COSTUMES DE LA GALICE
Nos 1, 2, 8,4, 5 et 6. ISO E 1) Paysans de la province d'Orense, parés du costume du
é : Jeunes gens de la même province, dimanche, dansant ou accompagnant la muyneira
(danse de la meunière). L'orchestre se compose de la N° 7.
gaita, espèce de cornemuse particulière an pays, du
tamboril, du pandero (tambour de basqne) et des casta- Femme de Vigo, province de Pontevedra. fuelas aux maïns des danseurs. Dans les noces villa-
geoïises, la danse, la baila, comme disent les Galiciens, NS 8 et 11.
commence immédiatement après le repas et se pro-
longe généralement fort avant dans la nuit. Paysan et paysanne de la Corogne.
Les Calluiques ou gallaiques (de gails ou gaels, Gaulois}, l’une des cinq grandes tribus celtiques de l'Espagne, ont donné leur nom à la Galice; les habitants actuels sont leurs desceendants, La Galice, située entre l'océan Atlantique, le Portugal et la Vieille Castille, est divisée en quatre provinces : la Corogne, Pontevedra, Orense et Lugo. Le chef-lien est Santiago ou Saint-Jacques de Compostelle, C’est un pays boisé, traversé par les monts Cantabres, mais dont le climat est généralement tempéré et même hnmide, les pluies y étant plns abondantes que dans le reste de l'Espagne.
L'industrie languissante de ces localités oblige les Gallegos à émigrer pour aller travailler aux moissons ou à se diriger vers les grands centres, à Madrid surtout, où, comme les Auvergnats ct les Savoisiens chez nous, ils remplissent, avec les Asturiens, les fonctions de commissionnaires, de domestiques, de porteurs d’eau, Économes et robnstes comme les enfants de PAnvergne auxquels ils ressemblent, ce sont les Béotiens de l'Espagne que les voyageurs appellent ses Auvergnats; leur nom y est presque une injure; on rit d'eux là-bas comme des autres chez nons, et le chapitre est long des brocards qui depuis longtemps les poursuivent. Sans nous occuper des chansons et dictons sans nombre sur ce sujet, faisons remarquer que les Galiciens ont avec leurs frères de l'Auvergne d’autres points de ressemblance que le ridicule : c’est la bravoure, la ténacité, l'énergie avec lesquelles ils ont défendu leur
coin stérile contre les Romains, bravoure qui leur à permis, pendant les trois siècles de l'invasion arabe, de conserver seuls avec les Asturiens leur indépendance.
Le costnme des montagnards galiciens se ressent naturellement de la nature du climat et de la pénurie locale. Celui des hommes se rattache, comme dans toute l'Espagne, aux traditions militaires. Ce sont ces traditions qui, selon la remarque. faite par Pons au siècle dernier, dans son Viaje de España, judicieusement relevée par M. le baron Ch. Daviller, font retrouver dans les #10n{eras, les sevillanes, grenadines, manchoïses, valenciennes, galiciennes et autres casques d'autrefois; comme on retrouve dans les coletos (espèce de pourpoint), dans les polaynas (longues guêtres de drap), les «barcas (espèce de guêtres) et jusque dans les aiparqalus, l'image vivante des anciennes armures. |
Dans le costume des paysannes galiciennes, fait d'étoffes de qualité la plus ordinaire, on ne rencontre pas les broderies dont sont surchargés les vêtements des charras par exemple, des environs de Salamanque ; elles ne sont pas parées non plus, comme celles-ci, de chaînes d’or à plusieurs tours s’étalant sur le fichu. Ce fichu ou mantelet, le dengue, croisé sur la poitrine, est simplement en drap rouge bordé d’nn large velours noir. Les coiffures ne consistent qu’en un mouchoir habilement arrangé. Le grand tablier, le manteo attaché en arrière par une double agrafe métallique et qui cache presque entièrement la jupe, est bordé plns ou moins largement, mais dépourvu aussi de toute broderie. La jupe, toujours bordée de velours en bandes, dont le nombre ainsi que la largeur varient, est tont aussi simple. Cette jupe attenant au corsage sans manche est propre à des gens.alertes comme le sont les fraîches et jolies Gallegas; on la fait assez courte, dégageant bien le pied et même la naissance de la jambe. Un nœud de ruban aux bouts flottants, posé par derrière à la hauteur de l’agrafe du tablier, complète le costume endimanché avec lequel on porte les bas blancs ou bleus et les souliers découverts à petits talons et à petites boucles. La boucle d'oreille longue, un collier à un rang d’or ou d'étoffe avec quelque médaillon, où croix à la base du cou, sont à peu près les seules joailleries en usage. Presque toutes les femmes tiennent à porter l’'émeraude an col comme à l'oreille; on en emploie pour cet usage de toutes les qualités, y compris le verre qui l’imite.
Le denque est de drap. Le manteo esb aussi en drap ou en mérinos: pour la jupe et le corsage, le drap est l'étoffe ordinaire. Les mouchoirs de tête sont en cotonnade ou en soie,
En somme, ce costume de la Gallega est de coupe sobre et de réelle anstérité, dans la forme comme dans le fond ; l'exemple de la Corogne, n° 8, le fait bien voir. Celui de la paysanne de Vigo, malgré les pieds nus de celle qui le porte, est d’une forme beaucoup plus élégante et disposé avec une coqnetterie plus heureuse. On le voit d’ailleurs facilement. Le corsage, ouvert par devant et n’attenant à la jupe que par derrière, est à épaulettes, sans manches et lacé, liant les deux côtés sans les réunir. Le corsage, ne montant qu’à la hauteur des seins, est conpé à angle droit. La chemise, qui recouvre la poitrine, a de larges entournures, et les manches amples n’out pas de poignet fermant. Le dengue étroit qui ne descend pas sur les bras et qui, en se croisant sur la poitrine, ne dissimule aucnne des ouvertures du corsage, le ta-
blier peu large, rectangulaire, d'aspect italique, rehanssé de soutachés en bandes de velours noir, tout contribue à la grâce de ce costume et à son caractère qui doit être d’une antiquité fort reculée.
Le costume des hommes, chaussés fortement, se compose d’nne chemise à col assez haut, boutonnée au cou eë se tenant debont sans le secours de la cravate que l’on ne porte pas ; d'un gilet sans manches, assez court, sans collet ou à collet droit, avec un petit revers, et que l’on met par dessus la ceinture lorsqu'il est ouvert, on que la ceinture à plusienrs tours recouvre haut lorsqu'il est fermé ; d’une culotte dépassant plus ou moins le genou, plus ou moins ajustée, quelquefois presqne collantes, et dont l'extrémité restant ouverte, non boutonnée, recouvre, sans gêner les articulations, le hant de la guêtre longue dont le pied est largewent enveloppé. Cet ensemble se complète par une veste à manches pen amples et à poches extérieures, avec un petit colleë droit et un revers court, mais assez large ; par un chapeau en pain de sucre, avec un large revers frontal qui de face se présente en triangle élevé partant des oreillettes formées par les deux pointes latérales, d’où repart encore le revers beaucoup plus bas de l’arrière; chapeau de drap dont les revers sont de velours, comme les deux pompons dont on l’orne au sommet et à mi-hauteur. Enfin, la #anta, qni est l'enveloppe dont on se sert à la mauière de la toge antique, en la croisant sur la poitrine, la faisant passer sur l’'épanle et la laissant retomber par derrière ; la mauta est en drap, et la ceinture est en laine.
Dans la pratique, et il fant l'entendre aussi du costume endimanché, beanconp restent en manches de chemises ; les jennes gens n’usent guère les bontons du gilet, porté ouvert, par dessus la ceinture à bonts flottants. Le silet, de drap rouge, à revers de velours noir, destiné à être surtont porté sans la veste, est un vêtement solide, dont le dos fait de pean chamoisée est embelli de dessins en broderie qui font une parure de ce négligé apparent. Les élégants. comme le jeune homme n° 9, affectent deplacer la ceinture assez bas pour qne le linge de la chemise soit visible entre elle et le gilet. C’est nne vieille mode qui remonte aux pourpoints des XV°, XVI° et XVII siècles. Les danseurs ont de chaque côté du gilet, près de l'ouverture, une pochette triangulaire pour y placer les castagnettes, La culotte est forte aussi, en drap épais, grossier, ou même en cnir d’un ton fauve; on la termine souvent par une bande noire et haute qui veste ouverte sur le côté, et recouvre les houseaux. La montra se porte ici de façons variées, motivées. La pointe est inclinée et les pompons sont disposés du côté ganche pour les hommes mariés; pour les garçons, la disposition est inverse et sur la droite, Les gnêtres sont en cuir ou en drap, avec de nombreux petits boutons que lon néglige souvent d’attacher dans tout leur parcours.
Le n° 11 en costume habillé est à remarquer. C’est un farand dn pays, ressemblant fort aux m020s de cordel, les commissionnaires de Madrid, et aux aguadores au bonnet en pointe et à la culotte courte d’où sort un caleçon de toile, qui, dit M. Daviller, descendent chaque année (au mois de juin) des montagnes abruptes de l’ancien principado de Asturias. Sa chevelure en oreilles de chien, rappelant celle de nos mnscadins ; son chapeau conique posé de travers, dont
un revers est relevé et l’autre abaïissé; sa veste courte, son gilet fermé avec ses rangées de boutons métalliques, la ceinture placée haut pour ne pas contratier l'usage du grand pont de la culotte dont les bontons s’étalent en garniture horizontale; le foulard de soie ou de coton aux couleurs vives sortant de l’un des côtés de la eulotte, côtés non cousus, mais à boutonnières de deux calibres, fort nombreuses et serrées vers le bas où on ne les boutonne jamais ; le pantalon de toile blanche, les guêtres en drap avee un pompon à l’avant du pied, enfin jusqu’au grand et lourd parapluie de coton rouge, tout dans ce costume de paysan habillé est à considérer avee attention.
I] n’est pas nne seule partie de l'Espagne qui n’ait sa danse particulière et favorite. La gallegada, où danse ‘des Gallegos, est fort connue et bien dansée à Madrid même. Elle commence par une pantomime que l’orchestre accompagne par quelques mesures lentes où les partenaires dos à dos semblent vouloir se bouder; puis, sur la mesure de plus en plus vive, les pieds s’agitent; enfin, les deux danseurs s’élancent, et les castagnettes résonnent. Le gaitero gallegoe, le joueur de cornemuse galicien, et le musico tamborilero sont de toutes les réjouissances publiqnes et privées, noces et fêtes patronales. Le magosto qui se célèbre le jour de la Toussaint en Galice et dans la province de Léon, à l’occasion de la récolte des châtaignes, est le jour de ffesta le plus brillaut de l’année. Les Gallegos, dont la réputation est d’être plus robustes qu’agiles, y deviennent vifs et non moins lestes que leurs plantureuses boleras. Le macho unit sa voix grave au son plus clair de la 2embra, et les deux castagnettes, mâle et femelle, retentissent en suivant tous les mouvements du corps, des bras et des jambes. La castañuela espagnole, à très peu de différence près, est le même instrnment que les erotalia antiques; tous deux sont composés de deux parties crenses qui, frappées l’une contre l’autre, produisent un son see. La forme, la dimension sont à peu près semblables, Si les crotalia étaient en bronze, on en faisait aussi en bois comme les castagnettes ; et celles-ci mêmes étaient anx mains des gadilanas dansant les pas espagnols dans la Rome de Martial, de Pline le jenne, de Pétrone, qui ont célébré ces danseuses comme habiles et séduisantes entre toutes.
Aquarelles de A. Garcid.
(Voir pour le texte, Voyage en Espagne, par M. Gustave Doré et le baron Ch. Daviller.)
Durinlith.
ESPAGNE
L'HABITATION ANDALOUSE. — TYPE DE LA MAISON BOURGEOISE. — LA CHAMBRE. — LE PATIO. — L’EXTÉRIEUR SUR LA RUE.— COSTUMES POPULAIRES,
(PLANCHE DOUBLE
Le patio, la cour de la maison espagnole, est régulièrement un espacc rectangulaire environné de bâtiments ; il comporte un entourage de galeries couvertes sous une toiture inclinée des quatre côtés vers le centre qui reste à ciel ouvert; au-dessous de cette couverture on trouve fréquemment un bassin disposé pour la réception des eaux pluviales. Cette disposition est celle même du cavædium des Latins. La toiture en comphuium soutenne par des colonnes, selon la mode antique, ou par des arcades, selon la pratique des Arabes, toiture procurant de l'ombre et cependant ouverte ponr la libre circulation de l'air, c’est la couverture de la cour de la maison pompéienne, avec l’area de son atrium comme de son péristyle et leur bassin récepteur, l’üxpluviun. Le principe de cette construction issue des nécessités dn climat est une tradition que les Maures ainsi que les Espagnols devaient conserver : les mêmes besoins commandaient le même aménagement. Plus on avance vers le midi de la péninsule ibérienne, et plus s’accusent, sous ce rapport, les habitudes semblables à celles des anciens qni, dans la Campanie par exemple, mettaient sous la toile l'ouverture de lenr cavædinm aux heures du soleil, de même qu'ils en protégeaient leurs rues étroites. Le tendido espagnol couvre de même le patio et la voie publique ; il est enroulé le soir pour que l’on puisse jouir de la fraîcheur, ainsi qu’en usaient les Pompéiens ponr lesquels les brises de la mer rendaient si délicieuse cette fraîcheur de la soirée.
Le nom du patio (pateo, être ouvert) qui, à lui seul, indiquerait son origine, se prête encore à de certaines interprétations qui semblent de même source, tont en appartenant en
propre aux mœurs espagnoles. À la différence de l'antique maison romaine, dans laquelle une famille uuique jouissait des douceurs de la cour reculée du péristyle, la cour de l’habitation chez les Espagnols de moyenne condition est ordinairement commune à des locataires différents, Les mœurs en ont fait un endroit neutre, où chacun conserve l'indépendance de son action; on peut se promener dans le patio, dit Théophile Gautier, y lire, être seul ou avec les autres; on s’y rencontre sans passer par l'ennui des visites formelles et des présentations; ou finit par s’y connaître; on s’y lie selon son goût. Les dérivés du nom latin de la cour de la maison espagnole expriment les traits de son caractère. Sans compter puce, en temps de paix, fliens, qui supporte, souffre, endure, et patior, acquiescer, s’accommoder à l'humeur de tous, il semble’ que jusqu’à pactio, pacte, accord, traité, soient autant d’expressions à sous-entendre dans le nom générique du patio.
Cette cour méridionale comporte d'ordinaire le rez-de-chaussée ct un premier étage dont les portes-fenêtres donnent sur une galerie qui en fait le tour. Théophile Gautier a laissé la description du patio d'un bel hôtel de Tolède qui est d’une valeur typique. Entouré de colonnes et d’arcades, avec un filet d'eau dans son milieu, ce patio de riche maison est pavé de marbres de couleurs formant mosaïque; il est orné de puits de marbre blanc ct d’auges revêtues de carreaux de faïence pour laver les verres et les jattes; la galerie supérieure, sur laquelle s'ouvrent les fenêtres et les portes des appartements, a un balcon de fer travaillé cireulant tout autour. C’est ce genre de patio, enjolivé de pots de fleurs et de caisses d'orangers, qu'il appelle une cour-salon, que Gautier a pris plaisir à peindre ; ou y descend les tableaux, les chaises, les canapés, jusqu’au piano; et lorsque, comme à Grenade ou à Séville, l'agrément d'un jet d’eau ou une fontaine s’y ajoute, il n’est rien de plus délicieux, Ce qui est agréable à Madrid, où l'animation des réunions du patio est un des grands charmes de la soirée, devient indispensable dans les maisons d’Andalousie. Là, où le pavé brille, où le fer du marteau des portes rougit, où la terre se fend comme l'émail d’un poêle trop chauffé, où le blé éclate dans lépi sous l’averse de feu tombant du ciel, où pendant des heures le peu d'air qui arrive semble soufflé par la bouche de bronze d’un calorifère, où principalement de midi à une heure, à l’heure du feu, j'ucgo, comme on dit en Andalousie, chacun se renfermant. chez soi poux faire la sieste, la vie est comme suspendue, les rues absolument désertes, les boutiques fermées, et où pour tout l'or dn monde on ne déciderait pas un marehand à se déranger pour veudre quelque chose, là enfin, conclut Gautier, où le séjour même des appartements est insupportable (on n'y entre que pour shabiller, diner, faire la sieste), la maison ne serait pas habitable sans la disposition architecturale du patio.
La condition de la maison d’où sont tirés les fragments représentés montre assez que le patio, la cour à eiel ouvert, avec sa galerie ombrée répondant aux chambres supérieures, est une nécessité qui s'impose à tout le monde. L'exemple d'uu patio de luxueuse architecture ferait volontiers inférer que le bien-être résultant de cette disposition est un des privilèges de l’opulence, Le nôtre a pour objet de montrer que le patio entre dans l'ordonnance de
toute maison méridionale de véritable earactève espagnol. Les renscionements sur les choses simples, à l'usage du plns grand nombre, nc sont cependant pas les plus communs. Ayant à opter entre le patio de la maison riche, dont le plan est facile à concevoir, et où d’aillenrs, dans ceux d’ancienne construction, les ornementations sculpturales de bean caractère, comme celles de certains ehapiteaux mauresques, s'enfouissent de telle sorte sons le badigeonnage usuel qu'on les y retronve à peine anjourd'hui, ct le patio tel qu'on l’aménage chez les gens de petite condition, notre choix s'est arrêté sur un type qui se rapporte aux mœurs les plus générales,
Notre exemple provient de Grenade. Cctte maison, louée en partie à des voyageurs, n’est cependant pas une de ces auberges comprises dans leur ordre hiérarchique sons les noms de fonda, parador, posada, meson, venta et ventorillo, ces singulières auberges où, pour la plnpit, selon l'unanimité des voyageurs du siècle dernier, et même de quelques-nns du nôtre, l'hôtelier accueillait l’arrivant en Ini offrant une chaise, mais rien à manger; il fallait alors pour voyager être ponrvn de ses vivres, ou aller soi-même chez le boucher et le bonlangcr, eb ne pas faire de tapage, car cela, avec son prix spécifié, était ajouté sur la note.
Notre maisou est une de ces casas de pupillos ou de Awespedes, que M. John Lemoinne indique en les recommandant, assimilées par lui, comme par M. le baron Davillier, aux pensions bourgeoises de Paris, et aux family-houses de Londres. On jouit dans Ia easa, de pupillos de plus de familiarité, de laisser-aller, qne dans le nord de l'Europe. Ce n'est pas un hôtel; le nombre de pensionnaires qu’on y reçoit est ordinairement limité à quelqnesuns. Ces locations sont faites par d'honnêtes bourgeois, qnelqne veuve, nne famille épronvée par des revers .de fortune, voulant tirer parti d'un appartement trop vaste pour eux. Ces maisons, fort proprement tenues, sont ordinairement peu fréquentées par les étrangers ; l’aceneil y cst simple, presque toujours patriarcal, plein de cordialité. Elles ne s’annoneent aux passants que par nn petit carré de papier blanc grand comme la main, attaché avec une ficelle à l'une des extrémités de la fenêtre où du balcon. S'il est placé an centre, ce papier signifie qu'il y a un logement à louer.
La sécheresse propre à toute chambre d'hôtel, même dans l’agréable casa de pupillos à ec qu'il paraît, se révèle ici par de certaines absences qu’il importe d'indiquer en examinant l'intérieur de la pièce représentée. Carrelage en briques, selon l'usage général pour tontes les chambres, plafond en solivage apparent conservant sa couleur naturelle, murs conchés de lait de ehaux, meubles en bois garni de paille, les canapés comme les chaises, voilà pour le fond La décoration de la muraille, uniformément badigeonnée, consiste en quelques lithographies de taille exigue largement espacéces, et un miroir de Venise dans un cadre dn X VIT siècle qui est, en réalité, le senl luxe. Avec l'habitation de la famille, eette chambre à coueher, car telle est sa destination, ne conserverait pas cette sécheresse. Ontre que le carrelage serait revêtu de l’nne de ces nattes que l’on fait en roscau pour l'hiver, en jonc ponr l'été, généralement tressés avec beaucoup de goût, les mnrs sur lesquels en Espagne on ne met pas de
buis bénit, seraient ornés de grands rameaux en formes de palmes, tressés, nattés, tirebouchonnés, non seulement avec beanconp d'élégance, mais encore avec ce sol et cet amour que les meilleures gens du monde ne sauraient avoir pour la chambre banale où passe le voyageur.
Daus ces grandes chambres carrelées, où les cheminées sont fort rares, on se chauffe l'hiver avec le brasero, grande bassine de cuivre jaune posée sur un trépied et remplie de braise on de petits noyaux en combustion recouverts de cendre fine qui entretiennent un feu doux.
Le lit est, pendaut la journée, tenu sous le rideau ; il occupe un espace des plus restreints et se trouve en une espèce de réduit disposé en retour d'angle près de la porte d'entrée. Cette exiguité rappelle celle de l’alcôve pompéienne, zofheca, où il n’y avait gnère de place que pour la conche et dans laquelle on ne pouvait demeurer sans laisser la porte ouverte.
Le seul vestige architectural qui indique la vieille ville mauresque se trouve dans la forme et le profil de l'ouverture du fond, commune à l'entrée de la pièce et à son alcôve. Quant au mobilier dépareillé, rangé le long de la muraille, il justifie pleinement ce que dit Théophile Gautier à propos de l’abondance extraordinaire de chaïses et de canapés de paille dans les habitations espagnoles, et aussi ce qu'il ajoute en parlant du goût affreux des meubles, rappelant le goût messidor, le goût pyramide, et toutes les formes démodées du premier empire qui, selon lui, bien que l’ancienne Espagne ait en grande partie disparu, y fleurissent toujours dans toute leur iutégrité.
La galerie supérieure du patio montre que cette partie de la maison reçoit d’autres proportions que celles d’un couloir ; sa profondeur, en de certains côtés, est doublée. I] y a là nne pièce recevant le plein air, s’ajoutant aux chambres d'habitation, et d’une jouissance commune; elle est pavée de larges carreaux de briques, et c'est l’endroit où, d'ordinaire, l'Espagnol de mœurs rustiques, couché sur la dure, étendu sur sa #24n14, fait sa sieste.
I n’est pas sans intérêt de faire remarquer que, sons le couvert de son toit en pente qui la dégage intérieurement, cette pièce à air libre, quelle que soit sa profondeur, est toujours ponrvue d’une abondante lumière ; c’est à peine si sous cette toiture qui préserve de l'atteinte directe des rayons de soleil on est ce qui s’appelle dans l'ombre. La pénombre est si réellement claire sous le ciel espagnol que le peintre, habitué aux oppositions septentrionales, ne sait comment s’y prendre pour établir des plaus dans sa translucidité, et c’est ce que nous disait notre ami Sabatier qui s’y est efforcé dans son aquarelle, où, maleré sa délicatesse scrupuleuse, obligé de forcer des oppositions en réalité à peine saisissables, il a cependant réussi à le faire comprendre.
L'extérieur de la maison montre que les mêmes précautions y sont prises pour se préserver des inconvénients du soleil, en éviter l’atteinte, et cependant respirer. La toiture avancée conserve l’éxbrexæ romain, la tuile courbe, bon et durable préservatif, d’une disposition heurense ponr la division et le déversement des eaux pluviales; pas de vitres échauffantes à la fenêtre, maïs une porte en bois à deux battants dont le panneau supérieur s'ouvre à l’inté-
rieur pour procurer quelque lumière ; le seuil de cette porte-fenétre s'élève d’une marche audessus du balcon avancé dont la plupart des maisons se trouvent pourvues. La boutique est ouverte et sous une toile tombante, qu'un bâton transversal à demeure permet de tenir à quelque distance, de manière à ne pas priver de l’air extérieur. Le pied du mur est bordé de petites dalles en talus pour empêcher le déchanssement causé par la pluie et la pénétration de l'humidité. Amoureux du badigeon, les Espagnols en couvrent tous leurs murs, avec une singulière fréquence dans certaines provinces méridionales ; à Séville, régulièrement, cela se renouvelle trois ou quatre fois par an. À Grenade on en varie les tons, de manière à éviter aux rues étroites, généralement tortueuses, tout aspect monotone ; sans compter les crudités de la craie blanche, les maisons y sont peintes en rose tendre, en vert clair, en jaune beurre frais, enfin de toutes nuances des couleurs les plus gaies. Le seul inconvénient de cette chemise de chaux, comme l’appelle Gautier, c’est qu’elle ensevelit de plus en plus, de manière à les dérober aux investigations des antiquaires, les restes des sculptures arabes et gothiques qui ornaïent les maisons anciennes. En somme, l'absence de toute teinte sombre produit un ensemble plein de vie et de gaîté. L’homme qui passe dans la rue devant la maison représentée, sur le pavé en petits cailloux que l’on trouve dans toutes les villes d’Espagne, et sur lequel, lorsqu'il est rayé, en manière de trottoirs, de bandes de pierres plates assez larges, la foule marche à la file, cet homme qui passe, c’est l’aguador, portant en bandoulière le baril plein d’eau fraîche, à cannelle étroite, et lançant à chaque instant son cri : agua ! quien quiere agua! On est grand buveur d’eau en Espagne.
Les costumes représentés proviennent de la Vieille et de la Nouvelle Castille, de l’ancienne province de la Manche et de celle de Valence.
et que le mulet est d'autant plus précieux qu'il passe en sureté dans des endroits où un cheval n'ose avancer, le trafic en est naturellement considérahle,
N° 1. Paysan des environs de Tolède,
Chapeau rond, veste de drap avec dessin passementé en.
velours ou en coton, N° 4, Petite fille de Castillon; province de Valence.
N°5 2 et 3. Maquignon, marchand de mules, et son do- N° 5. Arricro, charretier; même province,
mestique; province de la Manche.
Les meilleures mules d'Espagne sont les castillanes et surtout celles de la Manche. Au siècle dernier, on n’y connaissait guëre que les attelages de mulets, même anx carrosses. On sait qu'ils servent aussi hardiment qu'adroitement dans les montagnes, et semblent nés pour porter docilement et longtemps de gros fardeaux. Ceux de la grande espèce, provenant du croisement de l'âne avec la jument, ainsi que ceux de la petite espèce, les bardeaux, issus du cheval et de l'ônesse, se vendent cher; comme ils remplacent partout les chevaux de trait, que tout est transporté par des mules qu’on attelle aux chariots ou aux charettes,
N° 6, Cultivateur de riz, à Cullera; même province.
Ces deux derniers costumes peuvent être l'ohjet d'une description commune, d'autant plus propre à faire ressortir leurs différences provenant de la profession, et les ressemblances tenant aux traditions locales, Ces deux hommes portent également les bas sans pied ou jamhards de laine et les a/pargatas de chanvre tressé et battu, qu'on appelle aussi espardines, laissant à découvert le cou-de-pied. Tous deux ont sur l'épaule la capa de muestra , la longue pièce de laine hariolée, rayée de couleurs vives, qu’ona rrange de mille manicres, et dans les coins de laquelle le Valencien serre son argent, son pain, son melon d’eau, sa
navaja; c'est à a fois un bissac et un manteau. Tous deux enfin ont la chemise attachée au cou par un bouton double et sont ceints de la fuja de soie ou de laine, Mais, tandis que l’arriero porte la culotte et la veste, et que sa tête enveloppée du foulard est recouverte du chapeau bas de forme à bords retroussés, l’autre, le cultivateur, l’homme de la terre, a conservé le caleçon de toile, les saragüelles de lienzo, qui flottent jusqu’à la hanteur des genoux, rappelant le jupon des Klephbtes et provenant assurément des Maures. Ce cultivateur a un chapeau de paille hant de forme, à bords étroits et dont le caractère indique la modernité. Selon la coutume ordinaire, il ne porte que le gilet, la veste étant réservée aux jours de fête- À son cou est suspendu un scapulaire ; dans sa ceinture est passé un pistolet ; il est occupé à rouler une cigarette dont on sait l'usage universel en Espagne parmi les hommes. Les jours de travail, le Valencien cultivateur ne conserve guère que la chemise et le calecon. Son visage brûlé du soleil, son regard farouche, ses bras et ses jambes couleurs de bronze, et, s’il défait son mouchoir, son crâne rasé à l'orientale et bleu comme une barbe fraîchement faite, lui
donnent tout à fait l’aïx d’un Bedouin, dit Théophile -
Gautier, qui l'appelle le Kabyle européen,
N° 7. Muletier des environs de Burgos.
Sauf les houseaux, ce costume a beaucoup de rapports
avec celui de l’arriero valencien. La veste courteest du commencement du siécle, Cet homme est coiffé du chapeau en tricome posé de face, el tricorrio, qui est le chapeau même des estudiantes de lux tuna, de l'ancienne tunante de Valence. Ils l'ornaient de la cuiller de bois indispensable aux gens nomades ; elle y était passée comme un plumet.
N° 8. Gitana.
La population bohémienne est assez nombreuse dans la
province de Murcie, mais encore plus en Andalousie. La grande affaire des femmes c'est toujours de dire la buena ventura, ou la baji, selon leur langage ; elles lisent l'avenir dans les lignes de la main, on dansent d'une maniére toute particulière. Le corsage dégagé pour l’aisance des mouvements est un des caractères du costume de ces femmes auxquelles il faut toujours quelque fleur ou quelque ruban de couleur éclatante dans leur chevelure. Nombre d’entreelles ont conservé l'usage de la jupe à deux et trois volants, qu'elles restent seules à porter en Espagne.
Les trois fragments de la maison sont reproduits d'après les aquarelles de M. Sabatier.
N° 1,5, 6 et 8. Documents photographiqnes fournis par M. Lanrent.
N° 7. Dessin d'H'® Lecomte, N 9, 8 et 4. Dessins de M. Garcia. Coloration de MM. Bastinos et Garcia.
Voir pour le texte : Tra los Montes, par Théophile Gautier, 1843. — Deux artistes en Kspagne, par JM. Desbarolles, 1855. — Quelques jours en Espagne, par A. John Lemoïinne (Revue des deux Mondes 15 juillet 1858). — L'Espagne, par 1. le baron Davillier, 1873. — L'Espagne, splendeurs et misères, par A1. L. Tinbert, 1875.
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