‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 65 sur 75 · LE TRONE DES PAYS-BAS · texte numérisé non relu

LE TRONE DES PAYS-BAS

unanime pour rejeter la forme républicaine et pour vouloir que le régime du pays soit, comme devant, la monarchie. Les anti-révolutionnaires calvinistes (parti du docteur Kuijper) s'accordent sur ce point avec les catholiques. Les libéraux eux-mêmes sont en immense majorité fermes partisans d'une royauté. De républicains, il ne s'en trouve que parmi les révolutionnaires qui, dans la riche et paisible Hollande, sont aussi rares que peu puissants.

C'est quelque chose de bien significatif, on en conviendra, que cette disparition de l'idée de République chez un peuple qui a de si vieilles traditions républicaines. L'exemple de la Hollande est un des plus dignes d'attention entre tous ceux que l'histoire des peuples peut nous donner. Lorsqu'on dit aux Français de nos jours que la République est un fait d'« évolution », un fait irrésistible, voulu par le progrès des ans et des choses, il faut penser à cette nation qui était républicaine sous Louis XIV et qui ne l'est plus. Sil' « évolution » est contre la République en Hollande, comment serait-elle irrésistiblement pour la République dans notre pays ? Je pose la question aux docteurs et aux théoriciens du régime.

Entre tous les mensonges et tous les contes que l'on enseigne aux jeunes Français, -l'un des plus grossiers, l'un des plus absurdes, consiste à affirmer que la Répui^lique et le parlementarisme sont des nouveautés dans le monde. Des nouveautés ! Mais il n'y a rien de plus antique, de plus démodé, de plus

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rococo. Des républiques, des Parlements, des Républiques parlementaires, il y en a eu de tout temps, il y en a même eu jadis beaucoup plus qu'aujourd'hui. Quel a été le siècle le plus républicain de l'histoire moderne P Ce n'est nullement le dix-neuvième. Ce n'est même pas le siècle de Franklin et de Rousseau. Le siècle républicain par excellence, c'est le siècle de Louis XIV. République d'Angleterre, république de Hollande, république de Pologne, république de Venise et d'autres lieux, sans compter les monarchies électives comme le Saint Empire Romain germanique, l'Europe, au temps du Roi-Soleil, était plus républicaine que l'Europe des Guillaume, des Edouard, des Victor-Emmanuel, des Alphonse, des Haakon, des Gustave, des INicolas... Ils sont trop et j'en oublie. L'Europe d'autrefois comptait les républiques par dizaines : combien en reste-t-il aujourd'hui i' Les contemporains de Crom^vell pouvaient croire que le genre humain était entraîné vers un état de démocratie universelle. Je ne jurerais pas que certains ne l'eussent pas cru. N'est-ce pas Louis XIV qui prononçait ces paroles fières et mélancoliques aussi : (( Je montrerai qu'il y a encore dans le monde un roi ? »

Or, de tous ces nombreux groupements humains qui étaient en république dans les temps passés. ceux qui subsistent encore aujourd'hui comme nations se sont mis ou remis en monarchie héréditaire. Les autres, les peuples qui ont persévéré dans l'erreur, qui se sont obstinés à garder le régime de l'élection

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et des assemblées, ces peuples-là, qui sont la Pologne, la Bohême et la Hongrie, ont tour à tour perdu leur indépendance nationale. Quel enseignement 1

La Hollande, la sage Hollande, a donné un autre exemple. Si attachée qu'elle fût à la vaine liberté politique, elle sut toujours la sacrifier à temps à l'intérêt de la patrie. L'histoire des Pays-Bas au xvii" et au xviii- siècle est celle d'un long conflit entre les aspirations, les chimères, les habitudes républicaines et les nécessités de la défense nationale. Comme nous, nationalistes français de 1908. les îlollandaisde 1672, de 1747 et de i8i3 ont voulu la monarchie pour sauver leur patrie.

La cocarde jaune était arborée, le vieux cri de guerre Oranje boven ! (vive Orange) poussé chaque fois que l'étranger menaçait la Hollande. A l'heure du danger, le peuple néerlandais requérait aide et protection de cette dynastie orangiste qu'il oubliait dans le calme et dans la prospérité. L'invasion française de 1672 marqua la fin de vingt ans de république parlementaire. Et pourtant si jamais République parut bien assise, ce fut celle que présidait Jean de Witt. N'avait-on pas, en 1667 encore, par Védit perpétuel, formellement affirmé que le stathoudérat était à jamais aboli et que ni le jeune prince d'Orange ni aucun membre de sa famille ne pourrait jamais commander les forces militaires de la République;* Cependant la guerre avec la France éclatait, et, dès les premières défaites, un mouvement populaire, violent et sauvage comme un geste de l'instinct,

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donnait le pouvoir à l'iiéritier du Taciturne, à Guillaume III, dont la popularité, selon le mot d'un historien qui n'est autre que M. Lavisse, avait monté (( comme un ras de marée », Le stathoudérat héréditaire était proclamé. Le peuple, sanglant dans ses réactions, massacrait les frères deWitt. Mais les Pays-Bas furent sauvés.

Après la mort de Guillaume III, la Hollande retourne à son vieux péché républicain. Ce sera, cette fois, non plus vingt ans, mais presque un demisiècle de République parlementaire. En 17^7 seulement, une seconde invasion produit le même effet que l'invasion de 1672. La République est renversée. Guillaume IV est nommé stathouder héréditaire. Les républicains ne devaient plus reprendre l'avantage qu'une fois et ils ne le gardèrent même qu'à la faveur de la Révolution : mais la République batave lie fut fondée que pour être conquise. Et lorsque les Hollandais incorporés à l'Empire français se soulevèrent en 181 3 contre Napoléon, il ne restait plus un seul républicain parmi eux. L'union était complète. La nation tout entière arborait la cocarde orangiste et réclamait la vieille dynastie militaire. Il ne s'agit même plus dès lors de stathoudérat ni de capitainerie générale. Le peuple voulut, exigea un roi. Et, depuis i8i5, la nation et la monarchie sont restées étroitement unies.

Ainsi de rudes expériences, où son existence même fut en jeu, ont fait l'éducation de la Hollande. Et elle ne tient pas à recommencer. Le plus vieux des

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