‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 1 sur 66 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

De toutes les questions qui se posent à l'attention de l'opinion publique et du gouvernement français, celle des rapports de la France et de l'Allemagne est, sans contestation possible, la plus grave et, souvent, la plus angoissante. Les événements de l'été ign dispensent de le démontrer.

Mais, en raison précisément de cette gravité, certains Français, dont les intentions sont d'ailleurs au-dessus de tout soupçon, estiment que sur l'histoire de ces événements un voile impénétrable doit être tiré. « L'historien n'a pas toujours le droit d'épuiser tout son droit. »

Sans doute, si le <( droit de l'historien » doit se ramènera ne considérer et à n'étudier l'histoire contemporaine que du point de vue purement anecdotique, à n'envisager que des questions de personnes, cette théorie a-t-elle pour elle le bon sens, l'équité, et l'intérêt de la vérité elle-même.

Mais les circonstances qui ont conduit aux mémorables négociations de 191 1 s'élèvent singulièrement audessus de ce point de vue étroit. Sans doute, il est vrai que tel ou tel personnage français ou allemand y a joué

Il LE COUP D AGADIR

un rôle plus ou moins important, que, par exemple, les questions de personnes ne furent pas étrangères à l'échec des consortiums franco-allemands au Congo. Est-il bien certain cependant que ces projets de collaboration économique ne portaient pas en eux-mêmes des germes de mort inévitables? Est-il bien certain que les événements pouvaient suivre un autre cours que ceux qu'ils ont en réalité suivi? En un mot, le rôle de l'historien étant précisément de dégager des faits ce qui constitue « l'inéluctable », le devoir ne s'imposait-il pas, pour un « témoin iînpartial », de témoigner sans retard à la barre de l'histoire ?

La réponse ne saurait faire de doute.

L'intérêt du pays, celui de la paix elle-même et des rapports de a haute loyauté » entre la France et l'Allemagne, font à ceux qui ont « vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles », une obligation d'apporter leur témoignage, sans haine, sans crainte, en dehors de toutes considérations de personnes ou d'intérêts privés.

C'est dans cet esprit que ce livre a été conçu et écrit.

L'auteur a suivi de près, jour par jour, heure par heure, les événements dont il a entrepris le récit. Il a connu plusieurs des acteurs de ce drame angoissant dont le dénouement doit être le protectorat de France sur le Maroc. Il a longuement, patiemment, rapproché leurs propos, leurs affirmations, des faits connus, publics, des versions qui circulaient dans ce qu'on appelle les « milieux politiques ». // en a éliminé tout ce qui pouvait paraître inspiré par l'esprit de parti ou par des animosilés personnelles. Il a cherché, autant qu'il était en

AVERTISSEMENT Ut

son pouvoir, à dégager ce qui, au point de vue historique, pouvait conduire à des conclusions, suggérer des réflexions d'un ordre suffisamment général. S'il a été, parfois, obligé de se risquer sur le terrain brûlant des personnalités, il Va fait toujours sans oublier que la plupart de ces personnalités avaient la charge d'intérêts sacrés dont il est interdit de parler sans modération ou mesure. Il croit sincèrement avoir atteint le but qu'il se proposait.

Paris, avril 191a.

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