‹ Le coup d'aile; pièce en trois actesChapitre 5 sur 35 · SCENE II CLOTILDE, lEANXE, MATHILDE, AMÉLIE · texte numérisé non relu

SCENE II CLOTILDE, lEANXE, MATHILDE, AMÉLIE

MATHIIDE

Chère amie, n'est-ce pas vraiment trop de -ins-gêne ?... Arriver chez les gens lorsque le jleil se lève à peine !...

CLOTILDE, aUajit à elle et lui serrant la main.

Trop tard, au contraire, bonne amie î... La t^te a commencé vers minuit et touche à sa fin. Embrassant Amélie penda^nt qxie Mathilde ^rre la main de Jeanne.) Bonjour, Amélie!...

AMÉLIE

Bonjour, madame!... Vous permettez... Elle jurt vers le vitrage du fond.) Où faut-il regarder ?

JXIAXNE

Il n'y a plus grand'chose à voir. . .

MATHILDE

D'après ce qu'on nous a dit à Jossigny-sur- Mer, le thème de la manœuvre, c'est qu'une armée venue d'Angleterre tente un débarquement sur nos côtes?

JEANNE

Oui, figurez-vous. Ces navires que vous voyez c'est la flotte anglaise. Elle est censée avoir déposé un corps d'armée sur nos côtes. (S'znterrompant pour regarder les cuirassés dont le feu redouble.) Qu'est-ce qui leur prend encore, à ceux-là?... Si c'étaient de nouveaux torpilleurs !...

AMÉLIE

Vous avez vu des torpilleurs ?

JEANNE

Une attaque superbe!... Je ne respirais plus !

AMÉLIE

Et tu crois qu'il en vient d'autres?

JEANNE

Non!... Fausse alerte!...

MATHILDE

Une chose qui me dépasse, c'est qu'on ait laissé l'envahisseur s'installer à terre. Il était si facile aux soldats d'empêcher les chaloupes d'aborder !

CLOTILDE

Il n'y avait pas de soldats. On a mobilisé des troupes au loin. Les trains militaires n'ont cessé d'arriver toute la nuit...

JEANNE

Pour s'opposer au débarquement, il y avait en tout huit douaniers, pas un de plus!... [On entend une sonnerie de clairons qui se répète de colline en colline, tout le long de la. côfe, et, au même instant, les coups de canon et de fusil, qui, pendant les dernières répliques, étaient devenus très rares^ cessent complètement.)

AMÉLIE

Que signifie cette musique ?

MATHILDE

C'est évidemment le signal de cesser le feu, puisqu'il cesse.

CLOTILDE

Ouf!... {Ils reviennent tous ve7^s l'intérieur de l'appartement.) Cela parait tout drôle de ne plus entendre ces grondements perpétuels... J'ai la tête cassée, mais c'est égal : un spectacle pareil vaut la peine d'être vu. (A Jeanne.) Quel dommage que ton père soit retenu à Paris ! JEANNE, riant.

Je trouve, au contraire, fort heureux qu'il soit absent... Les généraux n'en feraient qu'une bouchée... Après son discours de lundi !... Pense donc !... Le député qui a décidé la Chambre à réduire d'un cinquième le budget delà guerre!... Les gens à plumet ne sont pas contents !

MATHILDE

Assez d'autres le sont!... Quel succès, chère amie!... Que de compliments à vous faire!. . Vous serez un jour femme du Président de la République, vous verrez ! {Charles apporte un télégramme à Clotilde. Il attend, pendant que sa maîtresse l'ouvre et le lit.)

CLOTILDE

0 mes enfants, quelle joie ! Jeanne ! ton père arrive.

JEANNE

Aujourd'hui, maman?

CLOTILDE

Ce matin, tout de suite. {Lisant la dépêche.) « J'apprends au Ministère que de grandes manœuvres se font sur nos côtes. Je pars immédiatement et arriverai demain matin à temps pour admirer et recevoir nos braves soldats. Hélène part avec moi. Envoyez au train de huit

heures. » (A Charles.) Allez dire à l'écurie qu'on se dépêche d'atteler la Victoria et qu'on aille chercher monsieur à la gare. (Charles sort.)

JEANNE

Hélène, maman, qui est-ce? Nous ne connaissons intimement aucune Hélène?

CLOTILDE

Je ne la connais pas plus que toi, mais je sais qui elle est. Il s'agit d'une jeune fille, orpheline de père et de mère^, à laquelle ton père s'intéresse et dont il est même, je crois, tuteur. On dit qu'elle est charmante.

JEANNE

De mon âge?

CLOTILDE

A peu près.

JEANNE

Elle vient pour longtemps?

CLOTILDE

Son arrivée est une surprise. J'ignore tout de ses projets.

JEANNE

Pourvu qu'elle soit gentille, cela va me faire une camarade. (A Amélie.) Veux-tu venir à la gare avec moi ? Tant de gens parlent à mon père ! Tu m'empêcheras de rester en tête à tête avec cette Hélène.

AMÉLIE

Tu permets, maman?

MATHILDE

Va, nous t'attendons pour serrer la main à l'orateur.

CLOTILDE, à Jeanne.

En passant, dis qu'on prépare pour mademoiselle Hélène la chambre au bout du corridor. Sauve-toi... La voiture partira sans vous.

JEANNE, à Amélie.

Vite, dépêchons! {Jeanne et Amélie sortent.)

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