‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 14 sur 66 · D ALGESIRAS A KISSINGEN · texte numérisé non relu

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sociations d'un caractère plus permanent. Déjà, avant la crise de 1905, une coopération avait été ébauchée entre capitaux des deux pays pour la construction et l'exploitation du chemin de fer de Bagdad. Le gouvernement français seul l'avait empêchée de venir à bien, en lui fermant le marché officiel de la Bourse de Paris. Mais la bourrasque passée, les conversations reprenaient entre gens que l'hostilité latente des deux pays gênait, professionnellement enclins aux pactes, aux concessions réciproques, à l'association.

L'idée d'une collaboration économique entre Français et Allemands, peu à peu, se faisait jour. L'incident des déserteurs de Casablanca en avait à peine retardé l'éclosion. Une initiative privée devait lui trouver au ;Maroc un premier terrain d'application. Mais cette initiative elle-même a sa source dans une anecdote, presque une idylle, tant il est vrai que tout arrive en politique, et que sur les plus âpres discussions internationales s'épanouit la petite fleur bleue de Théocrite! Et l'anecdote vaut d'être contée.

A la fin de 1907, un jeune conseiller de la légation allemande à Tanger, M. de W..., avait épousé une Française, Ces choses-là ne sont pas prévues par les traités, mais elles peuvent avoir tout de même des conséquences. C'est ce qui arriva. M. de W... n'avait probablement pas plus de haine pour les Français en général que pour une Française en particulier, ou du moins il faut le croire, car le jeune ménage s'était lié avec un autre jeune ménage de diplomates français, exilé aussi sur la terre africaine. Visites, thés, dîners, l'in-

limité s'établit vite. N'était-on pas Européens, avant tout, au milieu des « sauvages >. Quel dommage que de regrettables querelles divisent les nations! Certes, la France a des droits au Maroc, et l'Allemagne, si vraiment elle ne désire pas de conflit, perd son temps et un peu de sa dignité à les lui chicaner. Mais l'Allemagne aussi n'est pas sans droits; elle a droit au moins à sa « place au soleil » 1, à la vie pour son commerce et son industrie. Pourquoi l'une et l'autre, se reconnaissant respectivement ce qu'elles n'entendaient pas, au fond, se contester sérieusement, ne se mettraientelles pas d'accord, une fois pour toutes, sur leur action respective dans l'empire chérifien. Pourquoi même Allemands et Français ne « collaboreraientils > pas dans une même entreprise civilisatrice? Décidément, l'idée n'était point si mauvaise. M. de 'W... se chargea d'en parler à qui de droit, lors d un de ses prochains voyages à Berlin, et effectivement, il en parla. Le terrain était préparé. Le Conseil, venu d'un « Marocain s, d'un spécialiste, fut bien accueilli par tous ceux, et ils étaient relativement nombreux, qui, Allemands associés à des Français, ou Français intéressés dans des entreprises allemandes, pouvaient voir avec joie la fin de l'obsession marocaine.

Au mois de janvier 1909, les pourparlers s'engagèrent sous les auspices de financiers français déjà engagés au Maroc. Le gouvernement fut saisi. ^L Pichon, naturellement conciliant et conciliateur, ac-

1. Le mot n'est pas de Guillaume IL II a été prononcé pour la première fois au Reichstag, en 1897, par M. de Bulow.

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quiesça, promit et apporta son concours. Le cabinet de Berlin, pressenti, montra des dispositions favorables. Les négociations s'engagèrent.

i Le ministère des Affaires étrangères eût désiré, à l'origine, que les négociations de 1909 conservassent le même caractère local que celles de 1907, afin de les dégager de toute connexion apparente avec les affaires d'Orient. Mais il ne parut pas possible de revenir à la procédure de 1907 et de laisser la négociation à Tanger; un premier entretien, destiné à préciser les questions, eut lieu entre M. de Berckheimi et M. de Erckert, chargé du Maroc à l'Office impérial des Affaires étrangères (21 janvier}. Les négociations furent ensuite rouvertes par M. de Kiderlen, puis par M, de Schœn avec M. J. Cambon.

« Leur marche fut d'ailleurs très rapide. Les Allemands, par égard pour l'opinion publique de leur pays, désiraient éviter de trop souligner la formule de leur désintéressement politique au Maroc; mais c'était là précisément la satisfaction essentielle que nous devions rechercher auprès d'eux, et ils se rendirent rapidement à celte raison. M. J. Cambon eut à insister cependant pour que le gouvernement allemand se désintéressât de la nomination par le sultan de nos agents européens ayant un caractère politique. Entre temps, Moulay-Hafid, ayant demandé au gouvernement allemand de lui envoyer des instructeurs militaires, l'Office impérial avisa l'ambassade de France et de la demande qui lui avait été faite et du refus par lequel il y répondait.

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