MiUIFICA'H(J.\8 HISTORIQUES
adressa du fond de sa prison. Il fit la guerre à l'Autriche pour affranchir la péninsule et ainsi il désarma l'opposition de ces républicains et de ces libéraux dont le programme portait pour l'article premier : déUvrance des peuples opprimés, abolition des traités do i8i5. Et nul n'ignore que la presse la plus démocrate et la plus anticléricale fut la plus ardente à approuver la guerre d'Italie.
A la journée de l'Assemblée nationale où fut proclamée la déchéance, on vit à im moment, rapporte M. Welschinger, ce spectacle digne d'être retenu par l'histoire. Comme Gavini, impérialiste, refusait, malgré les clameurs, de quitter la tribune, Hugo tout à coup s'y vint placer théâtralement à côté de lui et cette grosse antithèse, « la présence de l'auteur des Châtiments auprès du défenseur de l'Empire », souleva, dit M. Welschinger, des braA^os furieux. Comme nous voyons autrement cette minute de cabotinage I Mais est-ce que Victor Hugo et le défenseur de l'Empire n'avaient pas désiré, appelé, voulu ces choses qui avaient fini par le démembrement de la France ? C'est dans les Châtiments eux-mêmes (i853) qu'on trouve une « carte d'Europe », carte idéale, carie remaniée selon les vœux républicains : la carte même que Napoléon III devait travaillerafaire.il y a dans ce poème tout le programme de l'Empereur songecreux, le programme que le sage Drouyn de Lhuys refusera par trois fois d'appliquer. H y a la guerre de Crimée :
Russie et Siiicrie, 6 czar, tyran, vampire., ,
LE JIGKMENT 1>E LA POSTERITE OlO
Il y a l'unité italienne et l'unité allemande :
Venise est une chiourme et Naple est un tombeau... Italie ! Allemagne ! ô Sicile, ô Hongrie ! Europe, aïeule en pleurs, de misère amaigrie...
Et pour finir le poète chante :
Avenir ! Avenir 1 voici que tout s'écroule !
Oui, tout s'écroule en 1870, mais après que « l'Empereur Schinderhannes », le bourreau, le bandit, docile aux souffles de Guernesey, a repétri l'Europe sur le plan des Châtimenls. Ce tyran qui s'empresse de combler les vœux de l'Archiloque romantique, qui pense, au fond, comme l'exilé, qui souffre comme lui des malheurs de Venise et de Naples, qui fait tuer les soldats français contre la France, qui prépare l'invasion, et qui recueille desmillionsde suffrages..., cela atteint le grandiose dans l'absurdité.
Et quant au petit Thiers, qui s'agitait comme un démon à l'Assemblée nationale, il n'y eut personne pour se rappeler que s'il avait averti Napoléon III de ses erreurs, s'il avait prononcé le fameux « vous n'avez plus une faute à commettre », c'est que son esprit d'opposition l'avait, sous l'Empire, placé par hasard du côté de la France. Car son biographe, qui viendra bien, je l'espère, racontera que, sous la monarchie de Juillet, Thiers recommandait une politique extérieure qui était celle, exactement, qu'il combattait en 1866. Il racontera que Thiers faillit nous procurer Sedan trente ans plus tôt, en i84o.
01 a VERIFICATIONS HISTORIQUES
Ainsi en jugera la postérité, qui dira san« doute aussi que les Français du xix" siècle assistèrent avec un aveuglerhent rare à ce que Ion pourrait appeler le sabotage de leurs inlérèts les plus sacrés.
20 juin 1910.