CHAPITRE PREMIER
Historique.
Avant de s'appliquer à rechercher les causes de la mort par la chaleur, les auteurs anciens s’occupèrent d’abord de rechercher comment nous pouvions résister à la chaleur.
Galien fut le premier qui émit une théorie à ce sujet : pour lui, l'inspiration refroidit la chaleur intérieure, et l'expiration chasse les matières fuligineuses, excrémentitielles : « Composila enim est ex contrariis motibus per quietes distinctis atque ejusdem usus gratia fit; el ex partibus ejus inspiratio quidem consimilis existens pulsuum diastolæ insilum calorem refrigeral; exsSpiratio
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vero velut systole pulsuum, fumosum ad ustionis excrementum excernit Me
Il sait aussi que «le resserrement des vaisseanx de la peau empêche la chaleur de s'échapper, et que leur relächement, la perspiration et la sueur font évaporer la chaleur (2). »
Cette découverte a une très grande importance. Galien avait parfaitement entrevu la vérité, et nous verrons que si les conditions qu’il nous indique viennent à faire défaut, nous nous trouverons dans de fort mauvaises conditions pour résister à la chaleur.
Après lui, Sanctorius s'exprime en ces termes (3): « L'été, nous souffrons de la chaleur, non point principalement à cause de la chaleur de l’air, car notre corps est plus chaud que lair, mais parce que dans l'air chaud il n’y a pas possibilité de nous débarrasser de notre chaleur. »
Harvey, dans ses théories, nous donne comme causes de la mort par la chaleur, la distension des gaz du sang; pour lui, si le sang n’est pas refroidi dans le poumon, il s’échauffe, « se tuméfie, enflé par une sorte de fermentation (comme on le voit dans l’effervescence du miel et du lait) et distend tellement le poumon que l'animal meurt suffoqué. » (Lorain.)
Borelli combat les théories de Galien.
Jean de Gorter croit que la diminution de la sueur rend
(1) Galeni, De Difficultate respirationis, liber I, cap: v,t. VII, p. 766. (2) Hippocrate et Polybe avec Commentaires (Galien). (3) Sect. IT, Aph. 27.
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le corps plus sensible à l’action de la chaleur : « minuta perspiratio, calor œstivus huic corpori valdè molestus. »
Vän Swieten dit : « Si la chaleur monte au-dessus de 100° Farenheit (37°8 C), le sang et son sérum commencent à être disposés à se coaguler; si la chaleur monte à 120° F. (60° C), le sang se coagule. A la température de l'eau bouillante, 212° F., liquides et solides sont détruits. » Nous verrons, parmi les théories modernes, certaines d’entre elles se basant sur ces faits.
Haller, passant en revue les climats, reconnaît que l’homme peut vivre à 50° ou 60° C.
Pour John Hunter, deux causes détruisent la chaleur en excès : l'évaporation et « une certaine faculté qu'ont les animaux de détruire la chaleur. »
Franklin et Currie admettent la régulation de la chaleur par la perspiration.
William Edwards admet l'influence d'équilibre des perspirations cutanée et pulmonaire : il constate de plus que chez les animaux morts par l’action de la chaleur, la température s'élève de 6° à 7° C.
Nous quitterons maintenant l’ordre chronologique, et suivrons les auteurs qui se sont occupés de la mort par la chaleur en les classant en trois groupes (1) :
1° Partisans d’une altération du sang ;
20 Partisans de lésions du système nerveux ;
3° Lésions du système musculaire.
(4) Division d'Hestrès, Æ'fude sur le coup de chaleur (Thèse de Paris, 1870).
SM TLer
Premier groupe. — Pour Ranald Marun, la chaleur produit un état dyscrasique du sang, qui détermine (1) «une sorte de narcotisme du poumon, du cœur et du cerveau. »
Wood croit que la chaleur produit un élat acide du sang par la rétention des matériaux de déchet : sur huit cas il trouve à l'autopsie trois sujets dont le sang présente la réaction acide.
Vallin combat Wood, et il croit qu'il a commis des erreurs dans ses expériences, en ne songeant pas que sur le cadavre, le muscle prend très vite la réaction acide.
Pour Obernier, les deux causes principales sont: 1° intoxication urérique (dans deux cas il trouve une assez forte proportion d'acide urique dans les urines); 2° action de la chaleur sur le cœur par l'intermédiaire du système nerveux (2).
L’analogie des accidents avec ceux de la présence d’une substance toxique dans le sang, fait admettre à Passauer (3), que sous l'influence d'une chaleur brûlante et d’un vent très chaud, il se développe dans l'atmosphère un miasme spécial, qui, absorbé par les organes respiratoires, pénètre dans le torrent de la circulation pour y produire les accidents.
Eulemberg et Volh croient que la dilatation de là masse
(4) Hestrès. Thèse, Paris 1870.
(2) L'insolation, par le D' Obernier, Bonn 67 (Arch. gén. de méd., 70, VIe série, t. XV, p. 488).
(3) Vierteljahrschr. f. Gerichti. Medizin, N.G. Band VI, Heft. 2 p. 195, Id.
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du sang et la paralysie du cœur sous l'effort des gaz devenus libres dans les cavilés cardiaques, sont la cause de la mort.
Herm Weikard (1), ayant constaté que la coagulation du sang un peu retardée de 36° à 40° est accélérée au-dessus et au-dessous, attribue la mort à cette augmentation de la coagulabilité du sang ; Van-Svwvieten, comme nous l'avons vu, avait déjà constaté ce phénomène.
Chossat fils (2) met enavant la déshydratation et l’épaississement du sang par une perte exagérée de sueur, d'où difficulté de la circulation, stase sanguine générale et mort par asphyxie. Cette théorie, qui a encore ses partisans, a été victorieusement combattue par Magendie (3). Il prend deux lapins de même taille : dans les veines du premier ilinjecte 30 grammes d’eau ; le place dans l’étuve et le voit mourir au bout de 9 minutes 5. Température, 44°. Le second ayant été placé dans l’éluve sans injection d’eau préalable, meurt en 10 minutes à la même température de 44°,
Si la théorie de Chossat eût été vraie, il est évident que le second lapin eût vécu beaucoup plus longtemps que le premier, parce qu'il lui aurait fallu un lemps plus long, pour que son sang ait atteint le même degré de déshydratation que le sang du premier.
{{) Versuche uber das maximum der Warme in Krankleiten (Arch. der Heilkunde, 63, p.193).
.(2) Chossat, Archives de Physiologie, 1868.
(3) Magendie, Leçons sur la chaleur animale (Union méd., 1850), p. 183.
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Klebs ayant fait des expériences sur les globules sanguins, avait observé qu'ils se déformaient à une | température relativement assez basse : ses expériences péchaient en ce qu'il n'avait pas soustrait ces globules à l'action de l’'évaporation.
Max Schultze (1) ayant expérimenté sur des globules dans une chambre humide, n’observe aucune altération de 37 à 48°; ce n’est qu’à partir de 55° C que le globule se trouve modifié d’une façon notable.
Sestchenow et Hermann, croient que vers 45° il se produit une altération dans l’albumine du sang, facilitant les suffusions sanguines, le purpura. |
Gubler (2} observe des troubles dans la sécrétion urinaire : chez deux malades atteints d’insolation, il trouve du sucre et de l’albumine dans les urines ; Vallin et Obernier n'en ont Jamais trouvé.
Le docteur Cresson Stilett ayant recherché si, sous l'influence de la chaleur, il ne se formait pas de substance toxique dans le sang, n'en a Jamais trouvé.
Magendie (3) : « Ainsi, pour nous résumer en quelques mots, diminut:ou de poids, augmentation dans des limites données de la température de l'animal, mort dès que ces limites sont atteintes, accélération de la respiration, a/féra-
(1) Objectif et platine à température graduée dans son archive, 4-49.
(2) Rapport sur les maladies régnantes (Bull. de la Soc. méd. des hôp., 8-oct.05).
(8) Leçons sur la chaleur animale, faites au Collège de France. (Union Medicale, 1858, p. 183.)