à Burgos, dit-il, ce sont les guenilles et les haïllons sous lesquels s’abritent les mendiants castillans, qu'on a comparés à des tas d’'amadou séchant au soleil. Tout cela est si sec, si inflammable, qu’on les trouve imprudents de fumer et de baëtre le briquet. Les petits enfants de six ou huit ans ont aussi leurs manteaux, qu’ils pottent avec la plus iueffable gravité, » Pourvu, dit la chanson populaire, que le Castillan ait du vin, de l'ail, du blé et de l'orge, il ne quitte pas sa place en juillet, ni son manteau en janvier.

(Aguarelles de MM. Garcia el.T. Bastinos, d'après des compositions de Becker et des documents photographiques. Voir pour le texte, Voyage en Espagne, gr A1. le baron Ch. Davitlier, illustré par Gust. Doré.) PA

SPAIN a . SPANIEN

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