‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 8 sur 193 · ALSACE. - PEIGNE USE HEILMAN · texte numérisé non relu

ALSACE. - PEIGNE USE HEILMAN

lours, marquent la première période de sa carrière, et si ingénieuses qu'elles fussent, elles n'auraient pas plus suffi à l'illustrer qu'à l'enrichir si une circonstance particulière n'était venue mieux servir et guider ses recherches. Un prix de dix mille francs avait été proposé, en 1843, par un opulent et honorable manufacturier, M. Bourcart, pour une machine qui remplacerait avec avantage le battage et le peignage à la main du coton longue soie. L'objet était important, le prix considérable ; Heilman répondit à l'appel. Pendant les cinq dernières années de sa vie il n'eut pas d'autre préoccupation, d'autre souci, et négligea le soin de son établissement au point de rendre une liquidation nécessaire. Le sort le condamnait; il n'attendait plus de revanche que de son génie. L'entreprise était digne de lui, et pour peu qu'on connaisse la fabrication , on en comprend les difficultés. Il s'agissait d'opérer le peignage par petites mèches, alternativement pincées et détachées de la masse alimentaire, puis déposées sur un tambour à rotation lente, pour. en fo mer, comme dans le travail à la main, un ruban continu, purgé de la blousse. Je n'ai p int à suivre, dans leurs détails techniques, les procédés à l'aide desquels Heilman donna à cette idée la consistance d'un fait; mais qu'il me soit permis de dire avec quel intérêt mêlé de surprise j'ai suivi le jeu d'une, machine qui semble douée d'intelligence. En moins de temps que je n'en mets à le raconter, la nappe de coton, encore impure, descend dans une coulisse à sérans, passe dans des peignes à aiguilles, traverse des rouleaux étireurs qui en doublent et en épurent les mèches, jusqu'à ce qu'elle arrive sous la forme d'un ruban dans des bidons préparés pour la recevoir. Gomme on le devine, ce ne fut pas sans beaucoup de tâtonnements qu 'Heilman en vint à des combinaisons si

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satisfaisantes. Il avait la conscience d'un succès, mais il n'en jouit pas. La mort l'enleva le 8 octobre 1848, avant que sa découverte eût pris un caractère industriel. Même après lui cette sanction se fît attendre, et pour amener la machine au point de perfection où elle est, il a fallu que la maison Schlumberger, cessionnaire du brevet, achevât ce qu'IIeilman avait commencé.

Ce n'est làquo le premier chapitre de l'histoire de cette mnehine ; il y en a un second qui atteste une fois de plus qu'on n'est nulle part moins bien apprécié que chez soi. Heilman avait conçu ses plans en vue du coton et en songeant à l'Alsace. Ce fut la laine qui s'empara d'abord de sa peigneuse; ce fut l'Angleterre qui la première l'appliqua sur la plus grande échelle au traitement de la laine et du coton. L'Alsace en était encore à quelques essais, en 1852, que déjà dans les comtés de Lan castre et de York les peigneuses étaient d'un usage courant et y rendaient des services très-appréciés. Seulement, par une de ces ruses de guerre familières aux entrepreneurs d'industrie, une patente anglaise avait été greffée sur les brevets de l'inventeur français, de manière à couvrir par quelques changements d'organes le plagiat du principe. Il fallut demander à la loi le redressement de ce tort, et, à l'honneur des jurés, je dois ajouter qu'ils ont donné gain de cause à un étranger contre leur compatriote. Les droits du brevet Heilman sont désormais, chez nos voisins, hors de l'atteinte des contrefacteurs, et c'est sous son vrai nom qu'il s'y propage dans toute la série des matières textiles. Les effets de cette adoption ont été d'en ramener le goût en France et dans la province d'où il est sorti. L'indifférence ne pouvait tenir devant l'exemple et l'opinion d'aussi bons juges. Aujourd'hui Heilman, s'il était encore de ce monde,

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jouirait dans bien des fabriques du spectacle qu'il avait rêvé et y trouverait son appareil à l'œuvre. Le succès eût été plus grand sans le prix élevé que maintiennent les détenteurs du brevet : 40,000 francs pour une machine à quatre têtes. Un peu de discrétion eût mieux servi l'industrie et peut*ôtre les brevetés ; elle eût découragé la concurrence. Déjà d au'res peigneuses ont été imaginées, plusieurs sont en fonction, celle de M. Hubner, entre autres, qu'a perfectionnée l'habile directeur de l'établissement de Dornach l , M. Bourry. Elle est à mouvement circulaire et continu, et diffère par sa forme, par ses mouvements, des instruments accessoires qu'elle remplace. Elle a aussi dans son jeu une grâce et une originalité qui captivent. Peu répandue encore, elle semble rencontrer des entraves dans une de ces combinaisons de brevets qui s. ni l'un des embarras et des écueils de l'activité manufacturière.

Toutes ces peigneuses, celle d'Heilman à leur tête, n'ont été jusqu'ici appliquées qu'à la filature de fin, qui comprend les numéros au-dessus de 100. Cette filature de fin, que depuis 1834 la prohibition ne défend plus, offre cette particularité qu'elle a marché d'un pas plus rapide que la filature de gros, qui jouissait d'un marché exclusif. C'est au peignage qu'elle doit une partie de ses perfectionnements. La matière des filés fins est le coton longue soie, et principalement celui que les Anglais désignent sous le nom de sea-islands. Ce coton provient des îlots dispersés sur les côtes de la Géorgie et de la Caroline du Sud, et croît dans des terres que les engrais salins et les conditions

1. MM. Dollfus-Mieg et C«. Cette maison s'est assuré par un traité l'ttMfl» de la peigneuse circulaire d'Hubner. Elle en a 43 de ce modèle.

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