‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 35 sur 193 · MULHOUSE. — BUDGETS DES MÉNAGES · texte numérisé non relu

MULHOUSE. — BUDGETS DES MÉNAGES

de culture qui se refusaient à une évaluation. Les hommes eux-mêmes, propriétaires de petits champs, trouvaient, dans le mélange des travaux, un surcroît de revenu ou de produit. Enfin, dans le compte des salaires ne sont pas comprises les heures supplémentaires de travail qui échappent au calcul par leur éventualité et qui, pour certains détails, élèvent de 15 à 20 p. 100 le taux des salaires fixes. Malgré ces adoucissements, le fait qui ressort de ces tableaux n'est pas l'aisance, mais la gène. Le plus favorisé de ces ménages n'a par mois qu'un boni de 14 fr. 50 c, tandis que le plus mal partagé a un déficit de 17 fr. 25 c. Ici c'est le nombre des enfants en bas âge qui pèse lourdement sur la maison, là c'est la faiblesse du salaire. Dans un de ces ménages les quatre enfants gagnent 68 fr., tandis que le père n'en gagne que 36 ; la situation se relève par le concours des bras jeunes, elle empire quand les enfants sont hors d'état de s'occuper. Et il ne faut pas croire que dans les dépenses il y ait place pour le superflu. C'est à peine si la viande figure sur les tables de ces ouvriers; dans les budgets d'un mois, elle est comprise pour un total de 1 fr. 50 c, 2 fr. 10 c, 2 fr. 50 c, 2 fr. 80 c, 4 fr., 5 fr., suivant le nombre de tôtes; le plus grand excès est de 7 fr. pour dix personnes. Le reste est à l'avenant. Le pain, le lait, les farinages, les pommes de terre sont la base de l'alimentation ; les vêtements sont réduits au strict nécessaire. Ainsi la part disponible, quand il y en a, et qui pour les ouvriers rangés va à la caisse d'épargne et pour les autres au cabaret ou ailleurs, ne peut pas être bien forte ; quelques francs par mois, voilà quelle en est la mesure; au-dessus l'homme empiète sur ses besoins ou contracte des dettes, ce qui est le pire des expédients.

Les apparences néanmoins ne sont pas celles de la souffrance et de la misère. Dans les ateliers on en jugerait mal, et il convient de se défendre de l'impression qu'ils causent. La tenue y est sensiblement moins bonne que dans les ateliers anglais, surtout chez les femmes, qui, à Manchester et aux environs, gardent, même dans le travail, une mise convenable. En France, hommes et femmes ne portent dans la manufacture que des vêtements souillés et déchirés. Il est vrai qu'à la sortie ce costume, dont ils rougiraient au dehors, est remplacé par des habits plus décents. Mais c'est surtout le dimanche que tout ce monde se met en frais. A les voir dans les rues, les hommes en bon paletot de drap, les femmes en guimpe blanche et en robes fraîches, on ne croirait pas avoir affaire à la même classe que la veille on a vue en haillons. Le contraste est frappant ; les physionomies ont aussi changé de caractère. Les ateliers dans leur atmosphère de vapeurs donnent au visage une apparence de fatigue qui se dissipe au grand air. Dans la fabrique, c'est l'ouvrier que l'on voit ; sur le pavé, dans les promenades, c'est l'homme que l'on retrouve. Il porte la tête plus fièrement, il se sent comme affranchi, il s'appartient, tandis que dans le cours de la semaine il appartient à sa tâche. Une promenade aux environs, quelque bal forain, une station dans les guinguettes, voilà le programme de ses plaisirs bien légitimes quand ils n'excèdent pas la mesure. Ce qui les tempère, c'est que les femmes et les enfants y sont mêlés; l'ouvrier le dimanche marche le plus souvent avec sa famille. Le père porte les plus jeunes dans ses bras ; les marmots suivent la mère ; quelquefois le repas est dans un panier que l'on vide sur l'herbe, sous de grands arbres et à la portée d'un ruisseau. La journée s'écoule ainsi comme un délassement

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