‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 1 sur 75 · AYA^NT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYA^NT-PROPOS

Le inonde tel qu'il se présente de nos jours ressemble fort peu à ce quil devait être selon les calculs et selon les prophéties du plus c/rand nombre des philosophes politiques du X/X^ siècle. A l'heure qu'il est, nous devrions voir au moins l'ébauche des Etats- inis d'Europe. Xous n'apercevons que nationalismes nouveaux ou renais.fants , impérialismcs d'une exi(jence redoutable. La République univeisetle ne nous découvre aucun de ses linéaments. Par confiée, des monarchies neuves se sont élevées, d'autres ont fjrandi, et de contestées qu'elles étaient, sont devenues puissantes. D'autres encore, qui s'ajitpliquaient à de médiocres domaines et qui ne faisaient pas fort grande figure, se sont étendues à de iKisles empires. Le siècle ([1x1 passe dans l'histoire pour essentiellement monarchique, celui de Louis XIV, a compté plus d'États républicains qu'il n'en subsiste de nos jours et préféré le plus souvent l'élection à Vhéréd'ité. A aucun moment le système du gouvernement par la royauté héréditaire n a joui d'une vogue pareille à celle qu'il connaît aujourd'hui dans le monde européen .

Cette vogue s'explique par le succès.

AVA.M-l'KOl'DS

L'esprit de réaction qui souffle sur le continent a ceci de remarquable qu il est parti de la profondeur des peuples. Il ne s'agit plus, comme à d'autres époques, d'une impulsion donnée par des individualités puissantes, un Melternich ou un Bismarck. Spontanément les nations se sont mises ci mieux aimer ce qui réussit que ce qui échoue. Elles ont pu voir encore, en ces derniers mois, la Turquie parlementaire écrasée par les jeunes monarchies de l'Orient. Elles ont compris la portée de ces expériences pratiques, et la royauté leur apparaît comme une fondation d'utilité nationale.

En même temps les doctrines démocratiques ont perdu leur attrait. Le libéralisme, après avoir passionné l'Europe au milieu du XJX^ siècle, n'a plus cessé de décliner. S'il remporte parfois des victoires de nos jours, c'est en des régions excentriques, sur les points où la civilisation est le moins avancée. Les peuples commencent, ainsi que l'avait prévu Auguste Comte, à ne plus « placer le bonheur humain dans l'exercice des droits politiques ». A ce point de vue, les progrès du collectivisme ont correspondu à la décadence des doctrines libérales. Le collectivisme séduit les masses en leur parlant de l'organisation du prolétariat, du pain quotidien et de l'avenir des travailleurs. Son programme est réel, ses promesses substantielles. Par rapport à lui, le libéralisme et ses succédanés ne sont que viande creuse. Le réalisme du X\" siècle exige une nourriture plus forte.

AVANT-PHOPOS Vil

Cependant, par un phénomène bien remarquable, le collectivisme, tout en groupant en Europe d'épais bataillons d'adeptes, n'exerce aucune influence sérieuse sur les rapports des peuples entre eux. C'est ainsi qaon n'a pas va les poussées socialistes au Reichstag faire varier d'un iota la politique d'armements et d'intimidation de l'Allemagne. Il a même été facile de relever plus d'un symptôme d'impérialisme chez les socialistes allemands. Le premier commandement du marxisme : « Prolétaires de tous les pays, unissezvous », n'est obéi que pour lajorme. A aucun degré r Internationale n'est entrée dans le courant de la vie européenne.

Il résulte de cet ensemble de circonstances résumées à grands traits, — renforcement îles dynasties régnantes, décroissance du libéralisme, inefficacité de l'internationalisme, — que la politique extérieure des États contemporains se trouve livrée aux seules infini nces de cet esprit de réaction dont nous parlions plus haut. Les grandes monarchies font librement une politique monarchique. On pourrait même dire, à bien des égards, une politique d' « ancien régin\e ». Un contemporain de Choiseul qui reviendrait parmi nous se reconnaîtrait parfaitement au milieu de ces sysllmes d'alliances qui se partagent l'Europe comme à l'époque de la guerre de Sept ans. Triple Alliance, Triple Entente, il entendrait tout de suite ce que signifient ces termes. Mais une politique monarchique, une politique d' « ancien régime » suppose, pour être pratiquée utilement et même sans danger, l'exis-

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lencc (le cei'laines conditions. Les Étals qui contiendront le plus d' « ancien régime » et le plus de monarchie, c'est à-dire ceux où l'autorité sera constituée le „ plus fortement, oii la suite des desseins ne sera pas rompue par les allées et venues des groupes et des partis, ou Vaction ne sera pas énervée par la discus- ♦. sion, ces Etats-là auront chance de l'emporter sur ; les autres. C'est ainsi que nous avons vu, en effet, au cours (les dernières années, la Triplice dominer d'une manière (jénêrale, en dépit d'infériorités évidentes sur beaucoup de points, l'union formée par la Fran^ 'ce républicaine, l'Angleterre malencontreusement retombée aux mains de ses radicaux et la Russie à peine ren\ise de ses défaites et de sa révolution. Quel scandale, au surplus, que ce triomphe du germanisme ! Et quelle régression ! La démocratie fran- (;a'ise aura valu cette défaite à notre pays, ce recul à In civilisation et à l'humanité...

Voilà ce que l'élude quotidienne des événements /tous (t permis d'observer depuis quelques années. ■ Telles sont les tendances dont nous avons cherché-à donner une idée aussi exacte que possible, les résul- Ints dont nous nous sommes efforcéde dresser un ta-^ bleau complet. Si la République avait été proclamée . à Home ou à Berlin, si, après le coup d'Agadir, la France avait refusé une « compensation » à l'Allemagne, si les Jeunes-Turcs avaient victorieusement résisté ; à l'assaut des rois balkaniques, si un vif enthousiasme pour les anciennes conceptions du libéralisme .

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