NORD DE LA FRANCE. - CONCLUSIONS
thème est plus spécieux que solide ; une injustice réelle s'y môle à des semblants de vérité. Que pour le tabac on n'éprouve point de scrupule et qu'on en élève les prix à outrance, le surcroît de charges ne porte que sur un besoin artificiel. Pour les boissons fermentées, c'est à des besoins sérieux que l'on s'attaque ; en frappant l'abus, on frappe l'usage ; on retranche de la table du pauvre une partie du breuvage qui le soutient dans ses rudes labeurs. U y a d'ailleurs ici un autre intérêt en jeu et dont on fait trop bon marché, c'est celui des pays à vignobles aux dépens desquels s'essayerait ce traitement empirique des infirmités populaires.
De tout ceci, je n'ai qu'une conclusion à tirer, c'est qu'il est bien difficile de transporter dans le domaine de la loi ce qui appartient visiblement au domaine des mœurs. Aucun frein ne remplace pour l'homme celui de la conscience ; il ne respecte rien dès qu'il ne se respecte plus lui-môme. Comment lui rendre ce goût du devoir et ce sentiment de la dignité personnelle qui sont les grands préservatifs de la vie? Par l'éducation et aussi par l'exemple. Des circonstances ont voulu qu'on se soit, depuis un demi-siècle, occupé des destinées de l'ouvrier, de ses mœurs, de ses habitudes, plus qu'on ne l'a fait de celles des autres classes. L'ouvrier est entré en scène et n'y *a pas occupé le dernier plan ; il était pour les gouvernements toujours un souci, quelquefois une menace. On l'a donc étudié avec soin, comme on étudie ceux dont on a quelque chose à craindre ou à espérer ; on en a fait l'objet des plus minutieuses analyses. Dans tout cela il est une chose qu'on n'a pas suffisamment remarquée, c'est que l'ouvrier dans sa manière d'être est moins original qu'on ne le suppose, et que pour ses vices particulièrement, il prend vo-