PREMIÈRE QUESTION
Quelle est la nature des établissements? leur nombre? leur importance ?
Réponse. Jusqu'à présent l'industrie de la bonneterie ne s'est pas exercée généralement par ateliers Chaque chef de fabrication désigné sous le nom de fabricant a ses ouvriers, soit à la ville, soit à la campagne, travaillant chez eux , ces derniers joignant presque toujours à leur travail industriel quelques travaux agricoles, surtout à l'époque des récoltes.
Souvent un chef-ouvrier, seul responsable aux yeux du fabricant qui lui confie le coton à tisser, réunit autour de lui un certain nombre d'ouvriers auxquels il fournit le métier qu'ils u'ont pas le moyen d'acheter et les fait travailler sous sa direction, moyennant un avantage sur le prix auquel spn travail lui est définitivement payé; ces petits ateliers ne réunissent pas au delà de sept ou huit ouvriers menant des métiers circulaires.
Quelques établissements mus par l'eau et la vapeur, au nombre de quatre à cinq seulement, et ne réunissant pas encore une quantité considérable d'ouvriers , sont en voie de montage ; c'est évidemment un progrès au point de vue de la main-d'œuvre, si l'on arrive à monter ces établissements sur un pied suffisamment large ; malheureusement, pour atteindre ce résultat, il faudrait des capitaux relativement considérables. Pt c'est précisément ce qui
manque à la fabrique de bonneterie de Falaise. Actuellement le fabricant en est quitte pour fournir la matière première à ses ouvriers qui, presque tous, possèdent leur métier, tandis que, du jour où l'industrie se montera par ateliers, il faudra que le fabricant, indépendamment d'un établissement approprié à ses besoins et pourvu d'un moteur, achète des métiers pour son propre compte, chose difficile, pour ne pas dire impossible à la plupart des fabricants, qui ont bien de la peine à subvenir aux simples besoins de l'achat et de la vente de leurs produits. Au surplus, il faut le dire, ces établissements ne sont encore qu'à l'état d'essai, et peut-être éprouveront-ils quelques difficultés avant d'amener des résultats avantageux, attendu que les mœurs et les habitudes des ouvriers de la bonneterie, et surtout de ceux qui habitent les campagnes, les éloignent de l'atelier, et que, gagnant en ce moment d'assez beaux salaires, ils pourront pendant longtemps balancer les établissements montés par ateliers qui aurout, ainsi que je l'explique plus haut, d'assez lourdes charges à supporter. Un des principaux avantages que procureraient les établissements par ateliers, le seul peut-être, au moins jusqu'à ce que les Trais de premier établissement soient amortis, consisterait dans une régularité de production au point de vue de la quantité que l'on ne peut obtenir avec l'organisation actuelle. Chaque ouvrier, dans les ca m pages surtout, quiltant, pour les moissons, son travail de l'hiver, il s'opère à ce moment un vide dans la production qui nuit souvent beaucoup aux affaires, amène des perturbations dans le prix «le la main-d'œuvre entre l'acheteur qui veut être livré et le fabricant qui, faute de produits, ue peut le faire; mais, comme contre-pied, il faut reconnaître que, dans les moments de crise et de nulle vente, l'atelier sera une lourde charge pour le fabricant qui, jusqu'à présent, dans ces moments, ralentissait sa production, ce qu'il ne pourra faire une fois l'atelier organisé.
Le nombre des fabricants de Guibray (car ce faubourg de Falaise où ils résident presque tous a donné son nom à la fabrique) s'élève en ce moment à environ soixante-dix ; ils se partagent, dans des proportions très-diverses, le produit d'environ quatorze à quinze cents métiers circulaires, employant l'un dans l'autre la quantité approximative de 20 à 22 kilog. de coton par semaine, soit pour cet espace de temps .10 à 32,000 kilog. de coton, ou
FALAISE. - B0NNETEK1K. m
I million 600,000 kilogr. de coton par année; quelque» personnes portent même ce chiffre à 2 millions de kilogr.; ce serait dans tous les cas le maximum. Chaque kilogr. pouvant être évalué l'un dans l'autre au prix de 4 fr. 25, et sauf la variation de la matière première et quelques articles exceptionnels, il s'ensuit que le chiffre de la production de la fabrique de Guibray peut être éva lué à une valeur annuelle de 7 à 8 millions de francs.
Trois ou quatre maisons emploient le travail de qualre-vingts à cent métiers; douze à quinze maisons le travail de trente à soixante; le surplus s'applique aux maisons de moindre importance, dont quelques-unes n'occupent pas plus de huit à dix métiers.
Chaque ouvrier menant son métier, sauf dans les rares établissements par ateliers mus par un moteur étranger où un homme ou une femme peuvent en surveiller plusieurs, il s'ensuit que le nombre d'ouvriers conduisant des métiers peut s'élever de quatorze à quinze cents dans l'arrondissement de Falaise; mais ces ouvriers ne font que tisser le coton qui leur est donné en fil, el pour arriver à tranformer ce tissu en bonnets, bas, gilets, camisoles, jupes, etc., il faut l'aide et le travail de plus de dix mille femmes et enfants qui, outre le doublage des cotons teints, cousent et mettent en état tous les articles variés qui forment l'objet de la fabrication.
En général ce travail est fait dans les campagnes, dans un rayon de 15 à 20kilomètrcs'autour de Falaise. 11 procure ainsi un avantage aux familles dont les enfants et les femmes, tout en vaquant aux soins du ménage et en gardant leurs bestiaux, arrivent, suivant le temps consacré directement à ce travail, à gagner de 40 à 80 centimes par jour.
Les commis de magasin et autres employés peuvent s'élever au nombre de trois cent cinquante à quatre cents.