‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 97 sur 140 · L'HABILLEMENT EN TRIANON · texte numérisé non relu

L'HABILLEMENT EN TRIANON

La mode des revêtements en porcelaine remonte anx époques où, sur les relations écrites par les missionnaires, on tenait la fameuse tonr de porcelaine, dite de Nankin, pour la huitième merveille du monde. À

L'architecte Dorbay se conformait à cette mode régnante en construisant le château élevé par Louis XIV en l'honneur de M"° de Montespan, sur l'emplacement du petit village de Trianon, dont cette construction retint le nom.

Saint-Simon esqnisse ce palais en ces termes : « D’abord maison de porcelaine, agrandie après pour y coucher, enfin palais de marbre, » La maison de porcelaine, dit Félibien, fut regardée par tont le monde comme un enchantement. Ce premier Trianon étalait sa pierre an dehors, et les cheminées étaient encore de cette brique ronge qui rappelle le Versailles de Lonis XIII. Les faïences émaillées ne se montraient qu’au-dessus des fenêtres ; elles formaient une balustrade au-dessus de l’entablement ; et sur les combles, où elles étaient blanches, leur éclat se combinait avec la dorure des faîtages et les vases blens.

Le titre donné à la maison ne se justifiait pleinement que dans le salon du châtean, entièrement revêtu d’un stuc très blanc et très poli avec des ornements d’azur, dont on a retrouvé quelques échantillons dans les magasins du musée de Versailles. La corniche qui régnait antour de ce salon et le plafond étaient aussi décorés de diverses façons d’azur sur nn fond blane, « le tout travaillé, dit Félibien, à la manière des onvrages qui viennent de la Chine, à quoi les pavés et les lambris se rapportent, étant faits de carreaux de porcelaine. »

Cette porcelaine était surtout de la faïence et du stue. Les comptes des bâtiments ne donnent que le nom de faïence émaillée aux produits fournis par Morin pour les revêtements de Trianon, commencé en 1670 eb terminé en 1674; Morin, établi à Saint-Clond, y avait précédé la manufacture de porcelaine fondée à Saint-Cloud par Chicaneau en 1695.

La maison de porcelaine eut nn retentissement dont témoigne le Mercure galant en 1672 :

« Le Trianon de Versailles avait fait naître à tous les particuliers le désir d’en avoir ; tous les grands seigneurs en firent bâtir dans leur parc, les bourgeois qui se voulaient épargner la dépense de ces petits bâtiments avaient fait habiller des masures en Trianon, ou du moins quelqne cabinet de leur maison, ou qnelque gnérite, »

On connaît la fortune du nom de 7rianon, devenu un terme générique qui, dit lEneyclopédie, signifie tout pavillon isolé, construit dans un pare, et détaché d’un château. Le casino des Italiens est un bâtiment de cette espèce, en nsage pour servir de retraite et se procurer de la fraîcheur à la campagne. Ce qui est moins connn c’est que l'habillement en Trianon c'est celni du revêtement dit de porcelaine, qui fub d’un Inxe tout royal.

IT résulte de l'expression du Aereure de 1672, que l’idéal de la décoration intérieure du Trianon, c’est l'emploi de la“porcelaine, et que la menuiserie avec un décor sur fond blanc dont on fit si grand nsage an dix-huitième siècle « dans ces petits appartements destinés au délassement de l'esprit, où l’on ne doit rien négliger pour rendre la décoration enjouée et galante, » que cette menuiserie, dit Blondel, « sur laquelle est passé nn vernis et dont les ornements sont dorés, » ent son véritable prototype dans la faïence émaillée du premier Trianon. La plus complète expression du genre se rencontre dans les cabinets comme celui du Buen-Retiro de Madrid, et le fameux cabinet de la China, au palais d’Aranjuez. -

La fabrication de la porcelaine avait pris un important développement en Espagne an dix-huitième siècle. Charles IIT, roi des Deux-Siciles, avait, en 1786, fondé la célèbre manufacture de Capo di Monte. Roi d’Espagne en 1759, il y amena nne cinquantaine d'artistes et tont le matériel de leur fabrication. Installés à Madrid, dans les jardins de Buen-Retiro, ces Italiens y fonctionnaient dès 1760. Cette manufacture, qui à cessé d'exister en 1808, produisait des objets en pâte dure et en pâte tendre; du biscuit, tantôt blanc, tantôt en couleur, avec dorure et glaçure suivant le caractère des pièces. Jusqu'en 1789, tonte sa fabrication était exclusivement destinée à la famille royale; on en faisait des cadeaux aux cours étrangères. Ses produits sont très rares dans les collections privées. Le salon de porcelaine dn palais de Madrid, avec ses grandes glaces encastrées dans les lambris, ses bas-reliefs à figures, sa riche corniche, son plafond, le marbre du cadre de ses portes, et le stuc incrusté de son parquet, reste assurément comme l’un des plus intéressants spécimens de l'habillement en Trianon.

Reproduetion d’après une photographie de M. J. Laurent, et une aquarelle faite d’après nature par M. J. Garcia.

Voir pour le texte : Le Château de Versailles, par M. L. Dussieur, 1881, Bernard, édit., à Versailles. — La Fabrique de porcelaine du Buen-Retiro, par M. Juan F. Riano, Gazette des

beaux-arts, 1879.

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