Chapitre V
Ces diverses considéra lions ont fait à peu près abandonner en Europe l'emploi de la toile de coton comme toile à voiles, surtout pour les grands navires.
GouTiL. — Le coutil ou coutis est une toile ferle et serrée de chanvre ou de coton, destinée à faire des oreillers, des traversins et des matelas, couettes ou lits de plume. Il est généralement à raie*s plus ou moins larges, blanches ou bleues; le tissu est croisé par un mécanisme particulier, de façon à le rendre aussi imperméable que possible, et souvent, pour boucher tous les pores par où la plume ou le duvet pourraient s'échapper, on savonne l'intérieur avant d'y introduire la plume.
Calicot. — Ce tissu de coton fut fabriqué d'abord tdans la ville de Calicut, province de Malabar; il fut apporté en Europe par les Anglais. C'est un tissu plus fin que la toile, mais qui offre encore une certaine résistance. Le calicot est généralement blanchi; lorsqu'il est écru et composé de fils moins fins, c'est alors de la toile de coton : l'usage sous ces deux formes est considérable dans l'économie domestique; on en fait des draps, des rideaux, des chemises, etc., etc. On en destine une grande partie à l'impression et à la teinture en rouge. Il forme alors Vindienne et Vandrinople. Le calicot sert à la confection du sparadrap, autrefois appelé toile Gauthier, préparation destinée à être appliquée sur la peau. 11 convient de prendre du coton écru et muni d'un duvet suffisant pour que la composition puisse s'y étendre et fixer plus commodément.
Indiennes. — L'Inde nous envoyait jadis des cotons peints, des indiennes, qui étaient fort recherchés; aujourd'hui , c'est le contraire qui a lieu : nous fabriquons mieux, à meilleur marché que les Indiens euxmêmes, quelque faible que soit le prix de la maind'œuvre dans ce pays. La France, sous ce rapport, a une incontestable supériorité; Rouen et Mulhouse n'ont pas de rivales : la première de ces villes, pour ses produits fabuleux de bon marché , ce qui lui fait donner le nom de manufacture du pauvre; la seconde, pour le bon goût et la perfection du dessin (i). Malgré cela, la concurrence terrible que fait TAngleteVre et les variations de la mode jettent la perturbation dans les fabriques fran* çaises ; l'industrie alsacienne ne se soutient qu'à peine.
Le chiffre commercial de l'industrie de Vindienne à» Roueii et en Alsace s'est élevé, en 1870, à 120 millions, et cependant l'année ne fut pas toute utilement employée : il y eut des jours malheureux, et plus d'une fabrique eut à gémir de l'invasion de l'étranger.
On distingue dans ce commerce plusieurs genres ou espèces d'indiennes : V indienne ^ qui est un calicot ou tissu de coton sur lequel, à l'aide de la chimie, on produit des dessins simples ou recherchés et artistiques, suivant la nature de la consommation; en France, la Picardie et le pays de Caux en produisent chaque
(1) L'Alsace avait 1,700,000 broclies sur 6,300,000 que possédait la France , plus du quait des- moyens d'action !