‹ Le cotonChapitre 86 sur 245 · Chapitre IIL · texte numérisé non relu

Chapitre IIL

que, le lendemain, il était en possession d'un modèle de la Jenny et de la Continue. Arrivé, sans de grands eflfgrts d'imagination ou de calcul, au but qu'il se proposait, c'est-à-dire de présenter en son nom une machine pour filer le coton , il fit voir ce nouveau métier à quelques personnes à la fois compétentes et riches ; une entreprise se formai pour laquelle on trouva des actionnaires, et Arkwright n'hésita pas à prendre, le 3 juillet 1768, un breVet d'invention, sans que High songeât à le poursuivre. Quelques modifications, qu'il apporta dans la composition des rouages, lui firent prendre de nouvelles patentes ; il lança des prospectus pour faire connaître au public la découverte d'une machine à filer, ayant soin, dans l'historique qu'il en faisait à sa façon, de ne parler que de Hargreave, et de passer sous silence le nom du véritable inventeur.

Sic vos non vobis ^

Pour soutenir son rôle, il fut obligé de faire des procès à feux qui se servaient de la machine dont il voulait se faire passer pour inventeur; il les perdit, ce qui ne l'empêcha pas de faire une grande fortune. Tel est le sort de beaucoup d'hommes de génie : à eux le labeur, à d'autres le profit. Arkwright laissa, dit-on, à sa mort, une fortune de 12 millions et demi, pendant que Hargreave mourut dans la misère, et que High, s'étant retiré à Paris, où il cherchait toujours à perfectionner son métier, végéta inconnu jusqu'à sa mort.

L'invention de High et celle de Kay avaient fait faire

un progrès immense à Tindustrie du coton. Elles avaient de j)lus ouvert la voie à de nouvelles combinaisons. Il s'agissait maintenant de combiner les deux systèmes. Cet honiieur revient à Samuel Crompton, de Bolton-le- Moors. Ce mécanicien étudia avec beaucoup de soin le rapport enU'e les modes d'étirage des deux machines précédentes, et après cinq ans de recherches, en 1789, il arriva à combiner les deux systèmes et dota l'industrie d'un outil précieux, la Muk-Jenny, qu'il appela ainsi des deux mots Myiei\) et Jenny, pour indiquer la provenance. Cette machine fut modifiée et perfectionnée encore par Will. Henry Kelly, et après eux par plusieurs autres mécaniciens , suivant la nature du coton à filer, et de la quantité de fil à produire, Elle sert encore dans quelques filatures.

Crompton, paraît-il, n'avait pas pris de brevet d'invention, et s'était contenté d'une souscription recueillie parmi les manufacturiers, et dont le chiffre était assez élevé pour le satisfaire. Mais, quand vint le mome'nt de recueillir les fonds, les souscripteurs firent la gourde oreille, et Crompton ne put recueillir que 1,500 francs, somme qui couvrait à peine ses dépenses. Son désintéressement ne fut pas récompensé , et l'inventeur de la Mule- Jenny mourut dans la misère, en 1827.

(1) Ce mot est composé des deux mots Mule^ mot anglais qui signifie mulet, soit parce que cette machine , dit Larousse, était une Jenny abâtardie, soit parce qu'elle était mue par un mulet, et du nom propre Jenny. On écrit aussi, mais à tort, Mull- Jenny.

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