‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 17 sur 66 · V, plus loin, p · texte numérisé non relu

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main fralemelle. Le Djebel-Ouenza, massif de la Kabylie algérienne sur la frontière de Tunisie, recelait, disait-on, de féeriques gisements de fer qui devaient assurer à l'Algérie des revenus colossaux pour un temps illimité. Les métallurgistes allemands, qui consomment 35 p, 100 de la production mondiale du minerai de fer, avaient déjà jeté des regards de convoitise sur cette montagne enchantée et réussi à s'assurer une part dans son exploitation éventuelle. Une maison hollandaise, qui avait des ramifications en Allemagne et en Belgique, s'était agrégée à ces premiers prospecteurs. A tous, il ne manquait que de s'assurer, afin de mettre un drapeau sur l'entreprise, la collaboration d'industriels français, et d'organiser mi de ces innombrables syndicats d'études qui naissent tous les jours, pour donner à l'affaire une physionomie bien parisienne. Et cela fut fait en effet. Après diverses vicissitudes, la question avait été portée devant le Parlement. Il fallait profiter de l'esprit d'association franco-allemande en faveur à ce moment-là, pour mener à bien le projet de contrat entre le gouvernement de l'Algérie et la Société d'études qui devait être indirectement sanctionné par les Chambres. Le projet fut donc remis à l'ordre du jouri.

1. L'origine de l'affaire de l'Ouenza remonte à 1901. A cette époque, une société, dite Société des mines d'Ouenza obtint la concession d'une mine et d'une minière s'étendant sur le massif montagneux de ce nom. Cette concession n'est pas soumise à l'approbation du Parlement. Mais pour assurer son exploitation, la construction d'un chemin de fer partant de Bône pour aboutir au Djebel-Ouenza est indispensable, et l'intervention du

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Mais ce n'était pas assez de prolonger la collaboration franco-allemande du Maroc en Algérie. L'idée paraissait tellement heureuse et féconde à quelquesuns, qu'on pensa bientôt tout naturellement à l'étendre beaucoup plus loin, jusqu'au Congo. Là aussi, des différends avaient surgi entre Français et Allemands, à cette frontière du Cameroun qui venait à peine d'être délimitée au mois d'avril 1908.

Sur ces terres lointaines, malgré l'avis et les avertissements du ministre des Affaires étrangères, le

Parlement est de droit pour la déclaratioa d'utilité publique de cette ligne. En compensation de cette déclaration, le gouvernement de l'Algérie a demandé à la Société concessicimaire l'abandon, au profit de la colonie, d'une paa't dans les bénéfices à venir de l'exploitation. La Société d'études (.formée par la fusion de la Société concessionnaire et de la Société à constituer pour la construction de la voie ferrée) a accepté le principe et les modalités de ce versement par deux conventions en date l'une du 26 juin 1905, l'autre du l^r mars 1910. Plusieurs rapports ont été déposés et distribués sur cette question, à la Chambre, au nom de la commission des travaux publics. Deux des plus récents, dus à M. Perler, député de Saône-et-Loire, concluent à l'approbation des projets de convention entre la Société et le gouvernement de l'Algérie, et à. la déclaratioii d'utilité publique de la ligne Bône-Ouenza. ^lais le projet n'a jamais pu venir en discussion, par suite précisément du fait connu que des groupes allemands y étaient intéressés (la maison Krupp, cependant, s'est retirée), et par suite de l'opposition du parti socialiste unifié qui ne veut pas laisser « aliéner une pareille richesse au profit d'intérêts privés » sans assurer ime large part de bénéfices à l'élément ouvrier appelé à en assurer l'exploitation. En outre, sur des réclamations venues de Tunisie, le gouvernement a manifesté l'intention d'imposer à la Société concessionnaire l'obligation d'exporter ime partie du minerai par Bizerte, afin d'assurer un fret de retour aux navires q\n approvisionnent ce port en charbon. Ce projet & rencontré une vive résisttnce on Algérie.

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Département des colonies avait installé en 1899 le régime des concessions. La plus grande partie du territoire du Moyen-Congo avait été découpée et distribuée entre un certain nombre de sociétés qui avaient reçu, contrairement aux dispositions de l'Acte de Berlin de 1885, des monopoles d'exploitation commerciale 1.

Les agents dune de ces sociétés, la S'Golco-SayiglKi, avaient eu des démêlés avec des colons allemands du Cameroun, qu'ils accusaient d'empiéter sur le territoire français. Les Allemands ripostaient en invoquant la liberté du commerce garantie par l'Acte de Berlin. La ]^' Goiko-Sangha déposait au ministère des Affaires étrangères des plaintes tendant à ce que des réclamations fussent transmises à Berlin par la voie diplomatique. Elle demandait même — ceci se passait en 1908 — pour les dommages qu'elle prétendait avoir subis, une indemnité au gouvernement français. La Commission des affaires extérieures de la Chambre, saisie de sa demande, estimait qu'en droit strict, aucune indemnité n'était due, mais « que l'équité commandait d'indemniser une victime de l'incurie, de lapathie, de l impuissance gouvememen-

1. La violation de l'article l^^ de l'Acte de Berlin du 26 février 1885 par les décrets de concession, n'est pas douteuse. Dans tout le bassin conventionnel du Congo, la liberté du commerce doit être complète. Mais il est juste de reconnaître que c'est là un principe trop absolu et qui, si on l'appliquait dans toute sa rigueur, priverait les régions équatoriales de toute exploitation. Les capitaux, les capitalistes et leurs agents qui consentent à défricher la terre africaine, ne le font pas pour obtenir 5 p. 100 des sommes engagées ou j>our y gagner des salaires identiques à ceux d'Europe, et on ne peut légitimement leur demander de le faire.

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taie ». Le ministre des Colonies refusait de se rendre à cette invitation, et la réclamation de la N'Goko- Sangha aurait pu ainsi errer longtemps de commissions en ministères 1, lorsqu'au printemps de 1909 les administrateurs, les conseillers de la société demanderesse eurent une idée ingénieuse.

L'accord du 8 février « avait créé entre les deux pays une atmosphère particulièrement favorable à des ententes spéciales ayant pour objet de concilier les intérêts privés rivaux et de fractionner la somme des difficultés diplomatiques qui avaient depuis longtemps entretenu la tension des rapports franco-allemands ». Pourquoi n'associerait-on pas, comme au Maroc, les intérêts français et allemands, au lieu de les opposer. Si l'idée ne vint pas du ministre des Affaires étrangères lui-même, au moins elle lui sourit. Quand elle lui eut souri, il l'adopta. Des pourparlers furent engagés à Berlin sous les auspices de l'ambassade de France, à Paris sous les auspices de l'ambassade d'Allemagne. Ils aboutirent à un accord qui vaut d'être raj^pelé dans ses détails, car il devait avoir des conséquences importantes. M. Pierre Baudin l'a exposé avec clarté :

« L'accord définitif, dit-il, tendait à la formation d'une société constituée sous le régime de la loi française, ayant son siège social en France, dirigée par un conseil d'administration comportant

1. L'affaire de la N'Goko-Sangha a fait lobjet, les 5 et 6 avril 1911, à la Chambre des députés, d'importants débats au cours desciiiels plusieurs députés et le ministre des Colonies, M. Messimy, fournirent les renseignements les plus circonstaûciés.

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une majorité de Français, et exploitant une concession territoriale en territoire français. L'apport du groupe français est exclusivement territorial. L'apport du groupe allemand est exclusivement en numéraire... On voulait éviter ainsi l'exploitation d'un territoire colonial, s'étendant de part et d'autre de la frontière, qui aurait soulevé des questions extrêmement délicates au point de vue du régime légal, des conflits possibles de souveraineté et des complications qu'entraînerait le contrôle financier de l'Etat français sur la gestion d'une compagnie à monopole, et enfin des questions douanières i. »

L'accord fut conclu le 18 juin 1910 à Paris, entre les représentants français de la yGol:o-Sa7igha et M. Semler, député au Reichstag. représentant de la Société allemande du Sud-Cameroun. Le ministre des Colonies le ratifiait en constatant que les négociations avaient été conduites t conformément aux directions du gouvernement, en vue de la formation du consortium franco-allemand . Tout s'arrangeait.

Tout s'arrangeait d'autant mieux que le ministre des Colonies du précédent cabinet-, modifiant, sur les instances de M. Pichon, ministre des .\ffaires étrangères, et dans le but précisément de favoriser la politique de collaboration prévue par l'accord du 8 février, son attitude première vis-à-vis de la N^Golco-Sangha. avait accepté, dès le mois d'avril 1909, le principe de l'indemnité à accorder

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