‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 189 sur 193 · SEIZIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

SEIZIÈME QUESTION

Où en est l'industrie dans ces localités? Où s'approvisionne t-elle? Quels sont ses débouchés?

Réponse. Depuis quelques années l'industrie de la bonneterie a fait à Falaise de gTinds progrès ; anciennement on ne fabriquait en cette ville que le bonnet de coton ; mais depuis surtout l'invention du métier circulaire à platines et l'introduction du métier à côtes tout a changé de face; tous les articles de bonne-

FALAISE. -BONNETERIE m

lerie sont fabriquas à Falaise : les gants, les bas, les jupons, les camisoles, les gilels, etc. Malheureusement, pour arriver au bon marché toujours si recherché, on est obligé de négliger certains soins de goût et de détail et de négliger également la qualité de la matière première. Néanmoins, même sous ces derniers rapports, un progrès réel se manifeste depuis déjà un certain temps; sans doute il serait à désirer que quelques machines perfectionnées dont on s'entretient et qui ont paru à Troyes dans ces derniers temps, fussent au plus tôt introduites dans notre arrondissement; mais chacun s'observe; l'inconnu qui se dresse devant le fabricant par suite du traité de commerce effraye les plus hardis spéculateurs, et chacun attend avant d'aller plus avant. 11 faudra maintenant attendre que l'inconnu se dégage avant de songer à voir se former de nouvelles entreprises; on se borne à modifier son matériel pour ce qui existe, on ne va pas au delà.

La matière première, pour la bonneterie, est le coton filé, qui est fourni par les filaleurs de la localité et celles des environs pour le coton écru et teint, et par des filatures de Paris et des départements de Maine-et-Loire pour le colon gris à la carde.

Les débouchés s'exercent par toute la France ; quelque peu en Suisse et en llalie.

NOTK

SUR LES ORIGINES DE L'INDUSTRIE DE MULHOUSE, D'APBÈS DE NOUVEAUX DOCUMENTS TIRÉS DES ARCHIVES COMMUNALES 1 .

L'histoire des premiers pas de l'industrie qui fil la réputation de Mulhouse offre le plus vif intérêt. Les archives de Mulhouse, dont M. l'archiviste Ehrsam a classé avec soin les pièces, sont riches en révélations qui jettent un nouveau jour sur le passé. C'est à tort qu'on avait imputé aux magistrats de cette ville libre le tort des mesures restrictives qui pesaient sur son industrie. 11 ressort, au contraire, des préambules de tous les décrets qui s'y rattachenl, que les magistrats de Mulhouse se sont montrés en toule occasion bienveillants pour l'industrie naissante des toiles peintes, et que les corporations seules s'y montrèrent constamment hostiles.

Les doléances des industries plus anciennes, leurs réclamations incessantes, eurent invariablement le même mobile : la jalousie, l'intérêt de conservation des tribus ou corporations qui se voyaient menacées ou se croyaient atteintes dans leurs droits par les empiétements de « Messieurs les fabricants, » comme on les appelait il y a un siècle, dans une pétition restée aux archives.

La teinture de quelques échevcaux de colon, l'emploi d'arlisans directement gagés, le cumul des professions, la participation à des opérations étrangères, tout est matière à procès de lapait des corporations. Les conseils ont constamment à punir des contraventions à un ordre de choses qui se prêtait de moins en moins aux besoins d'une industrie dont la multiplicité, la diversité dans ses moyens d'exécution, sont l'un des traits disliuclifs.

La taxe de 3/12 p. 100 prélevée sur le montant des ventes, souvent citée comme émanant de l'autorité, ne frappait pas l'impres-

1. Les renseignements contenus dans cette note et dans celle qui suit m'ont été communiqués par M. Eogel-Dollfus, membre de la maison Dollfus, Mieget O, avec une obligeance qui s'est étendue à beaucoup de parties de mon travail et dont je lui suis profondément reconnaissant,

MULHOUSE. — ORIGINES DE L'INDUSTRIE. *<;f

sion seule. On imposait toutes les transactions, non par esprit d'hostilité pour telle et telle industrie, mais parce qu'on voulait des revenus. La preuve en est dans le tarif de 1767, où l'on voit figurer à la suite d'un droit sur les harengs étrangers {sic) un droit de 4 shellings sur chaque matelas ou de 4 pfennings sur chaque oreiller long, achetés en ville par un étranger.

La première fabrique d'impressions créée à Mulhouse fut affranchie de toute taxe pour deux ans, et on lui accorda par faveur le séjour sous cautionnement des ouvriers étrangers dont elle avait besoin. A partir de 1749 elle dut, pendant trois ans, payer un abonnement annuel de 300 livres tournois, qui fit place à la taxe de 5/12 p. 100 du montant des opérations que durent payer tous les autres fabricants.

Dans le budget des recettes de 1762, c'est-à-dire treize ans plus tard, on voit déjà figurer la taxe générale perçue sur « Messieurs les fabricants, » pour une somme de 7,460 livres, ce qui, à 5/12 p. 100, représente un mouvement d'affaires de près de 1 million 800 mille francs ».

La perception vigilante d'un impôt qu'on cherchait parfois à éluder et qui formait, en 1762, le septième des revenus de la République et de quoi faire face au cinquième des dépenses (la ville prétait de l'argent à 4 p. 100 l'an à ses citoyens), fut, non sans raison, l'objet de nombreuses ordonnances; mais ces décrets portent tous un caractère exclusivement fiscal.

On ne peut voir davantage une mesure d'hostilité dans l'interdiction d'achat des foulons que se disputaient les corps de métiers et dans le décret de 1764, qui interdisait aux citoyens l'acceptation de commandites étrangères :

« Attendu, dit le décret, que, d'après la constitution, nul ne peut commercer s'il n'est citoyen de la Mlle, et que, par le moyen de commandites qui, au fond, ne sont que des associations, il il pourrait résulter des dommages au commerce de citoyens de la ville, il est défendu, etc. »

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