SCÈNE IV BERNARD, CLOTILDE, HÉLÈNE
Bernard, gaiement à Hélène.
Déjà levée?...
HÉLÈNE
Depuis longtemps. Contre mon habitude, j'ai mal dormi.
Vous aviez assisté dans la journée à une scène pénible ; cela vous a rendue nerveuse.
HÉLÈNE
Probablement. Pourquoi êtes-vous si cruel envers un malheureux ?
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BERNARD
On est cruel avec les tigres.
HELENE
Moi, une enfant, je l'ai apprivoisé en un clin d'oeil...
BERNARD
C'est vrai ! Quand j$»uis venu voua rejoindre, vous paraissiez tous deux fort bons amis, Soyez fière de posséder à ce point Fart de dompter les monstres. Je n'ai pas la même chance. A-t-il été assez odieux avec sa menace d'aller se faire écharper dans un cirque pour se venger de mon refus !
Il ne se venge pasJ... Il va dans le cirque pour voir fondre sur lui des milliers d'hommes ivres de fureur. Seul contre tous, calme et d
daigneux devant la meute hurlante, il sera superbe!... Des cris d'enthousiasme éclateront parmi ses assassins. Au moment de mourir, il aura la sensation d'être un héros!...
BERNARD
Quel besoin a-t-il de terminer en beauté une existence particulièrement laide ?
HÉLÉNB
Son existence n'est pas laide!... Il a mérité la colère dont on l'accable, mais sous le poids de cette colère il se redresse avec une admirable énergie... Je vais dire une chose pour laquelle il serait capable de me battre s'il m'entendait : ne trouvez-vous pas qu'avec ses airs de vouloir planer sur tout un peuple, il tombe aux genoux de ce peuple?... Pendant qu'il promettait de conquérir un royaume à la France, j'avais l'impression qu'il demandait pardon à sa patrie.
BERNARD
Sans s'humilier!...
S'il s'humiliait, ce serait moins touchant.
Témoigner Tardent désir d'entendre glorifier son nom, n'est-ce pas avouer à quel point il souffre d'être détesté?...
BERNARD
Evidemment, son ambition désespérée est d'une beauté navrante. Par malheur, nous ne pouvons rien.
HÉLÈNE
Vous peut-être, mais moi...
BERNARD
Vous voyez un moyen de lui venir en aide?...
HÉLÈNE
Oui, un moyen très simple.
BERNARD
Lequel?...
HÉLÈNE
Vous avez entendu qu'à une certaine époque j'avais envie d'entrer chez les Petites Sœurs des Pauvres, ce qui consiste à être servante des vieillards infirmes. J'ai renoncé parce que je n'avais pas assez de charité chrétienne pour aimer des créatures plus ou moins repoussantes... Mais votre frère... je n'aurais pas grand mérite à m'attacher à lui... Je lui rendrais la vie si douce qu'il oublierait ses rêves... Mon idée est peut-être folle... Qu'en pensez-vous?...
Mademoiselle Hélène, une idée romanesque n'est pas toujours folle. La vôtre est excellente : je l'approuve infiniment. Se créer des devoirs, c'est le secret d'embellir la vie!... Je ne vois
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qu'une objection : sous quel prétexte viendrezvous au secours de Michel qui n'est pas un vieillard infirme?
HÉLÈNE
Les plaies de l'âme saignent comme les autres.
BERNARD
Oui, mais en dedans.
HELENE
Il m'a découvert les siennes. Le plus difficile est fait.
BERNARD, corrigeant.
Reste à faire... A quel titre vous installe rezvous auprès de cet homme qui n'est ni vieillard, ni malade... Infirmière?... Sœur de charité?... Rien ne va!...
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HÉLÈNE
Une chose va : je serai sa fille!.,.
BERNARD
Bravo!... Vous avez trouvé!...
clotilde, se jetant au cou <TH$lène.
Que je vous embrasse!... C'est gentil tout plein!...
BERNARD
Il s'agit maintenant de préparer Michel avec prudence.
HÉLÈNH
Est-ce qu'on va chercher midi à quatorze heures devant un homme qui n'a plus qu'à se tuer?... Je lui ai offert d'être sa fille.
BERNARD
Comment, offert!...
HÉLÈNE
Oui... Vous nous aviez à peine quittés...
Quand je disais que le plus difficile est fait!...
Qu'a-t-il répondu ?
HÉLÈNE
Qu'il n'acceptait pas.
BERNARD
Alors tout est fini?...
hélène, embarrassée.
Non pas ! . . . J'ai bon espoir ! . . .
BERNARD
ïl a demandé le temps de réfléchir?...
Hélène, s'emparant de cette idée.
C'est cela... de réfléchir... Ce matin j'aurai
la réponse.
BERNARD
Ah! vous attendez sa visite?
HÉLÈNE
Oui, voici bientôt l'heure.
BERNARD
Eh bien, vous le verrez... On me prévient qu'il est encore dans le pays.
Je le savais. Ce matin je l'ai aperçu de ma fenêtre.,. Il a fait plusieurs fois le tour du jardin.
BERNARD
Que cherchait-il?...
HÉLÈNE
Moi, sans doute.
BERNARD
Pourquoi n'êtes-vous pas allée lerejoindre?. .. 3'était une occasion d'en finir...
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HÉLÈNE
Je n'avais pas achevé de m'habiller.
BERNARD
Bah! dans des cas pareils on n'y regarde pas de si près... (S* interrompant.) Hein?.*. On marche dans le jardin... (Se précipitant au vitrage.) C'est Michel... Il a l'air indécis... Le voilà qui s'arrête... Là!... Il s'assoit sur un banc... (A Hélène.) Nous allons fller discrètement... Appelez-le...
Hélène, vivement.
Non ! non !... Je ne veux pas le voir en ce moment.
BERNARD
Pourquoi?
On va venir chercher le drapeau.. * Nous ne
serions pas tranquilles.,. Je préfère ne lui parler qu'après la cérémonie... Retene2-le !... Je me sauve !... (Elle sort*)