‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 6 sur 193 · ALSACE. - PERFECTIONNEMENT. — IMPRESSIONS · texte numérisé non relu

ALSACE. - PERFECTIONNEMENT. — IMPRESSIONS

La filature n'est pas dans le môme cas que l'impression ; elle est plus récente et s'est montrée plus hésitante. Ce n'est pas une industrie de premier jet; c'est une industrie de seconde main qui attendidu dehors sa direction et ses modèles. L'originalité en est absente, sauf dans quelques inventions et quelques amendements de détail. JiOngtemps, pour l'usage local, on se contenta des filés à la main qui sortaient des rouets des Vosges et que les ouvriers de la campagne tissaient sur des métiers informes. Depuis vingt ans, les bancs à broches d'Arkwright étaient en activité dans le nord de la Grande-Bretagne sans que l'Alsace eût songé à s'en emparer. En 1803 seulement, les premiers métiers mécaniques furent introduits dans l'établissement de Wesserling, et encore n'employa-t-on pour les meltre en mouvement ni l'eau, ni la vapeur; ils ne marchèrent d'abord qu'au moyen d'un manège ou des bras du fileur. Il en fut de même pour les ateliers de Bolwiller, de Massevaux, de Willer et de Soultzmatt, qui datent des années suivantes. Il faut arriver à 1810 pour rencontrer les moteurs à eau, et à 1812 pour trouver un premier moteur à feu dans l'établissement de Dornach. La série des guerres qui ébranlaient alors l'Europe entra sans doute pour beaucoup dans ces retards. L'aliment du travail manquait aux manufactures, et la rupture des relations avec l'Angleterre laissait le continent dans l'ignorance de ce qui s'y passait en matière d'industrie. Aussi ne fut-ce qu'au retour de la paix et quand les plaies de l'invasion furent fermées, que la filature du coton prit une marche plus décidée. Le mouvement fut lent, mais coutinu. Dès 1828, il existait dans le Haut-Rhin et dans les Vosges près de 300,000 broches, et 530,000 en y comprenant tous les départements de l'Est. L'importance de cette

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fabrication était de 22 millions de francs, et le nombre des ouvriers employés s'élevait à 12,000. Troublée par quelques crises et sujette aux fluctuations habituelles du débouché, la filature alsacienne n'en a pas moins eu, depuis ce temps, une croissante cgnstante et rapide. En 1847, elle compte 1,1 50,000 broches; en 1857, 1,500,000, et aujourd'hui 1,700,000 d'après les renseignements les plus exacts; c'est plus du quart de la production française et du travail pour 35,000 bras.

Ce n'est pas tout, et on n'aurait de l'avancement de cette industrie qu'une idée incomplète si on la mesurait seulement sur le nombre de bras et de broches qu'elle met en activité. A ces deux éléments d'appréciation, il faut en joindre un troisième, et qui n'est pas le moins important, le perfectionnement des procédés. En prenant pour type, par exemple, le métier de 240 broches et en le suivant à rœuvrv, voici ce que l'on trouve : dix ans après le premier essai, en 1813, ce métier mû méc iniquement ne livre encore par jour que 2 kilogrammes en moyenne d'un fil pour chaîne des numéros 28 à 30. En 1818, on arrive, dans les mêmes donnée?, à 3 kilogrammes par jour; en 1828, à 9 kilogrammes; en 1857, à 14 kilogrammes, proportion déjà dépassée. La vitesse des révolutions, qui était, il y a quelques années, de 4,000 tours par minute, est ma'ntenant de plus de 6,000 tours. On conçoit à quel poit.t le chiffre de la production et le prix du produit en ont été affectés. Obtenir plus d'effets avec moins de bras, voilà l'idée dominante et l'objet des recherches. Sans m'engager dans le détail de ce qui en est sorti d'ingénieux, d'utile pour le travail et pour les hommes, il est une découverte sur laquelle je dois insister à raison du bruit qu'elle a fait et des conséquences qu'elle a eues.

C'est celle du métier renvideur ou automate, que les Anglais nomment self-actwg, c'est-à-dire agissant par luimême. Naguère, quand le banc d'étirage avait achevé son mouvement et qu'il fallait le ramener au point de départ pour qu'il recommençât sa tâche, un ouvrier repoussait le chariot à l'aide des mains et du genou et en s'aidant d'un appareil de roues d'engrenage ménagé au centre du métier. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi. Le va-et-vient s'exécute de lui-même; la force mécanique qui a conduit le banc à broches jusqu'à la limite de son évolution le reprend, dès qu'il y touche, en sens inverse, pour le ramener au point d'alimentation, d'où il fournit une course nouvelle. Tout cela s'accomplit avec une précision, une souplesse de mouvements qui forment un contraste avec les efforts qu'exigeait l'ancien métier. Une pareille invention est de celles qui s'imposent à une industrie et y ont une date. Elle supprime une tâche pénible, dégage et simplifie l'ap^ areil, écarte les bras inutiles. Trois ouvriers suffisent là où il en fallait sept ou huit dans les meilleures conditions. Et cependant, même en Alsace, où l'esprit est ouvert aux essais, l'introduction du nouveau métier a rencontré des résistances; sur 1,700,000 broches, c'est à peine si l'on en compte 200,000 du modèle perfectionné. A quoi cela tient-il? Je néglige les calculs qui ont été faits pour prouver que, profitable aux Anglais, le métier automate ne le serait pour nous qu'à un médiocre degré. Ces calculs soutiennent mal l'examen; l'avantage est démontré pourqui emploie l'instrument, d'un côté comme de l'autre du détroit. Seulement les frais de premier établissement en sont coûteux, et dans quelques cas la disposition des ateliers se prête difficilement à une installation. On recule donc à la fois devant l'embarras et devant la dépense. ,

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