‹ Le coup d'Etat de Louis BonaparteChapitre 15 sur 15 · HOTES · texte numérisé non relu

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restations, après le 20 décembre : on était arrêté pour avoir voté Non, pour s'être abstenu, pour une seule parole, si elle exprimait, je ne dis pas l'antipathie contre le seul candidat infligé à la France, mais seulement l'indifférence ou la tiédeur. Beaucoup de mes compagnons d'infortune, sur les pontons, n'avaient pas d'autre crime à leur charge. Aujourd'hui encore ils expient tant de scélératesse en exil ou à Lambessa. — Mais à quoi bon insister? Est-il besoin de prouver qu'un régime, qui s'est imposé par le parjure et la \-iolence, ne peut se constituer et s'assurer une durée éphémère que par la fraude et la ter-'

reur?

On ne se bornait point à recommander la brutalité aux soldats et aux agents subalternes : on punissait chez eux jusqu'au moindre mouvement de sensibilité. En voici une preuve, dans l'extrait suivant d'une lettre que je reçois d'un des citoyens les plus purs et les plus recommandables du département de l'Indre :

n Londres, 19 mai 1852.

« Mon chbr ConcrroTKN,

«< Je demeure à Arçenton (Indre).

« Dans la nuit du 7 au 8 décembre, 26 gendarmes sont venus pour m'arrêter. Ma femme était seule avec ma fille, jeune personne de 15 ans; la domestique était couchée de l'autre côté de la rue.

« Ils eussent enfoncé ma porte si ma filie, à qui ils ne laissèrent pas le temps de s'habiller, ne se fût hâtée de la leur ouvrir. A la vue de ces hommes, qui avaient le sabre dans une main et le pistolet dans l'autre, ma pauvre femme, malade depuis longtemps, tomba dans des convulsions atroces. Nos voisins, nos amis, qui s'étaient

aperçus de l'arrivée des gendarmes et qui savaient quel coup cette visite allait lui porter, s'empressèrent de se rendre auprès d'elle pour lui donner des soins. Mais ils furent repoussés avec violence, et ma lemme, gardée par une partie des gendarmes pendant que les autres fouillaient partout en se faisant accompagner de ma fille, fut laissée seule, se tordant dans la douleur et privée de tout secours,

" Cependant, un maréchal des logis, nommé Teslet, qui ne pouvait supporter plus longtemps un pareil spectacle, prit sur lui d'aller cherclier la domestique et de l'amener auprès de sa maîtresse : ce brave homme avait les larmes aux yeux et ne pouvait contenir sa propre douleur. Eli bien! savez- vous ce qui lui est arrivé? Il a été cassé! On lui a fait un crime de son humanité!

« Salut fraternel,

« « J. COXTSSET,

« Ex-procureur de la République, à Confolens (Charente). »

En 1834 déjà, on ne se bornait point à persécuter les républicains : comme aujourd'hui, on leur prodiguait la calomnie et l'outrage, Ledru-Rollin défendit, devant la France et devant l'Europe, les intrépides combattants, les héroïques martyrs de la rue Transnonain. Son éloquent mémoire appartient à l'histoire qui a condamné, sans retour et sans appel, les régimes déchus. — Je viens de remplir une tâche identiquement semblable, et, si je désire que ma voix soit aussi entendue, c'est pour qu'il ne subsiste aucun doute sur l'honneur des persécutés ni sur l'infamie des persécuteurs.

Aux grotesques flatteries que les courtisans de Louis Bonaparte lui prodiguent, je veux opposer

l'opinion d'un soldat républicain. L'Europe entière lira la lettre suivante, récemment écrite par le colonel Charras :

Befus de serment du colanel Charras

AU PRÉFET Df DÉPARTEMENT Df ri Y-DE-DÔHE.

Cette lettre a été adressée au ministre de l'intérieur, M. Fialin, dit de Persigny, pour être transmise au préfet du Puy-de- Dôme.)

Le proscrit auquel la République a rendu une patrie et qui a détruit la République;

Le président qui a juré fidélité à la Constitution issue du suUrage libre et universel de la France, ei qui a menti à son serment;

Le conspirateur qui a usurpé le pouvoir absolu par la fraude, la corruption et la violence: . ,

Le despote qui a ruiné, banni, emprisonné, déporté, massacre aes milliers de citoyens français, a fait une Constitution et Ta imposée A lo FrnncG

Où prétend-il en avoir puisé le droit? - Dans le scrutin du 20 décembre, comme il prétend y avoir trouvé l'abs.dutton de son parjure et de ses crimes.

Ce vote n'a pu tromper personne : émis en rabsence de toute liberté, sous l'empire de la terreur, contrôlé uniquement par dts complices, il est frappé de nullité par la conscience publiqtie. L Histoire lui réserve la première place parmi les plus audacieuses fourberies que jamais gouvernement ait osées, en aucun temps, en

aucun pays. , i->-

Membre du conseil général du département du ruy-.ie-Dome, on me demande aujourd'hui de prêter serment à Louis Bonaparte et a 8a constitution. , ,

L'homme du 2 décembre, celui oui a donné l'exemple le plus cvn.que de la violation de la foi jurée, exiger des serments! Kn vérité, un trait pareil manquait aux annales de ce temps.

Je n'ai pas à raupeler ici les violences commises contre le représentant du peuple, la spoliation exercée contre l'officier de l'armée; qu'est-ce que cela en face des malheurs de la patrie, de ses douleurs, des ruines accumulées par la teneur Bonapartiste ? L amour du pays et de la liberté, le sentiment de l'honneur national parlent seuls à mon cœur et dictent ma réponse. A un gouvernement sans

nom, sans foi, sans hnnn(>iir, sans probité, les hommes de coeur ne doivent que du mépris et de la haine.

Je refuse le serment.

Pour les Républicains, il n'est qu'un enlacement à prendre, et celui-là je l'ai déjà pris, c'est de hâter de tous leurs efforts, le moment où la France brisera le joug qui lui a été imposé, en un jour de surprise et de défaillance, par une poignée de bandiU qui pillent le trésor public et déshonorent jusqu'au drapeau, jusqu'au nom de la patrie.

Lieutenant-colonel Charras,

Représentant du peuple.

Bruxelles, le 28 mai 18.51.

Arrêté du général Aymar, dans l'Allier, mettant sous le séquestre les biens de Fagot et de tous les autres proscrits du département.

Le conseil de guerre de l'Allier vient de condamner à mort Fagot, Terrier et un de ses frères, Nolliac, Préveraud (Ernest), Préveraud (Honoré), et à la déportation Gallay, Raquin, et Bourachat. Un autre Bourachat est condamné à cinq ans de réclusion ; un troisième membre de cette famille s'est vu contraint de s'expatrier. — Je ne parle pas ici du large contingent fourni par l'Allier à l'internement, à l'exil et à la transportation. — Pourtant, il est indispensable que chaque dépai'tement fasse un jour l'exact relevé de ses proscrits. Le sang et les larmes exigent une solennelle expiation !

J'écris ces dernières lignes en Angleterre, dans ce pays d'hospitalité sans restriction, au milieu des dou-

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leurs de l'exil, bien moins sensible aux miennes, on peut m'en croire, qu'aux poignantes souffrances dont l'immense majorité de l'émigration est accablée. Le dernier terme de la persécution bonapartiste, c'est la mort, — la mort par les balles et la mitraille, à Paris et dans les départements, — la mort par les tortures de la captivité, — la mort par l'extrême misère, loin de la famille et loin de la Patrie !

Cet atroce résultat, qu'on a expressément et fernîement prémédité, on commence à l'obtenir déjà ; plusieurs proscrits ont succombé, à Paris, à Marseille, etc., sous les maux réunis du corps et de l'âme. J'en ai connu un sur les pontons qui, chaque jour, dépérissait de chagrin et de désespoir. On comprit que, pour le retenir et le comprimer, celui-là, on n'avait plus besoin de soldats ni de gendarmes ; on lui fît (jrâcc, on lui rendit avec emphase sa liberté. Il se traîna jusque dans sa maison; sa femme était folle, le plus jeune de ses enfants était mort ! Ce fut le dernier coup. Le lendemain, lui aussi était mort !

Louis Bonaparte vous expulse, mais il n'entend point que vous lui échappiez pour cela ! Exploitant, comme les bourreaux de la Pologne, de l'Allemagne, de la Hongrie et de l'Italie, les mauvais vouloirs ou les terreurs des gouvernements constitutionnels, — l'Angleterre exceptée, — il interdit aux exilés l'Europe continentale, à peu près tout entière. L'Espagne, la Sardaigne, la Belgique n'accordent qu'une hospitalité précaire ; chassés, pour la plupait, à l'im-

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proviste, de ces trois pays, les réfugiés de France s'entassent à Londres, comme ceux de Hongrie, d'Allemagne, de Pologne et d'Italie. L'énormité de l'afïluence leur enlève, à presque tous, l'espoir, s'ils sont jusqu'au bout abandonnés à eux-mêmea, de se créer une existence par le travail. La liberté n'est pas le seul hôte qui les accueille en Angleterre : ils sont sûrs, dès leur premier pas, d'y en renconti'er deux autres, — le dénûment absolu et la faim !

Après Décembre, même dans les enivrements d'un triomphe impie, on n'a pas osé rétablir le dernier supplice. On pouvait bien s'en passer quand on massacrait en masse dans les rues, dans les prisons, dans les maisons particulières, dans les bois, sur les grandes routes ! On a compté, depuis, sur les casemates, les pontons et les pénitenciers ; mais les pontons et les casemates, les pénitenciers d'Afrique et de Cayeune n'ont pas encore suffisamment avancé l'horrible besogne : il faut que l'exil l'achève. On compte aujourd'hui sur la faim.... ou sur la Tamise !

Cet odieux calcul sera déjoué, je l'espère ; les Anglais vraiment dignes de leur liberté séculah'e, l'ont compris, et ils s'en indignent. Ils ont exprimé déjà leur sympathie ardente : je ne doute point que leur voix ne soit entendue.

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