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n'est destinée qua en préciser la portée entre les signataires;
2o L'Allemagne n'a que des intérêts économiques au Maroc, tandis que la France y a des intérêts politiques 'particuliers ;
3° Les intérêts particuliers de la France lui donnent certains droits, dont le but doit être le tnaintien de l'ordre et de la paix intérieure;
40 Les deux gouvernements inter\iendront officiellement pour amener leurs nationaux à s'associer dans les entreprises qu'ils pourront obtenir au ?\Iaroc.
En réalité, les trois premiers principes auxqueis l'Allemagne donnait son adhésion n'étaient pas nouveaux. Ils avaient été déjà consacrés dans les lettres échangées entre M. Rouvier et le prince Radolin, le 8 juillet 1905 1, La seule innovation, mais elle était capitale, se trouvait contenue dans le dernier paragraphe. Pour la première fois, en effet, les diplomaties des deux pays s'engageaient à intervenir officiellement pour lier, dans des proportions à déterminer, les intérêts de leurs nationaux respectifs. Errement particulièrement curieux et gui pouvait passer même pour une hardiesse en ce qui concerne la France, la diplomatie française s'étant toujours appliquée à ne jamais protéger que des intérêts ou des entreprises déjà nés et existants 2.
On se tromperait cependant si l'on croyait que
2. A la vérité, ceci n'est pas toult à fait exact. Pour n'en citer que deux exemples, les membres du corps diplomatique, en Turquie et eu Tunisie, sont souvent intervenus pour obtenir, en faveur de Français, des avantages tels que concessions de travaux publics, commandes de matériel de guerre, etc. Une des causes du mécontente-
l'accord du 8 février, rendu public, parût satisfaisant même aux deux gouvernements qui l'avaient signé. Eux aussi reconnaissaient que dans la trop grande généralité de ses termes, dans son imprécision, il laissait la porte encore ouverte à des divergences d'interprétation. Seulement, comme il l'avait dit à M. Cambon au cours des négociations du mois de janvier, le négociateur allemand, M. de Kiderlen-Waechter, avait à tenir compte de l'opinion allemande. Il voulait bien que la déclaration comportât le désistement politique de l'Allemagne, mais il ne voulait pas que « cela se vît trop ». Cependant, pour donner un témoignage de sa bonne foi, il était prêt à s'expliquer plus clairement dans une lettre qui ne serait pas livrée à la publicité.
Cette idée, reprise après la signature de l'accord, fut examinée et réalisée dans le courant même de février, à Berlin, par M. J. Cambon et par M. de Schœn qui avait repris la direction de l'Office extérieur, où M. de Kiderlen n'exerçait, depuis le commencement de novembre, qu'un simple intérim.
Une lettre fut échangée. Elle « constatait tout d'abord (jue la conséquence de l'accord que les gouvernements de Paris et de Berlin venaient de signer était le désintéressement politique de l'Allemagne au Maroc. En second lieu, elle stipulait que, dans les ajjaires économiques qui comporteraient une association des intérêts français et allemands^ il sera tenu compte autant que
ment de l'Allemagne, en. 1905, doit même, dit-on, être recherchée dans le fait suivant : les usines Krupp avaient obtenu, en Turquie, une très importante commande, lorsque, sur l'intervention de M. Constans, ambassadeur de France, une moitié de cette commande fut annulée et passée à xme maison française dont tout le monde devine le nom.
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possible du Jait que les intérêts français au Maroc sont supérieurs aux intérêts allemands^.
Même réduite à l'accord public, la déclaration du 8 février 1909 fut accueillie avec une grande satisfaction par l'opinion publique en France et en Allemagne. La presse officieuse des deux pays insista sur la fin de « l'obsession marocaine ». Les journaux indépendants allemands ne se trompèrent pas sur la portée des clauses de l'accord. « Cela signifie, en d'autres termes, écrivit la Gazette de Fraticfort, que dorénavant la France a au Maroc le mandat de veiller au maintien de l'ordre et de la paix et qu'elle est autorisée à prendre toutes les mesures qui lui paraîtront nécessaires à ce maintien dje Tordre et de la paix. »
La seule réserve qu'on faisait en France se rapportait à la politique générale. Toutes les notes officieuses, tous les articles inspirés insistaient avec précision sur ce point, c'est à savoir qu'il s'agissait uniquement d'un règlement, entre la France et l'Allemagne, de la seule question marocaine, et que rien n'était changé dans l'ordre des alliances et des ententes auxquelles la France était antérieurement liée et
1. L'Echo de Paris du 8 décembre 1911, sous la signature de M. André Mévil. L'auteur ajoute à son analyse de la dépêche Cambon-de Schœn une remarque intéressante : « On comprend dès lors, dit-il, que M. de Kiderlen-Waechter ait pu dire au Reichstag que l'Allemagne avait acquis par le traité de 1911 des avantages qu'elle ne iK)ssédait pas, attendu que ce traité est, lui, établi sur le principe de la liberté économique, sains aucune inégalité. » Tous les renseignements recueillis par l'auteur de la bouche des personnages les mieux placés, en février 1909, iK)ur être informés directement, concordent avec l'analyse donnée par M. André Mévil.
auxquelles elle entendait rester fidèle dans l'avenir. On supprimait un point de friction entre les deux pays. Rien de moins, mais rien de plus.
Il ne restait donc qu'à mettre en pratique l'accord du 9 février au double point de vue des intérêts particuliers qu'il reconnaissait à la France et de lassocialion des Français et des Allemands dans les entreprises marocaines.
Les intérêts particuliers de la France se ramenaient pratiquement à certains droits d'intervention dans l'administration chérifienne, et dont le but était de consolider le pouvoir du sultan, et par là, de travailler au maintien de l'ordre et de la paix au Maroc.
La première condition de la force et du pouvoir d'un gouvernement, ce sont de bonnes finances. Or, à cet égard, une liquidation générale et un règlement de toutes les questions pendantes simposaient au Maghzen. M. Guiot, délégué des porteurs de l'emprunt marocain de 1904, organisatem* de ce contrôle des douanes chérifiennes qui constituait un des plus puissants moyens d'action de la France au Maroc, se rendit à Berlin à la fin du mois de mars 1909. et se mit d'accord avec le gouvernement allemand sur les conditions et la répartition du produit d'un nouvel emprunt à émetti'e par la Banque dElat du Maroc, prévue et organisée par l'Acte d'Algésiras. Un groupe allemand put, sur les produits de cet empnmt, construire le port de Larache i.
1. Sur les détails de la mission de M. Guiot à Berlin, V. le rapport de M. Pierre Baudtn, p. 26. L'emprunt marocain ne fut conclu que le 17 mai 1910.
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Sur la question des associations d'intérêts, [entente, dès le début, n'alla pas sans quelques difficultés. « Il semble, constate M. Pierre Baudin, qu'on ait voulu ménager dès ce moment à la main-d'œuvre allemande des débouchés au Maroc. »
Sous quelle forme, par quelles entreprises allait pouvoir se réaliser cette association d'intérêts français et allemands? lo Par la constitution de la ï Société marocaine de travaux publics », sur l'initiative d'une société française de crédit et d'un entrepreneur allemand de Tanger. Des participations furent assurées aux différents pays dans des proportions qui assuraient la prépondérance aux groupes français et allemands i. 2o Par la création d'une société fermière - pour l'exploitation du raono-
1. La Société fut constituée le 17 février à Paris, au siège du Crédit foncier et agricole d'Algérie et de Tunisie. Le capital initial, de 2 0CM3 000 de francs, était réparti à concurrence de 50 p. 100 à la France; 30 p. 100 à l'Allemagne (qui rétrocéda 4 p. 100 à l'Autriche); 7,50 p. 100 à l'Espagne; 7,50 p. 100 à l'Angleterre; 5 p. 100 à la Belgique et à la Suède. Le Conseil d'administration était formé de la manière suivante : MM. André Lebon, président du conseil; marquis de Frondeville, de Caqueray, do Freycinet, Georges Hersent et Jules Dollfus; l'Allemagne était représentée par MM. Rcnschausen, de Tanger; docteur Lauter, de la maison Holzmaim, vice-président du conseil; Woerner, de la maison Sager et Woemc-r; Jahn, de la maison Jatin et Toledano; l'Anghterre par M. Carlton Levick, de la maison Harris et Dixon; l'Espagne par le marquis de Villamejor, vice-président du conseil.
2. Cette Société ne fut déclarée adjudicataire de ce monopole que le 3 décembre 1910. « La part française est de 36 3/4 p. 100; la part allemande est de 17 p. 100, égale à la part espagnole et supérieure à toutes les autres parts étrangères qui sont de 3 p. 100. Les Allemands ont un administrateiu sur sept. » (liapport de M- Pierre Baudin.)
IK)le des tabacs. 3o Par la construction d'un réseau marocain de chemins de fer, dont le plan ne devait toutefois être discuté que beaucoup plus tard, en jan\ier 1911 1.
Le gouvernement français donnait donc, dès le début, des gages de la bonne foi qu'il apportait dans l'exécution de l'accord du 8 février. Non seulement il soumettait au gouvernement impérial tout mi plan d'entreprises dans lesquelles la collaboration prévue trouverait à se réaliser, mais encore il veillait lui-même à ce que cette collaboration, de la part de ses nationaux, fût effective. Les conférences entre intéressés des deux nationalilés avaient lieu au quai d'Orsay, sous la direction de fonctionnaires du département, et en présence de AL de Lancken, chargé d'affaires d'Allemagne. Autour des traditionnelles tables administratives à tapis vert où ne s étaient discutés jusque-là que des intérêts immédiats de l'Etat, entre diplomates, s'asseyaient des entrepreneurs cosmopolites. On entendait les mots : actions d'apport, dividendes, participations, tantièmes. On était tout à l'intimité, à la collaboration, à la poursuite en commun de bénéfices qu'il ne s'agirait plus que de distribuer, plus tard, suivant une certaine proportion.
Le vent de concorde soufflait même hors des limites du Maroc. Voici qu'on parlait à nouveau d'une vieille affaire, bien connue dans les milieux parlementaires sous le nom abrégé (TOuenza, et à l'occasion de laquelle capitalistes français et allemands s'étaient déjà, par-dessus les frontières, tendu une