‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 134 sur 193 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

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(suite.)

Manchester, quand je l'ai visité, n'était pas encore sous le poids de cette crise qui devait jeter tant de trouble dans ses relations ; la guerre civile n'avait pas éclaté dans l'Amérique du Nord ; tout au plus en avait-on un vague pressentiment. J'ai donc pu recueillir les notions que fournit un état régulier, examiner ce groupe industrieux comme il doit être examiné ponr s'en former une idée juste, c'està-dire en plein travail et avec toutes ses forces en jeu. Même ainsi, on n'en pénètre pas aisément les secrets; les lieux et les hommes semblent s'envelopper d'une égale réserve et se défendre à l'envi contre la curiosité. L'activité ne se trahit au premier abord que par ces obélisques, couronnés de fumée, qui, sans prétendre à des efifets de décoration, obstruent et écrasent, par leurs proportions et leur nombre, la perspective des autres monuments. L'utilité fait ici la loi ; ce qui y déroge est rejeté sur le second plan. Dans l'intérieur de la ville, le même défaut

n«: MANCHESTEH. — LA VILLE.

d'harmonie se retrouve ; peu de grandes lignes, si ce n'est dans le quartier neuf de Mosley-Street, où les voies sont larges et les constructions de belle apparence; le reste n'est qu'un entassement de maisons jetées au hasard, par couches successives, sans autre règle que le besoin d'espace. Point de sacrifices faits aux embellissements, aux places publiques, aux promenades; pour trouver des ombrages, il faut franchir le rayon d'activité, aller dans les faubourgs, à Peel's Park, par exemple, qui est de création récente: Au centre, rues et maisons ont été disposées pour la prompte expédition des affaires; sur les cours d'eau, toujours souillés par des résidus d'ateliers, les manufactures; plus loin les comptoirs et les magasins dont les rezde-chaussée sont occupés par le commerce de détail; enfin, au delà, les logements des ouvriers, qui forment autour de la ville une vaste ceinture. Los rapports sont ainsi plus prompts, plus directs, moins gênés par les distances, et, comme dernier instrument de cette commodité des services, les chemins de fer et les canaux passent en arcades sur les rues ou les traversent par des embranchements souterrains pour aboutir à la porte des fabriques. Manchester n'a de particulier que cette physionomie, empruntée et adaptée à son travail : ce n'est ni une ville du moyen âge pittoresque dans son irrégularité et dont les contrastes ont le charme qui s'attache aux traditions, ni une ville moderne qui vise à l'ornement et use de la symétrie jusqu'à l'excès: c'est une ruche dont un essaim laborieux a par instinct rapproché ses alvéoles.

Au fond l'aspect des lieux ne prévient pas; on se sent mal à l'aise et presque déplacé dans cette foule qu'emporte le tourbillou des affaires. Les habitants mômes n'échappent pas à cette impression; les manufacturiers campent

MANCHES Tfc il. - MOM'MENTs 347

plutôt qu'ils ne résident dans la ville. Ils y ont leurs comptoirs et leurs magasins; ils élisent domicile ailleurs : les uns dans les environs, les autres à plusieurs milles*de distance, sur des lignes de chemins de fer. Le soir, quand leur tâche est finie, ils quittent cette atmosphère de fumée pour aller rejoindre leurs familles dans un air plus pur et au milieu d'un paysage qui repose le regard. Ces maisons de plaisance, perdues dans des sentiers et jonchées de fleurs, foisonnent autour de Manchester ; elles sont une revanche et un abri contre les tristesses et le mélange du séjour industriel. Presque toute la population aisée s'y réfugie ; il y en a où aucun luxe ne manque ; d'autres qui ont de moindres prétentions; dans aucune l'entretien n'est négligé. L'Anglais le plus occupé garde ses goûts champêtres et n'y ménage pas la dépense. Il est un autre goût qui, par intervalles, se réveille chez lui et qui est moins heureux, c'est celui des créations de l'art. Devenu riche, Manchester a voulu se parer de quelques monuments. Par suite de son prodigieux agrandissement, tout était à faire; il lui fallait un hôtel de ville, une bourse, une halle aux blés, d'autres édifices encore, tous marqués de ce cachet d'utilité sans lequel il n'y a rien à attendre

M. mi

d'une contribution volontaire. L'utilité une fois vérifiée, ce fut à qui se montrerait le plus généreux. Des 6ommes importantes furent donc recueillies; il ne s'agissait que d'en Jaire un bon emploi. Des architectes arrivèrent avec leurs plans, qui' abondent en'pareil cas; il n'y avait que l'embarras du choix. Parmi ces plans, les uns, tout en faisant une part à l'élégance, s'étaient renfermés dans le sentiment de l'appropriation ; d'autres n'en avaient en aucune façon tenu compte et n'étaient que des fantaisies ou des copies maladroites des chefs-d'œuvre de l'antiquité. De la

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