‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 72 sur 75 · DE TRAFALGAR A WATERLOO OO · texte numérisé non relu

DE TRAFALGAR A WATERLOO OO

que VOUS regardiez les guerres de la Révolution et de l'Empire, elles ont tourné à la faillite. Il n'y a pas à sortir de là.

Nous sommes devenus sensibles à ces évidences. Sedan nous a ramenés à la juste appréciation de Waterloo : nous savons qu'une défaite n'est pas prétexte à littérature et à sculpture. Depuis que la décadence de notre marine s'accuse par l'impitoyable statistique, nous comprenons que la capitulation d'Ulm n'a pas effacé ïrafalgar. Aujourd'hui, par le fait de la concentration de nos escadres, les vaisseaux de l'amiral Boue de Lapeyrère demeurent enfermés dans la même mer où la flotte de l'amiral Villeneuve avait été anéantie... Le rapprochement n'est pas de nous ; il est de M. de Lanessan, ancien ministre radical. Quand les événements font songer à Trafalgar, où faut-il avoir l'esprit pour faire des phrases sur Waterloo .^...

?son, nous ne voyons plus les choses, nous ne jugeons plus notre histoire comme le faisaient nos ancêtres. Et en voici un bon exemple.

Lorsque le maréchal iSey comparut devant ses juges, son procès fut conduit de telle sorte que sa condamnation ne fut pas comprise. Ney avait cédé à un entraînement sentimental. Devant le chef avec lequel il avait connu tous les enthousiasmes de la guerre, il n'avait pu résister à un mouvement du cœur. Ney fut accusé d'avoir manqué à sa parole. C'était vrai, mais s'il n'y eut eu que cela, n"avait-il pas droit à des circonstances atténuantes .'^ Qui songea

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à dire alors que le trop bon cœur de Ney avait causé un désastre à la France? Car enfin, la défection de jNey avait eu pour conséquences, avec Waterloo, des milliers de victimes, une seconde invasion, des conditions de paix plus dures qu'en i8i '4, la perte dePhilippe\ille, de Marienbourg, de Sarrelouis, de Sarrebruck etde Landau. Nous estimons aujourd'hui que la crise d'attendrissement de Ney à Lons-le-Saulnier nous a coûté un pencher. Fit-on bien, fit-on mal de le fusiller ? Ce n'est pas la question . La question vraie, c'était celle des responsabilités du désastre, et il y en avait de lourdes qui remontaient, historiquement, jusqu'au maréchal.

Pour Ney comme pour Napoléon, nous aurons été longs avant de les juger d'un pareil point de vue : celui du bien et du mal que même le génie et le dévouement au génie ont faits à la France. Pas de discours, pas de statues sur la « morne plaine » ! Assez de lyrisme et de mélodrame î Quand on prononce devant lui le nom de Waterloo, le Français de 191 2 ne murmure pas : « Rendez-vous delà fatalité ». Il ne voit pas planer le destin. Il compte sur ses cinq doigts ce que nous y avons perdu : Philippeville, Marienbourg, Sarrelouis, Sarrebruck et Landau.

26 septembre 19 12.

Le jugement de la posk'rilé.

Ln livre de M. AA elschinger remet en honneur les souvenirs de 1870. Les responsabilités et les causes de l'année terrible ! Si l'attention du public pouvait rester fixée quelque temps sur ce grand sujet, il y aurait peut-être moyen de faire avancer dans les esprits plus d'une bonne vérité.

En somme, dès le lendemain de la guerre, on avait bien senti qu'une catastrophe de cette taille ne pouvait pas être le résultat d'une simple faute diplomatique. On comprenait bien que ce n'étaient ni Gramont ni Ollivier qui avaient pu déchaîner le fléau. Bismarck lui-même, avec tout son génie de calcul, de brutalité et de ruse, n'apparaissait pas comme la raison suffisante de nos désastres. On cherchait plus haut, plus loin, des causes politiques. Et de même que le premier mouvement des Parisiens, à la nouvelle de Sedan, avait été de proclamer la déchéance du Napoléon, l'idée à laquelle s'arrêta très vile un grand nombre de Français fut que c'était l'Empire, donc le jjouvoir personnel, la dictature, qui avait perdu la France. On oubliait pourtant que la politique qui, en Prusse, avait préparé les victoires, avait été dictatoriale, que Bismarck et le roi Guillaume a\ aient gouverné contre l'opinion publique dans le temps même où Napoléon III recueillait par millions

OIO VEUIFIC VTIONS HISTORIQUES

les sufTiages du peuple français. On ne se disait pas — même à droite — qu'il y a de bonnes dictatures comme il y en a de mauvaises. L'idée de la monarchie en fut affaiblie d'autant. Le libéralisme en reçut plus d'éclat. Au moment où, par une sorte de mouvement de l'instinct, la France redemandait une royauté salutaire, ce faux raisonnement jeta le trouble dans une infinité de têtes et fit peut-être plus que toutes les intrigues pour l'échec de la Restauration.

M. Welschinger raconte dans son livre la grande scène de l'Assemblée nationale où fut proclamée la déchéance de l'Empire. Au milieu d'un tumulte effroyable, quelques bonapartistes, bravement)» prirent la défense de Napoléon IIL A l'un deux.M.Conti, Tbiers jeta de l'emphase : « Vous avez méconnu la vérité, disait-il. Elle se dresse aujourd'hui devant vous, et c'est une punition du Ciel de vous voir obligés de subir lejngement de la nation qui sera le jugement de la postérité. » Qu'est-ce qu'il en savait, du jugement de la postérité ? Nous, Français de 1910, nous la formons, cette postérité, et nous jugeons, et nous savons bien que condamner l'Empire, régime absurde, c'est condamner le régime d'opinion, les institutions qui ont l'électif pour base et qui vivent en servant, au mépris de l'intérêt national, les mouvantes imaginations des foules et les exigences des partis.

L'analyse montre bien clairement que l'histoire du second Empire se réduit à un problème de mécanique politique. M. Hanotaux, sans penser, je crois.

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aux conséquences où l'entraîne cette concession, semble l'avoir admis dans un de ses derniers livres : l'Empereur élu, l'Empereur ayant besoin des suffrages conquit ceux de droite en pratiquant, au cours de la première partie de son règne, une politique conservatrice à l'intérieur, tandis qu'il s'attirait ceux de gauche en accomplissant au dehors le programme révolutionnaire de la libération des peuples. Dans la seconde partie du règne, lorsqu'il devint trop évident que les « aberrations » extérieures, comme a dit M. Delafosse, menaient le régime et la France à des catastrophes, le système fut complètement retourné : c'est au dedans que l'Empire se fit libéral, au delà des frontières qu'il revint à l'esprit de conservation.

On appelait au ministère d'anciens républicains au moment où l'on déclarait Rome intangible. Habileté qui valut un dernier plébiscite triomphal, tandis que se préparait du côté de l'Est l'expiation des fautes originelles. Car la faiblesse de ces beaux systèmes, c'est qu'ils ne procurent à un gouvernement de victoires que devant les urnes.

A oilà ce que sait l'histoire. Voilà ceque retient la postérité ; les aberrations de la diplomatie impériale ont eu pour raison profonde la nécessité de satisfaire les hommes et les idées de gauche. Et le fait est que ces hommes et ces idées furent richement servis. On avait renversé Guizot aux cris de « Viv^^ Pologne » et de (( Vive l'Italie ». Napoléon III fit la guerre à l'empereur de Russie, ce qui lui vahit, nous rapporte M. Custavc Geffroy,des félicitations que Blanqui hii

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