‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 135 sur 193 · U& MANCHESTER. - INSTITUTIONS LIBÉRALES · texte numérisé non relu

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part d'esprits positifs, on devait s'attendre à ce que le choix se portât sur les types les plus en harmonie avec la destination. Le contraire eut lieu; la municipalité de Manchester, aux applaudissements des souscripteurs, se décida pour les projets qui devaient donner à la ville de faux airs d'Athènes et de Rome ; elle pensa qu'à prendre des modèles, il y avait lieu de préférer ceux qui avaient le mieux réussi et d'en multiplier les exemplaires. De là des monuments semés dans les quartiers populeux, quelquefois engagés dans les maisons, et qui affectent l'œil comme autant de parodies. L'hôtel de ville est le temple d'Erechthée, la halle aux blés le temple de Cérès, la Bourse, le théâtre, la salle des concerts, celle du libre échange et une dizaine d'autres sont un mélange des genres grec et romain qui jurent dans leur accouplement. Ces coupoles, ces portiques, ces colonnes, ces statues semblent frissonner sous ce ciel brumeux et se dérober de pudeur sous l'enduit que la fumée, fixée par le brouillard, y dépose en couches irrégulières. De tous ces édifices il n'en est qu'un seul qui réponde bien à son objet, c'est la cathédrale, d'un gothique du xv e siècle, simple mais du moins assortie au climat, et qui a été érigée à une époque où Manchester était trop pauvre pour payer ces débauches de l'imitation.

Les écarts du goût une fois relevés, il n'y a plus qu'à rendre justice aux bons emplois que la ville fait de sa fortune. Nulle part les institutions qui touchent à la culture de l'esprit ne sont plus libéralement et plus volontairement dotées ; nulle part il ne règne, en matière de religion, une tolérance plus entière. Tous les cultes y sont non-seulement soufferts, mais pourvus ; seulement chacun pourvoit le sien; il y a cent trente-cinq églises ou chapelles; les

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Mormons même ont la leur, comme les Mahométans leur mosquée. Les sectes qui n'ont point d'abri prêchent en plein air; elles s'emparent du pavé pour y faire des prosélytes ; c'est une industrie comme une autre : la police se garderait bien de la troubler. Le dimanche, dans chaque carrefour, des groupes se forment autour d'un baptiste ou d'un puseyiste, qui, monté sur un tréteau ou sur une chaise, commente à sa manière et avec des gestes véhéments les textes évangéliques. Des membres des sociétés de tempérance en font autant, et en allongeant leurs prônes, enlèvent quelques victimes aux tavernes et aux débits d'eau de genièvre. Ces divers modes d'influence n'ont d'autre contrôle que la conscience des auditeurs, pourvu que la paix publique n'ait pas à en souffrir. Il est vrai que ces scènes, qui dégénéreraient ailleurs en rixes et paraîtraient au moins singulières, se passent chez un peuple exercé à la liberté et dont le tempérament s'est trempé dans cette pratique vigoureuse. L'instruction de plus en plus répandue y a beaucoup contribué. Quoique largement secondée, elle n'est point gratuite ; le premier effort doit venir de celui qui en profite : il est de principe, dans cette race, que pour avoir le droit de disposer pleinement de soi, il faut d'abord s'aider soi-même. L'instruction est un bien qu'on ne peut avoir la prétention d'acquérir si on n'y met le prix; si elle vaut, il est naturel qu'elle coûte. L'essentiel est de comprendre ce qu'elle vaut, et, à peu d'exceptions près, cette intelligence ne manque à aucune des classes de la population anglaise. Les sacrifices faits par les familles n'ont pas empêché, à Manchester, l'instruction de s etendrejusqu'aux derniers rangs. On y compte trois cent dix-neuf écoles ou collèges, fréquentés par soixante-huit mille élèves. C'est un élève par six habitants, à peu près comme en Ecosse, et en

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réalité l'une des proportions les plus élevées qu'on puisse atteindre avec des chiffres sincères. Dans cette limite, il ne reste qu'un petit nombre de sujets en dehors des cadres de l'instruction élémentaire. Quant à l'instruction supérieure, on pourrait croire que, dans un pays de fabriques, elle n'a à attendre que le délaissement. Il n'en est rien, et la preuve en est dans le grand nombre de sociétés libres, toutes florissantes, toutes bien dotées qui réfléchissent et représentent le mouvement intellectuel du pays. Dans une ville si positive, le premier rang, le croira-t-on, appartient à une société de philosophie. Il va de soi que, cette part faite aux travaux de la pensée, l'étude des faits ait aussi la sienne, et qu'il y ait à Manchester des sociétés de chimie, de géologie, d'histoire naturelle, sans compter une société littéraire qui siège dans un véritable monument, et un athénée où le culte des arts se mêle aux délassements d'un cercle. Est-ce là seulement un luxe que se permettent ces grands manufacturiers que sur les lieux mêmes on désigne sous le nom de seigneurs du coton? n'y a-t-il pas dans tout ceci

plus d'ostentation que de goût véritable? En plus d'une occasion ce goût s'est montré. Il y a quelques années, Manchester donna à ses frais, au public des connaisseurs, un spectacle qui a laissé un long et durable souvenir. C'était l'exposition des chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture qui, dispersés dans les châteaux <Ju Royaume-Uni, n'avaient pour ainsi dire plus d'existence que dans les catalogues. L'entreprise n'était ni aisée ni indifférente; il fallait, pour la mener à bien, en avoir le juste sentiment. Manchester l'a eu ; l'expérience nepouvait'êtreplus concluante. Un fait plus récent témoigne que ces filateurs et tisseurs de coton n'ont pas moins d'ardeur pour des fêtes d'un attrait plus sérieux. Dans les cornmencoments de l'automne

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