Chapitre IIL
Donnons en quelques lignes un aperçu du travail de la Mtile-Jenny. Dans cet appareil, le travail est alternatif et le renvidage n'a lieu que lorsque les cylindres étireurs ont fourni une certaine longueur de mèche, qu'on appelle aiguillée, laquelle n'est renvidée qu'après avoir subi la torsion nécessaire. Ce qu'on appela le métier à lanterne fut la première invention pour recueillir les lames de coton des bancs d'étirage, afin de les diviser et leur donner la torsion primitive, capable de maintenir les filaments entre eux, avant leur introduction dans la machine nommée Billy, Le métier à lanterne est abandonné depuis bien longtemps.
La vapeur remplaça, en 1787, l'eau comme moteur, en Angleterre, où le charbon de terre put être employé économiquement, mais on n'a pas abandonné le premier agent. Ce n'est, du reste, qu'une question d'économie pour l'établissement industriel, dépendant de sa situation dans le voisinage d'un cours d'eau ou d'une mine de charbon. .
Les États-Unis suivirent l'exemple de l'Angleterre, et nous voyons qu'en 1790 on avait appliqué la vapeur à la machine d'Arkwright. Cependant, comme les rivières sont très abondantes dans l'Amérique du Nord , on les utilise autant que possible, et la rivalité existe au plus haut point entre ces deux pays^ quant à la production au meilleur marché possible. Si la main-d'œuvre est plus chère au delà de l'Allantiquè , en revanche on n'a pas à payer de fret, puisque le coton peut être transformé en fil et en tissus dans la localité môme où il a été récolté. 11
La révolution de 1789 ne permit pas à la France de profiter immédiatement de l'invention anglaise; ce ne fut qu'en 1797, après que les esprits furent un peu calmés, que les industriels français songèrent à reprendre le cours de leurs affaires. La première filature de colon fut établie dans le couvent des Bonshommes.
Ce couvent, qui datait de la fin du XV* siècle, avait été habité par des moines venus d'Italie avec le confesseur de Louis XI, et Anne de Bretagne leur avait donné le manoir de Naigeon, avec les dépendances et un hôtel voisin. A l'époque de la suppression en France des établissements religieux, un industriel de Gand, du nom de Lewin Bawins, acheta ces bâtiments et y établit une manufacture de coton , semblable à celles qui fonctionnaient depuis plusieurs années de l'autre côté du détroit.
Il paraît que ce ne fut pas sans grandes difficultés et même au péril de sa vie qu'il parvint à surprendre à l'Angleterre le secret des découvertes faites dans ce pays. Non seulement on prohibait et on saisissait sur les côtes anglaises les machines au moment de la sortie, on s'emparait même des plans qui eussent permis de les imiter. M. PénotW cite un Français qui paya de plusieurs années de prison un croquis qu'il avait tracé sur son linge de corps. Plus généreux que ses rivaux, le manufacturier ne refusa jamais de laisser voir les machines de son
(1) Bull, de la Soc. ind. de Mulhouse, avril et mai 1874.