‹ Le coup de foudreChapitre 6 sur 14 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Dans le salon de la Malavisée, très près l'un de iautre et les mains unies, Blanche et Gilbert se sourient et se regardent dans les yeux.

— Moi, disait Gilbert, mon amour a commencé du jour où je vous ai vue pour la première fois, le jour de mon arrivée à la g^re.

— Et moi aussi, ce ftit à la même heure... et le lendemain, quand j'entendis Philippe raconter comment, à maintes reprises, vous lui aviez sauvé la vie, l'honneur même, ce fut fini, je vous aimai tout à fait et je ne fis plus que penser à vous...

— Moi, toutes les fois que je venais retrouvci* Philippe, je me demandais en tremblant : « La verrai-je? »

— Et moi, toutes les fois que je sortais avec Philippe, je me demandais, toute anxieuse : « Viendrat-il?»

— C'est Philippe qui servait notre amour.

— Croyez- vous qu'il ne s'en doutait pas ? dit-elle en souriant.

— Assurément, au bout de quelques mois, et sans qu'un seul mot eût été échangé entre nous, il avait deviné que je vous aimais...

— Et croyez-vous qu'il n'avait pas depuis longtemps deviné que moi aussi je vous aimais?.*. Voilà pourquoi il y eut une si grande tristesse à la maison lorsque nous comprîmes que mon père ne consentirait pas à ce mariage, lorsque mon père surtout défendit à Philippe pour la seconde fois de vous amener à la verrerie... et surtout lorsqu'il lui ordonna d'éviter toute rencontre avec vous quand je l'accompagnerais.

Ils restèrent silencieux, plongés dans ces souvenirs déjà lointains qui étaient tantôt tristes et tantôt charmaRts-.

— Alors, reprit-elle, quand je ftis ainsi séparée de voQis, je m'arrangeais peur vivve «¥eç t^mb néan-

moins... J*achetai des livres sur TAfrique, des cartes du Soudan... tout ce qui avait paru sur nos expéditions dans ces pays... Je fis mon éducation. . Je me rendis compte... Je devins très forte sur l'Afrique... Je crois que je suis prête à y faire une expédition à mon tour... C'est ainsi que je vivais avec vous, guidée par Philippe qui, sur la carte, me montrait tous les points par oh vous étiez passés... là où vous aviez eu faim et soif... là où vous vous étiez battus, là enfin où vous aviez désespéré de jamais revoir votre pays et ceux que vous aimiez.

— Chère Blanche!...

— Je ne vous voyais pas... Je ne pouvais plus vous parler, et pourtant je n'étais pas malheureuse... Philippe, lui, ne continuait-iî pas de vous rencontrer?... Et lorsqu'il rentrait après être longtemps resté avec vous, il me semblait qu'il me rapportait de vous quelque chose. <K De quoi avez- vous causé aujourd'hui ? » lui demandais-je. Et il me racontait votre conversation. Vous voyez que, malgré tout, notre vie était donc bien commune.

— Et moi, Blanche, j'étais bien heureux, lorsque^ sur la rive de la Meuse, après avoir longtemps guetté votre apparition, je vous apercevais tout à coup, ouvrant votre fenêtre, vous accoudant et regardant démon côté... Il me semblait alors qu.e ma vie s'en allait vers vous, que là où je me trouvais rien de moi n'existait plus et que je franchissais l'espace, porté par des ailes, pour me rapprocher de voti'e regard et de votre sourire.

Elle devint soucieuse tout à coup.

Il le remarqua.

— Qu'avez- vous, Blanche?

Elle ne retint pas un soupir.

— Oui, jusquà cette épogiie-là, ce ftit encore le bonheur... Hélas! depuis, j'ai bien pleuré...

— Blanche ! dit-il avec reproche.

— Oui, j*ai pleuré... Qu'es^ce que cela fait, maintenant que j'ai retrouvé mon bonheur?... Oui... un jour... dans ce salon, j*ai appris, tout à coup, que vous alliez Vous marier... Alors» j'ai senti mon cœur se déchirer... Gela m'a fait un mal affreux, aigu, lancinant, celui d'un coutf^au qu'on t^fti pris plaisir à plon^r et à replonger en moi,.. Et je me suis éva-

wquùmojA ^49

nonle.. Ma mère savait déjà, à cette époque, que je vous aimais... Philippe ne faisait qne le soupçonner... Mon père l'apprit. A partir de ce jour-là, j'ai cru que ma vie était perdue et j'ai eu un désenchantement infmi... Vous m'aviez trompée... Vous m'aviez montré votre amour... Je n'avais pu vous dissimuler le mien... Et sans raison, tout à coup, j'étais abandonnée... C'était mal, très mal...

Et elle lui pressait tendrement les mais pour eflacer ce que son reproche avait de trop douloureux.

— Me direz-vons pourquoi vous paraissiez m'oublier ?

— Blanche, ne m'interrogez pas.

— Pourquoi, mon ami ? Tout ce que vous poun^ez me répondi-e, j'en suis sûre à l'avance, ne fera qu augmenter l'estime que j'ai de vous et de votre caractère,

— A quoi bon essayer de savoir?

— Ne serai-je pas votre femme bientôt et devezvous garder des secrets pour moi ?

— Ce sei'ait accabler un homme qui est déjà effinvyablemcct puni.

— M. Thommeret?

— Oui.

Elle réfléchit. Son regard se releva sur le jeune homme.

— Je comprends. Oui, je compi'tjnds. C'est lui qui vous a demandé, c'est lui qui a exigé de votre reconnaissance...

— Vous avez deviné, Blanche.

— Mais ce que je ne devine pas, c'est comment et pourqruoi le mariage s'est rompu...

— D'une façon bien simple...

— Dites.

— M''* Grantier s'était émue de ma froideur, de ma réserve vis-à-vis d'elle...

— Bien. Ensuite ?

— Elle s'est confiée à mère. Et ensemble d'un commun accord, elles convinrent de m'interroger...

— Sur quoi donc?

— Ma mère me questionna sur les raisons de la tristesse mystérieuse qu'elle croyait remarquer en moi.

— Et M"« Grantier?

— Madame Grantier, soupçonnant la vérité, me

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posa cette question si simple : « Gilbert, Bi*aimez»YOus d'amour? »

— Et vous avez répondu?

— Ce que l'honnêteté me commandait de dire, en dépit de tous les intérêts engagés.

— Que lui avez- vous répondu, Gilbert? insistait Blanche.

— Je lui ai dit : « Je ne vous aime pas d'amour ! »

— Pauvre femme I comme elle a dû être malhe cireuse !...

— Elle était dig^e d'être aimée, Blanche.

— Oui... oui.

Mais les amoureux sont égoïstes.

Déjà Blanche ne pensait plus qu'à elle-même.

— Et moi aussi, dit-elle gravement, je voudrais vous adresser une que^ition à mon tour.

— Parles, Blanche... Je n'ai rien à vous cacher... Et vous le voyez, je vous dis tout.

Elle reprit, confuse, rougissante, souriant dans tout cela :

— Et moi, m'aimez-vous?

— Je vous aime.

— D'amour?

— De l'amour le plus profond, le plus ardent, d'un amour inaltérable.

— Et vous m'aimerez toujours?

— Toujours.

— Eh bien! c'est tout, Gilbert. Je n'avais pas d'autre question à vous adresser.

Au même moment, Sabine entrait au salon. Mais ils étaient si occupés d'eux-mêmes, qu'ils ne l'entendirent pas.

Elle s'approcha d'eux doucement.

Et par derrière, prenant dans ses mains et faisant

Sencher la jolie tête de Blanche, elle l'embrassa sur 1^ •ont.

Ainsi que Tavait voulu Joltran, M"* Thonuneret était venue vivre là, auprès de tous.

Elle était réduite au plus extrême dénuement.

Elle eût été obligée de travailler pom^ vivre, d'un travail manuel. Et qu'aurait-elle pu faire, la pauvre femme, après toute une existence passée dans l'aisance, le luxe, le bien-être?

Après tant de tempêtes, un peu de soleil luisait

enfin pour elle, bien pâle, car le souvenir de Thommeret ne la quittait pas.

Elle était allée le voir aussitôt qu'elle eut appris sa tentative de suicide.

Elle le trouva à l'hôpital.

Il ne la reconnut point.

Il ne pouvait ouvrir les yeux.

Elle lui parla.

Il ne répondit pas, il ne pouvait plus parler.

Elle interrogea les médecins.

Ils lui répondirent que la blessure de Tliomnieret était très grave et que l'opération du trépan allait être nécessaire.

Quelques jours après, en effet, l'opération fut faite et réussit.

Elle réussit, en ce sens que Thommeret n*y trouva pas la mo?t.

Mais, s'il n'était pas mort, il n'en valait guère mieux.

II était dans une sorte de catalepsie.

Bien qu'on l'eût endormi au moment de l'opération, i 1 s'était réveillé tout à coup en poussant des hurieicments lamentables.

Puis, le calme était soudain revenu.

Il avait refermé les yeux.

C'était à peine s'il faisait quelque mouvement annonant la vie.

Il n'adressait la parole à personne.

11 ne reconnaissait personne.

Les médecins l'observaient avec attention, le dbo- Icar Carion surtout.

Cet état comateux lui paraissait étrange. Il avait assisté, aidé à l'opération. Il s'était rendu compte que celle-ci avait complètement réussi et cependant le malade présentait tous les smptômes de la paralysie absolue... C'était dans ce lit un être aux trois quarts mort.

Le docteur Carion ét^it un médecin savant et expérimenté, mais toute l'expérience du médecin était désorientée devant les phénomènes dont il ne trouvait point les causes et qu'il ne s'expliquait pas.

Devant ce malade, devant ce mort plutôt, Sabine faisait appel à toute sa pitié de femme.

Elle avait demandé la permission de ne plus quitter le chevet de l'infirme.

9tm wwmwnà

L*homme» si coupable qu'il ftlt, n'avaît-îl pas été le

compagnon de sa vie, depuis )a jeunesse?

Ce fut eUe qui guetta un rayon d'intelligence dans ces veux qui se fixaient sur elle sans regarcî.

Elle avait loué une chambre dans un hôtel de Charleville, le plus voisin de l'hôpital.

Et par autorisation particulière, elle venait tous les jours auprès de Thorameret.

On avait installé celui-ci dans nne petite chambre séparée et personne ne pouvait juger àv (Son état, en dehors de sa femme et des médecins qui le surveillaient.

Ce ïVt Sabine qui remplaça l'iniinnier et qui, à ce paralytique, donna les soins les plus attentifs et les plus répugnants.

Elle passait de longues heures à le regarder, espérant qu'elle surprendrait un peu d'intelligence sur ce visage de mort.

Fallait-il lui souhaiter ce retour de vie ?

S'il se rétablissait, est-ce que ce n'était pas pour retourner dans pa prison et se préparer a la cour d!assises ?

Alors, vraiment, ne valait-il pas mieux qu'il ne revînt jamais à la vie et qu'il mourût ainsi, sans savoir, sans se rendre compte, sans reprendre connaissancet

11 ne se doutait m^me pas que Sabine fût auprès de loi.

Elle lui parlait, pourtant, avec douceur. Elle tentait d'arriver, lentement, par progrès saccessifs, jusqu'à ce cerveau si cruellement frappé.

— François I Francoiel Tu ne m'entends pas? Il n'ouvrait même pas les yeux.

— François! François ! Tu ne me reconnais pas? Il ne faisait pas le moindre mouvement.

C'était vraiment à un mort qu'elle s'adressait.

Quand elle le quittait, graand elle sortait de l'hôpital tout angoissée, elle se dirigeait vers l'église.

Et là, à genoux dans 1 ombre, elle pritiit Dieu de diminue^ les souffrances de cet homme... de les éteindre en le^eprenant à lui.

Pendant les deux mois qui suivirent cette opération cela dura ainsi, sans aucun changement dans la situation de Thorameret. (

Les médecins, désespérant de le tirer de là, avaient

résolu de s'en débarrasser en l'envoyant dans un hospice d'incurables ; il tenait à l'hôpital une place précieuse.

"De Monthermë, Joltran suivait les phases de ce drame.

Il s'en expliquait parfois avec Philippe.

— Dans l'intérêt de madame Thommeret, dans notre intérêt à tous, disait-il, il serait préférable que cet homme mourût, évitant ainsi le déshonneur d'une condamnation infamante, mais, dans tous les cas, s'il se rétablit, nous pourrons toujours recourir au divorce ; il n*y aura plus rien de commun entre madame Thommeret et son mari... Et comme Thommeret n'a pas eu le temps de donner suite à son envie de régulariser l'adoption de Gilbert, rien n'entrave nos projets d'avenir.

lyorsquc Sabine reparaissait à Monthermé, chacun l'interrogeait :

— Toujours la même insensibilité... répondait-elle... Pas le moindre signe de C4)nnaissance... Rien, rien,

le néant absolu de son esprit.

Et elle repartait bientôt.

— C'est une martyre que cette pauvre femme î disait-on.

Et tout le monde la plaignait.

Là-bas^ dans la chambre isolée où il se mourait, croyait-on, Thommeret, toutes les fois qu'il se trouvait seul, se hasai'dait à entr'ouvrip les paupières.

Il restait longtemps ainsi, par prudence.

Il voulait s'assurer que personne ne rôdait auprès de lui, ni derrière la porte, pouvant le surprendre.

Quand il en était sûr, il ouvrait les yeux tout à fait.

Il se soulevait alors dans son lit.

Il poussait un profond soupir de soulagement. Et par la fenêtre devant laquelle son lit était placé, il regardait alors le ciel où roulaient de légers nuages floconneux.

Et il murmurait, en voyant les oiseaux qui voletaient en criant dans les jardins de l'hôpital :

— La liberté... La liberté pour me venger à mon tour...

Et ses yeux exprimaient une haine atroce...

La nuit, pj>ur échapper à la fatigue énorme de la posi-

a54 FOUDROYÉ

tion immobile qu*il s'obligeait à garder pendant toute la journée, sûr de ne pas être dérange par les surveillants qui ne s'occupaient plus de lui, il se levait et ouvrait doucement la fenêtre.

j Là, il respirait, les yeux fixés vers le ciel.

Son but, c'était Tévasion.

Son rôve, la vengeance.

Joltran l'avait vaincu... Tavait châtié... cruellement. Thommeret châtierait à son tour et sa vengeance serait si terrible que le monde en serait épouvanté.

Oui, fuir, mais comment ?

Son esprit, tendu vers tout ce qui se passait autour de son lit, avait saisi en ces derniers temps les allusions des médecins.

D avait compris qn'on allait le transporter dans un autre hôpital.

Or, dans le trajet, quelle que fût son énergie, quel que fût son art de dissimulation, est-ce qu'il ne se trahirait pas, peut-être ?

Réussirai t-il toujours à se faire prendre pour une sorte de mort vivant ?

Puis, là où on le conduirait, — et il ne savait pas quelle serait cette prison nouvelle, •— trouverait-il les mêmes facilités d'évasion?

Le temps pressait.

Pour que son évasion fût possible, il fallait la tenter tout de suite.

Quelques jours de retard et c'en était fait de son projet.

Déjà, du reste, il y avait pensé.

Aucun obstacle : un enfant y eût réussi.

Devant l'hôpital, un jardin planté d'arbres et entouré d'un mur. Au oout, près de la porte, la loge du concierge et les bureaux de Fadininistration.

Mais ce n'était point par là qu'il fallait fuir.

Il fallait traverser la cour, gagner le potager, profiter d'un arbre pour grimper sur le mur et se laisser tomber dans la rue.

Le mur n'était pas élevé.

Et c'était la liberté tout de suite, car quelques heures après, par Givet ou par Sedan, c'était la frontière.

Sa chambre, à l'hôpital, était située au premier étage.

Maïs qu'importait ?

Il lierait ensemble les draps de son Ut, attacherait un des bouts à l'appui de la fenêtre.

Et il se laisserait dégringoler jusqu'en bas.

11 n'y avait jamais de sui* veillant dans la cour pendant la nuit.

Et si Thommeret avait la chance de profiter d'une nuit obscure, son évasion s'accomplirait sans à-coups.

Il avait tout calculé.

D ne prévoyait aucun incident fâcheux.

Un instant il avait eu la pensée de se confier à sa femme, alors qu'il la voyait auprès de lui, les yeux emplis de compassion.

ruis il avait réfléchi qu'il n'avait aucun besoin d'elle.

Il calcula qu'il ne pouvait pas, sans danger, sans risque, retarder plus longtemps.

— La nuit prochaine, se dit-il, ce sera fait.

Le lendemain, pendant toute la journée, Sabine ne le quitta pas.

Il avait repris son immobilité de mort.

Elle lui adressa la parole.

Ce fut vainement. 11 n'ouvrit môme pas les yeux.

Les médecins l'examinèrent une dernière fois.

On lui avait appliqué depuis longtemps des révulsifs violents.

Il avait tout supporté avec un stoïcisme surprenant.

— Rien à faire, direni-ils... U en a pour quinze jours....

Ils causèrent entre eux, à voix basse.

Ils s'étaient éloignés de M"^ Thommeret pour qu'elle ne pût saisir le sens de leurs paroles.

Mais, Thommeret, lui, écoutait, les sens tendus à ne rien perdre de ce qui se passait autour de lui.

Et il entendit qu il était question, pour le lendemain, de lui faire quitter l'hôçitai.

n eut un imperceptible sourire

Il pensait :

— Demain, quand ils viendront, je serai loin* Le soir, Sabine le quitta.

fille se promettait, elle aussi, de revenir le lende* ,main.

Il ne fit pas un mouvement quand elle partit. Pas une contraction de son visage, n indiqua qu il fût ému.

M VÔUDROYâ

Et il resta seul.

L'infirmier entra, le soir, pour lui faire prendre ses aliments qu'on lui donnait comme à un enfant et qui consistaient surtout en bouillons et en laitages.

Ils ne se gênaient pas pour causer devant Thommeret.

Us le plaisantaient.

— EK! vieux, tu ne vas pas bientôt nous lâcher?...

— Dis donc, ça t*amu8e de te faire dorlotter comme un gosse?

— Monsieur voudrai tril une nourrice, par hasard?

— Encore cfuelques heures et monsieur nous privera pour tondeurs âe ia présence.

— Bonne santé, monsieur.

— Bt ûon voyage.

Quand Hê l'eurent restauré, ils le laissèrent, fermèrent 1a povte et se retirèrent.

Thommet^t était seul jus(ju'au lendemain.

LlM:>rloge d'une église voisine sonnait les heures.

H les entendait distinctement.

Il s*aniusa à les compter, prenant un plaisir infini à se àhé :

— Hftpore quelques quarts d'heure... un de moins... enjcpreun de moins...

giirriva ainsi à itiinuit.

se leva douoeraent et se dirigea vers la fenêtre.

Û consulta le <^el avec anxiété.

û'était tine nuit à so4ihait pour une évasion, la nuit rêvée.

Ls eiid était chargé de nuages noirs. Il tombait une pertlte |>l^ fine, incessante, qui devait retenir chez eux totl^ les promeneurs aimant à déambuler dans les ténèbres.

•^ l''ar&it I^^rlaitl murmura Thommeret.

En u» clin aœÛ il eut enlevé les draps de son lit. Il les dMiMJ?a par la moitié dans le sens de la longueur.

CeW &^it quatre morceaux de près de trois mètres de long i^Açun : «li^^^és ^out à bout par un nœud solide, c'^Nkitlïien puis qu'il n'en fallait pour atteindre la cour.

Ses yêtemento étaient enfermés dans une armoire en boîs blanc, au fond de sa chambre.

Il s'e» revêtit, sans se presser.

Il fysfidt tout méthodiquement. Avant qu'on ne

Fôûbfioini a57

s'aperçût do son évasion, cinq ou six henres se seraient écoulées et dans cinq ou six heures il ne serait pas loin de la Belqique.

Une fois nabiUé, il accrocha les draps, tira dessus pour en essayer la solidité.

Puis, jetant un coup d'œil dans la conr pour s'assurer que rien ne viendrait le déranger, il enjamba l'appui de la fenêtre, se pendit dans le vide et déçringola.

Les drîips pendants à sa fenêtre, c'était cela qui le trahirait au coleil levant, lorsqu'on passerait dans la

cour

Qu'importe I

En cinq minutes, longeant les murailles, il a traversé la cour et gagné le jardin.

Il grimpe à un tilleul, se hisse sur le mur.

Il sa suspend à la crête du mur et se laisse choir audehors.

n est dans la rue, il est libre.

n ne s'attarde pas, du reste, et traverse Charleville en courant. Il ne s'arrête que lorsqu'il est en pleine campagne. Là, seulement, il prend un peu de repos, reprend haleine, s'oriente.

Son projet, c'est de gagner, si possible, une station de chemin de fer qui le rapprocherait de la frontière.

Pour cela deux partis lui restent à prendre.

La ligne de Charleville à Givet, qu il connaît bien, puisqu'elle pcisse à Monthermé. — La ligne de Sedan. De Sedan, il gagnerait Bouillon, et là il serait en

oreté.

Par Givet, il courait le danger d'être reconnu.

Par Sedan, en prenant le train à Mohon ou à la station suivante, il avait chance d'arriver sans encombre.

Ce fut pour Sedan qu'il se décida.

Le matin, vers sept heures, il était hors de France.

Toute la nuit, la pluie avait tombé. Ce fut le matin seulement que les nuages se dissipèrent et que le soleil parut.

Il était si faible encore et si harassé de fatigue surtout qull alla s'étendre sur la mousse humide d'un bois de chênes, et là il s'endormit profondément.

Il ne se réTcilla. que Jaiis le cou: ant d(i l'après-midi.

Il était tout engourdi. Puis il avait faim et soif. La

ir, il put Tapaiser en buvant dans un ruiaseau. Mais

S56 VOUD&OTÀ

il n'avait pas un sou. Gomment faire ?

Il fallait mendier.

Dans les fermes et dans les usines, il trouva des gens miséricordieux. On lui donna du pain.

Et ce fut ainsi qu'il passa la première journée.

La nuit, il coucha à la belle étoile.

Et le matin, quand il se leva et se secoua, il resta longtemps le visage tourné vers la France, vei^ le coin des Ardennes où il avait laissé ceux qu'il haïssait tant.

— Me vengea* de Joltran ! Oui, toute ma rie pour j ma vengeance ! Mais comment faire ?

U ne trouva rien, car il dit tout haut :

— Ne nous pressons pas... Joltran a montré de la patience pour se venger de moi... Soyons patient pour me venger de lui...

Et mendiant toujours, il s*enfonça dans la Belgique. ,

Le matin, il y eut un grand branle-bas à l'hôpital .

La chaixibre et le lit de Thojaameret étaient vides. Qu'était devenu le malade ? Les draps pendus à la fenêtre ne laissaient acucun doute.

Les deux infirmiers qui avaient soigné Thommeret la veille au soir pour la dernière fois se regardaient les yeux écarcjumés.

Ils se refusaient à croire à ce qui était l'évidence même.

— Comprends-tu ça, toi ?

— Oui, je comprends qu'il s'embêtait. Alors, il est parti.

— Mais il était impotent !

— Ouichel Comme toi et moi. C'était de la frime. Pense! U écopait de la cour d'assises et du bagne. 11 a pris la pouore d'escampette. Pour ce qui est de nous avoir joué un bon tour I...

Ils n'étaient pas sans inquiétude. Toutefois ils n'étaient pas responsables de cette évasion. La comédie de cette torpeur, de cette paralysie générale avait été si bien jouée par Thommeret que tous j avaient été pris, à l'hôpital, depuis le directeur jusqu'aux infirmiers.

Mais lorsque la nouvelle de cette fuite fut apprise à ]V|me Thommeret à son arrivée à l'hôpital, la pauvre femme, comme fi'appée en plein cceur, s'afiaissa évanouie.

D'un coup elle avait compris.

Thommeret avait rêvé la vengeance I

Des lors, aucu'ii de ceux que Sabine aimait à Monthermé n'était plus en sûreté : pas plus Jenny que Blanche; pas plus Gilbert que rhilippe...

Et celui qui était menacé avant tous, est-ce que ce n'était pas J oltran ?

Quelle serait la vengeance du misérable?

Allait-elle se manifester immédiatement par quelque

â6o i>uUi>&ai.'À

tentative désespérée? ou bien laisserait-il le temps s'écouier pour qu'on l'oubliât et qu'on le crût mort... afin de tomber quelque jour pareil à la foudre?

L'avenir désormais, était plein d'angoisses et d'incertitui^es, car l'avenir était entre les mains de cet homme ' et cet homme était un infâme.

Elle revint tout émue à Monthermé.

Le premier qu'elle rencontra fut Joliran.

Elle était si pâle, si décomposée, qu'il crut à la moit de Thommeret.

— Il est mort, n'est-ce pas? Tout est fini ?

— Hélas 1 mon ami, hélas I...

— Qu'est-ce donc, dit-il, ne comprenant pas.

— Prenez garde, mon ami. Prenez garde a tous ceux que vous aimez. Veillez sur vous l Veillez sur tous ceux qui vous sont chers... Veillez ! Veillez I dit-elle comme affolée par l'épouvante...

— Expliquez- vous î

— Il s'est enfui ! Sa maladie, sa faiblesse, sa syncope, cette paralysie dont tout le monde a été dupe... comédie, comédie, pour mieux ti'omper les gardiens, les médecins, pour mieux préparer son évasion...

— Il s'est enfui I se répétait Joltran pâli. Non (ju'il eût peur pour lui-môme.

11 était inaccessible à un pareil sentiment. Mais il se dibait comme Sabine :

— Quelle est la vengeance qu'il médite et qui veutil frapper?...

Et mentalement, il s'offrait en victime, s'il fallait une victime, pour que les siens fussent épargnés.

Aussitôt l'évasion connue, le parquet avait télégraphié à tous les postes de la frontière en donnant le signalement do Thommeret.

Mais à l'heure même où les dépêches partaient, Thommeret était déjà en sûreté, hors de France.

Les agents suivirent ses traces.

I On sut même que de village en village, d'étape en

étape, il avait gagné Dinant, Liège, Namur. ; • Puis il avait quitté la vallée de la Meuse pour se diriger vers les bassins houillers du centre où sans doute il comptait se créer quelques ressources.

Et là, soit qu'il eût changé de vêtements, soit pour tout autre cause, on le perdit de vue.

Joltran avait trop d'intérêt à savoir ce que le misé.

VOUDROYÉ 361

rable était devenu pour ne point demander quel avait été le résultat des recherches de la justice.

Lorsqu'il sut qu'on avait perdu les traces de Thomineret du côté de Charleroi, son visage s'assombrit singulièrement.

— Il va rester là, murmura-t-il, jusqn'à ce qu'il ait onvé le moyen de se venger... C'est donc à moi de

veiller. Et je veillerai I...

QueLjue chose de grave et de fatal pass'a dans ses yeux, poui'tant si bons et si doux d'ordinaire.

Cependant les premiers mois s'écoulèrent.

Rien ne vint justifier les craintes de Sabine et do Joltran. |

Quêta t devenu Thommeret ?

On l'ignorait.

Etait-il toujours à Charleroi ? Travaillait-il au fond de quelque mine ? Ou bien avait-il quitté la Belgique pour passer dans un autre pays: TAmérique peut-être, ce refuge de tous les coureurs d'aventures?

Joltran, à deux reprises différentes et sans se confier à personne, avait voulu conduire lui-même cette enquête.

Il s'était rendu à Charleroi et aux environs.

Il y avait passé trois semaines en recherches, de village en village, de puits en puits, voyant tous les ouvriers, les dévisageant.

La première fois, il était revenu sans avoir reconnu personne.

Sabine fat la seule qui eût deviné . le but de son voyage.

Elle l'interrogea à son retour, anxieusement.

— Je ne sais pas où il se cache, dit Joltran. Mais dans quelque temps je recommencerai mon enquête et je trouverai, je vous le jure.

Son mandat de député l'appelait à Paris. n y vint seul.

Mais, avant de partir, il se confia à Philippe. 11 lui dit ses craintes.

— Veille bien sur ta mère! Veille bien sur ta sœuri 4— Je ne les quitterai pas, père, soyez tranquil-.c.

Il partit, rassuré.

Le mariage de Gilbert et de Blanche a^^^' '^4 ûxê

i printemps de l'année suivante.

262 FOUDROTil

Cepenrlaiit Joltran ne s'endormait pas,

Alix vacances lé^slatives du nouvel an, il partit de nouveau pour la Belgique.

11 parcourut tous les bassins hoiiillers, visita les puits, s'enquit auprès des directeurs ou des ingénieurs, et il allait revenir à Monthermé sans avoir recueilli le moindre renseignement, lorsqu'il eut la fantaisie, en revenant, de s arrêter à Dinant. Gomiue il avait sa soirée libre, il entra au cercle des étrangers et parcourut les salles. On jouait. Dinaut a installé une sorte de Casino qui est une concurrence en miniature, des salles de jeu de Monte-Carlo. A certaines tables trônait le trenfce-et-quarante. A la tible principale, la roulette était reine.

Préoccupé par l'insuccès de son voyage — et du reste n'étant pas joueur — Joltran allait ici et là, sans

f>rendre grand intérêt à la partie, lorsque ayant relevé es yeux tout à coup, il aperçut, dans une gi'ande glace qui reflétait toute ta lonçée de la table principale, les figures des joueurs et dominant ceux-ci le croupier , assis sur un tabouret plus élevé.

11 retint une exclamation de surprise.

Cet homme, il le regarda plus attentivement. Il le reconnaissait, mais il craignait do se tromper. i

C'était Thommeret.

Son indécision ne fut pas de longue durée. Impossible de se méprendre. L'homme c^ui distribuait ou qui d'un coup de latte flexible, adroitement, ramenait les louis et les pièces de cinq francs sur le tapis vert, c'était bien celui qu'il redoutait, l'ancien verrier, rincendiaire de la Val-Dieu I...

11 se recula Jusqu'au fond de la salle.

Thommeret l'avait-il vu? Joltran en doutait.

La giace reflétait toujours les traits du misérable. S'il avait aperçu Joltran, il ne pourrait s'empêcher, à quelque moment de la soirée, a'en témoigner quelque surprise, quelque émotion.

Mais très occupé par le jeu, le croupier n'était attentif qu'à ce qui se passait sur la table, et non aux promeneurs qui s'amnsaient à regarder le jeu psr-dessus les joueurs.

Joltran fut vite tranquillisé.

Il sortit de la grande salle.

Fit «.viiiyat wsl hvâamm du ««raie, 11 lui fil un slpi«*

F«t7DROT^ 2(>1

L'huissier s'approcha.

Ils étaient seuls, Joltran lui mit un louis dans la main. L'homme empocha les vingt francs, impassible, et attendit.

— Vous connaissez le croupier ?•••

— Imparfaitement.

— Gomment s'appelle-t-il ?

— Monsieur François...

— Pas d'autre nom?

— Je ne lui en connais pas.

— D'où vient-il?

— Je crois qu'il est Français. D'où il vient, je l'ignore...

— Il y a longtemps qu'il est au cercle ?

— Depuis deux mois.

— La direction pourrait-elle me donner sur lui des renseignements.

— C'est probable.

— Merci. Voici encore un l^uis. Gardez-moi le secret.

L'huissier s'inclina. Une demi-heure après Joltran avait un entretien avec le secrétaire du cercle. De cet entretien, il résultait que le croupier François venait de France où il était connu honorablement. Il avait fom*ni les papiers, les attestations utiles. Il n'y avait pas de doute ^ur son honnêteté. Au moindre soupçon, le cercle l'eût chassé.

Joltran garda pour lui ce qu'il venait de découvrir.

L'homme qu'il avait vu, c'était Thommeret. Il se cachait sous nn nom qui n'était que son prénom. Il avait fabriqué où volé des papiers. Et il restait installé à deux pas de la frontière française, non sans un mystérieux projet, assurément.

Quel était ce projet?

Ahl ai Joltran avait pu le deviner I !

Le len^main matin, il prenait le premier train pour la France, mais an lien de s'arrêter à Monthermé, il filait drait sur Paris.

Et à Paris, une demi-heure après son arrivée, il frappckit à Fancienne agence Farigoule, rue du Dragon.

Heni'i Dupât venait de rentrer.

Ce fut lui qui ouvrit.

Bu reconnaissant Joltran il eut une exclamation de gurj^se.

964 FOUD&OTi

— Vous ! Entreï donc ! ! Est-ce que j'aurais la chance de pouvoir vous être utile?.,. C'est un plaisir de travailler pour vous.

Rapidement Joltran lui exposa son affaire.

— Oui, très utile... et cela ne vous coûtera qu'un peu de ^otre temps... sans grands eJÛTorts d'intelligence.

— Tant pis, tant pis. Plus c'est difficile, plus je demande cher, et comme vous payez le double, quand vous êtes content, vous, monsieur, que ne ferait-on pas I De quoi s'agit-il?

— Il s agit d'un ancien client de votre agence... de Thommeret ?

— J'avais entendu dire qu'il était mort.

— Bien vivant, au contraire.

— Et toujours sous les verrous ?.,.

— Evadé I

— Tiens i tiens I vous commence'!; à m'intéresser.

— J*ai retrouvé sa trace. Je sais où il se cache. J'ai des raisons de craindre cpïl ne prépare contre quelque membre de sa fanille, si ce n'est contre moi-même, un projet de vengeance....

-— Oui, je connais Thom^neret, il est rancunier. Et comme il n'a plus de ressources aujourd'hui et qu'il n'a plus rien à perdre je crois qu'il faut vous méfier de t lui.

— Vous le croyez capable ?...

— De tout. Môme d'un crime. Ne l'a-t-il pas prouvé déjà, lorsqu'il a incendié sa verrerie. Prenez garde qu'il n'en fasse autant de la vôtre.

— Voilà justement pourquoi je suis venu vous trouver.

— Je vous éfoute. Contez-moi clairement votre affaire.

— Je voudrais, pour notre sécurité, ne pas perdre Thommeret de vue. Je voudrais que vous attachiez à sa personne, sans qu'il s'en doute, un de vos agents, prudent et adroit, qui le surveillerait, qui ne perdrait rien de ses faits et gestes et m'en instruirait régulièrement... En mon absence et lorsque mon mandat de député me retiendi'aà la Chambre, vo'io agent s'adres sera h mon fils Philippe qui nignore rien de ce qui se passe.

— C'est l'erifaîice de l'art ce qu© vous me demandez.

— Ainsi vous consentez ?

FOUDROYÉ a65

— Si je consens 1... Je regrette seulement qne vous n'ayez pas tronTé une mission plus difficile. Je vous aurais prouvé que mes agents, tout on étant, je m*en flatte, plus honnêtes que ceux ée Tancienne açCTice Fariffoule, ne sont ni moins rusé», ni moins ingénieux.

Joïtran ne releva pas l'observation de Henri Dupât. Il n'avait qu'une mëdiocpc confiance dans la probité des gens qu'il ^nployait.

— Et votre prix ?

— Cela dépendra un peu des frais, qui peuvent être noiiibreux et du temps que durera la surveillance... Je désire que vous me remboursiez, semaine par semaine, la note de ces frais, qui vous parviendra régulièrement et qui ne sera pas majorée. En outre, vous donnerez comme appointements à ^meu employé qui vous servira cinq cents francs par n»ois. Le mois commencé sera payé dans sou intégralité.

— J'accepte.

— Ce n'est pas tout. Il ne s'agit là, en somme, que de mon agent. Pour moi, si vous le voulez bien, nous traiterons à forfait.

— Combien?

— Cinq mille... Ce n'est pas cher.

— J'ai besoin de vous. Je ne marchande pas. Les voici.

— Je ne tiens pas à être payé d*avance. Je vous connais. J'ai confiance dans votre parole. Je ne veux même pas vous faire signer d'engagement.

— Prenez... Thommeret me hait... Je puis être surpris... assassiné... vous perdriez votre argent... En outre, voici cinq cents francs pour couvrir les frais de votre agent pendant le premier mois et cinq cents francs pour le premier mois et ses a|^pointements.

— Ah ! monsieor, dit Ihipat, parles»*moi des honnêtes gens comme vous ! Il n'y a ^leoxte^'avec eux que l'on puisse £aire des affai^pes (T^f 1... A:i^»''70us Jbesoin de voir l'agent que je vais mettre À v^fte:^ dii^>os;^tk>n ?

— Je retourne à Maiitbe«»é œ soir, qafi fasse le tPS^Avecmoi. En«*0ale je lui 'donnerai ses instructions.

Henri Dupât appuya sur un timbrb.

^avieuxbcMahoiiime qui servait de garçon de bureau, de domestique et de commissionnaire entra* «• ▲ofeQ^e.fistrii de retour?

Sk66 FOUDROYÉ

— Il vient de rentrer à l'instant, moGBieur le directeur.

— Envoyei-le-moi.

Un employé entra presque aussitôt, grand, maigre, trente-cinq ans, Tair résolu. Pas mauTaifle mine en somme. Il était Têtu proprciaent et poi-tait la médaille militaire.

— Antoine, vous rejoindrez monâenr ce soir, à quatre heure, gare de l'Est. Vous partirei avec lui. En chemin, vous saurez de quoi il s agit... Soyez adroit mon garçon.

L'employé regarda Joltran une seconde d'un œil très vif, afin de le reconnaître à la gare. Il salua sans dire un mot et partit.

— Je vous recommande Antoine en toute confiance, monsieur, dit Dupât sérieusement... C'est un agent de la préfecture oui a quitté la boite après un coup de tcte, une querelle avec un de ses chefs. Pas un reproche à lui faire. Je ne lui donne que des besognes propres. Il n'accepterait pas les autres. Et il sait que du moment que je lui confie une mission, c'est qu'elle est honorable. Il n'est entré chez moi qu'à cette condition.

— J'aime mieux çà, fit Joltran en souriant.

A quatre heures, au moment où le verrier arrivait à la gare de l'Est, il trouva Antoine qui l'attendait.

Joltran prit deux places de première, l'une pour Montherme, l'autre directement pour Dinant.

Dans le compartiment, ils se trouvèrent en compal^nie de deux voyageurs qui ne les quittèrent qu'à Reims. Ce fut après Reims seulement que le verrier put donner ses ordres à Antoine.

Ces ordres étaient bien simples, se réduisaient à peu de chose :

!• Ne pas perdre Thommeret de vue.

2* Deviner ses projets autant que possible.

3* Le suivre, s'il venait à rentrer en France, et au moindre danger avertir Jolti^n et Philippe.

Antoine avait écouté attentivement.

— Puisque Thommeret est évadé et sous le coup

dune couda TDiMition, le meilleur moyen, s'il rentre

1 amaii en France, serait de le dénoncer. Cela vous

débarrasserait de lui pour toujours.

I — Ce mojen^ je vous ordonne de ne pasr^çlpyer.

— Bien, monsieur. Je suivrai vos ordres à la lettre.

A Monthermé, Antoine et Joltran se séparèrent.

Henri Dupât n'avait pas tr vnpé le verrier. Antoine était un garçon adroit, résoli. tnoîinôte.

Joltran fit tout de suite qu*il pouvait avoir confiance.

Et lorsqu*il rentra à la MalaviBée, il se sentait plus rassuré.

Il avait été convenu cjue tous les jours Antoine lui écrirait, à lui ou à Philippe, pour lui rendre compte des faits et gestes de Thommeret.

En cas de menace plus directe ou de danger, Antoine devait télégraphier à Monthermé, mais en aucun cas il ne quitterait Tancien verrier de la Val-Dieu.

Le i5 janvier, lorsque Joltran repartit pour Paris où l'appelait la réouverture des Chambres, il ne s'était rien passé d'anormal. Tous les jours, Antoine avait envoyé un billet laconique dans lequel il racontait la journée de Thommeret.

Or ces journées étaient, ou du moins paraissaient être d'une régularité monotone et ne semblaient faire prévoir chez Thommeret aucune arrière-pensée de vengeance, aucun projet de crime.

Le printemps arriva.

Le marfage de Gilbert et de Blanche approchait.

On en avait fixé la date au mois de mai. Un journal de Gharleville parla du mariage et publia la date. Un député ne peut rien faire sans que les journaux s'occupent de lui.

Deux jours après, une longue lettre d'Antoine arrivait à Philippe.

Et Philippe la renvoyait aussitôt à son père, à Paris.

Antoine y racontait qu'il ne perdait pas de vue Thommeret et que même, profitant de ce que l'évadé ne le connaissait pas, il avait réussi à se lier avec lui. Antoine s'était mis à jouer au cercle pour faire bonne contenance. La confiance de Thommeret était à ce prix. Assez heureux, du reste, il ne perdit ni ne gagna et il s'empressait d'en informer Joltran afin que celui-ci ne vînt pas à soupçonner son honnêteté.

Il déjeunait ou il dînait assez souvent avec Thommeret.

Il avait remarqué que celui-oi ne recevait jamais 4©

a68 FOUDROYÉ

lettres de France, mais quelques-unes seulement de Belgique. Dans ces lettres dont quelques-unes étaient tombées entre les mains d'Antoine, il n'était question que d affaires de publicité ou d'affaires industrielles que l'on proposait au croupier et qui, toutes, intéressaient le cercle des étrangers, à Dinant.

Il avait remarqué, en outre, que, d'une façon très régulière et sans jamais y manquer, Thommeret se faisait apporter les journaux ardennais aussitôt leur arrivée.

Antoine avait même appris que le cercle s'étail abonné à ces journaux seulement depuis son arrivée el à son instigation.

Or, écrivait l'açent d'Henri Dupât, comme lui et Thommeret, la veifle, prenaient leur café sur la terrasse en jouissant des premiers rayons du soleil de mai, Thommeret, selon son habitude, s'était fait apporter les feuilles des Ardemies : le Courrier des Ardennes, le Petit Ardennais^ et d'autres ; comme tous les jours, il les avaient parcourues attentivement, et il n'avait pu retenir un geste violent de surprise et d'émotion, tout à coup.

Antoine l'avait examiné attentivement, à cet instant là.

Et il disait, dans sa lettre, avoir été effrayé par la haine terrible que refléta, pendant quelques secondes, 1er égard du croupier.

Il ne lui avait fait aucune question. Antoine avait même paru ne s'apercevoir de rien, sirotant son café et roulant cigarettes sur cigarettes.

Thommeret était resté silencieux.

Puis il s'était levé tout à coup, laissant là ses journaux, et il était descendu jusqu'aux bords de la Meuse.

Il paraissait en proie à une vive agitation.

Antoine s'était emparé des journaux, y avait cherché la cause de cette émotion et n'avait pas eu de peine à la découvrir.

C'était l'annonce du mariage de Blanche et de Gilbert. '

De loin, et sans être vu, il avait suivi Thommeret, mais celui-ci, après s'être promené, tantôt marchant très vite et tantôt s'arrêtant^ stvait ûm par revenir et»

FOUDROYB 269

Seulement, à son retour, il était extrômemcnt pâle.

Quinze jours séparaient encore du mariage : Antoine avait le pressentiment que Thommeret pour ce jour-là tenterait quel(pie chose.

Et en terminant, il disait :

c Je redouble de surveillance I »

Lorsque Joltran eut reçu cette lettre, il tomba dans une longue rêverie. Oui, Tliommeret, peut-être avait attendu ce jour du mariage pour sa vengeance mystérieuse.

Mais qui atteindrait-elle, cette vengeance ?

Et pour quelle infamie nouvelle avait-il pensé à ce raffinement de frapper, en ce jour qui apportait à tous une si g^rande joie ?

— Ai! qu*il prenne garde I qu'il prenne garde, répéta tout naut Joltran.

Et comme il prévoyait cpie sans doute les événements allaient se précipiter et que le dénouement approchait, il revint à Monthermé, afin d'être là lors- (jue le danger se présenterait.

Les lettres de 1 agent se succédèrent.

Cependant la situation restait stationnaire. Thommeret seulement semblait nerveux, inquiet.

Il évitait maintenant toute conversation.

C'est à peine s'il répondait aux avances d' Antoine .

Il était si distrait qu'à plusieurs reprises il se trompa dans ses comptes rapides, à la table de foaccara.

Et cet état nerveux augpnaenta au fur et à mesure que lesjours s'écoulaient, rapprochant la date du mariage.

Trois jours avant, Antoine apprit que Thommeret avait demandé à l'administration la permission de s'absenter pendant une semaine sous prétexte d'aftaires sérieuses qui l'appelaient à Paris. Il promettait d'être de retour avant ta fin de la semaine.

Le congé lui fut accordé.

Dès qu'Antoine le sut, il télégraphia à Joltran qu'il savait être à Monthermé.

Pour Antoine — et il le disait dans sa dépêche à mots couverts — il était évident que ce voyage do Thommeret et le mariage de Gilbert avaient ensemble une corrélation.

L'un avait amené l'autre .

Toutefois la journée qui suivit cette demande de congé n'amena aucun iacidcnt; Tiioniuicrôt ne «01 lit J»ii» 4e che« lui, XI ^fm.ewP^it daT><î nn petit appaH^s'^

a^ FOUDROYÉ

ment très simple, donnant sur la Meuse. Gnclic d^ns une maison voisine, en construction, et ÔAWL pour le moment les travaux étaient abandoimés, Àùtoine ne perdait pas de vue l'appartemen'

Il y passa la nuit.

Toute la nuit, il vit de la lumière aux fenêtres de Thommeret et l'ombre de Thommeret se projeter ^Miles rideaux.

Le croupier ne se coucha pas.

Le lendemain était ia veille du mariage.

Pendant toute la journée Thommeret, qui avait annoncé à l'administration qu'il ne partirait que ce jour-là, se montra au cercle, en amateur, et dans les promenades. Il poussa même une pointe jusqu'à la porte de Bayard et jusque dans les premières allées du bois de Boulogne. Car Dinant, comme Paris, possède son bois de Boulogne.

Antoine, prévoyant ce départ» était allé à la gare de Dinant, bien avant l'heure du train et avait demandé un billet de troisième classe, qu'on lui avait donné, malgré que l'heure n'en fut pas venue. 11 avait demandé son billet pour Paris, comptant s'arrêter en chemin s'il remarquait que Thommeret s'arrêtait de son côté. Et il avait prévenu Joltran par dépêche.

Dans l'après-midi, Antoine avait rencontré Thommeret.

— Vous partez ce soir? avait dit l'agent,

— Oui... mais je serai bientôt de retour,,. Affaires de famille.

Et ils n'en avaient plus parlé. 1

Thommeret paraissait plus calme,' comme lorsque après avoir longtemps hésité, on a fini par prendre une grave résolution.

Seulement ses yeux étaient fi^oids et inquiets, sa figure pâlie.

Lorsqu'il le vit se diriger vers la gare, Antoine, de loin, le suivit.

De loin, il aperçut Thommeret qui prenait son billet, qui pénétrait sur la voie et s'y promenait.

Antoine ne .se montra pas mais se rapprocha inseniU -ment.

i^e train entra en gare.

Thommeret s'installa dans un compartiment de preîjjjère classe.

VOUBROTÉ a;i

Bn même temps qu'il montait et alors (pi*il arait e&core le dos tourne, Antoine grimpait dans «on oompartiment de troisième.

Il n*aTait pas été vu.

11 respira lorsque le train s'ébranla et partit.

— Assui*ément, ce n'est pas à Paris qu'il se rend, se disait l'agent.,. Ce qui n'a pas dû l'empêcher de prendre son billet pour Paris...

A toutes les stations, avant d'arriver à Givet, Antoine se pendaa à la portièi*e, prudemment, afin de s'assurei que le croupier ne descendait pas .

B ne remarqua rien.

A Givet, on changeait de tfain. Antoine avait emporté avec lui une valise et il avait eu le temps de se compo»€a:* une figure et de se présenter dans un accoutrement sous lequel il eût été difficile de le reconnaître.

Thommeret se promena sur le quai de la gare, se croisa à plusieurs reprises avec un vieillard à barbe blanche, coiffé d'un cnapeau mon, vêtu d'un sarreau, bleu le costume ordinaire des Ardennes. Thommeret ne pouvait deviner que le vieillard n'était autre qu'Antoine.

Le train était en ga?^. Les deux hommes y prirent place.

Antoine réfléchit que si Thommeret, qui ne s'était pas déguisé et qui était connu tout le long du trajet, voulait se rendre à Monthermé, il s'arrêterait à une station précédant ou suivant cette gare : soit Laifour, en avant, ou Braux-Levrézy en arrière.

IljM^éToyait également que Tho m yret renouvellerait peut-être la tentative faite une fo\6 déjà et qu' Antoine avait entendu raconter par JoUran, c'est-a-dire rril se jetterait hors du train avant l'arrivée de celui-ci la station.

Antoine eonsulta la voie.

D'une part, la rodie, le plus souvent, que côtoyait le chemin de fer. Impossible de descendre de ce côté. D'autre part, un remMai plus accessible et dégringo lâQt jusqu^à la Meuse.

Si Thommeret voulait tenter l'aventure, e'ilait de ce ùM qu'il descendrait.

Et Antoine se mit à la portière.

La nuit était venue. Mais la lune sortait de t^sips en temps des nuages que chassait un vent aâsez violent

aja FOUDROYÉ

c^ui remontait le coui^ de la Meuse ; et même quand la lune se cachait, on y voyait assez clair pour distinguer à cinquante ou cent mètres.

Bien lui en prit de pousser la prudence à l'extrême.

Entre Laifour et Monthermé, Antoine vit tout à coup que dans le wagon de première classe voisin de celui qu'il occupait, un bras sortait du vasistas, ouvrait îa portière.

Antoine s'effaça brusquement.

Par la portière entr'ouvert« une tête se penchait, inspectant les wagons en avant et en arrière.

Antoine n'avait pas vu Thommeret.

Mais il savait que Thommeret était là et qu'il et ai L seul.

Le train ralentit à une courbe, puis ralentit encore avant de pénétrer dans un tunnel.

Antoine regarda.

Ce fut comme une vision; une sorte de projecti-e humain sortit du wagon, fut projeté sur la voie et roula jusqu'à la Meuse.

Le train filait, Antoine n'eut pas le temps d'en voir davantage.

Mais son parti était pris.

C'^ait un nomme brave et qui, ayant accepté uiv. mission, s'était dit qu'il ne reculerait devant uucuiw danger. :

— Puisqu'il a sauté, je sauterai I ^

Et lui-même s'élance, par la portière ouverte.

Mais, sans qu'il s'en soit douté, le train a repris <1 ■ la vitesse.

Antoine est projeté violemment contre un poteau télégraphique.

Puis, lui aussi, roule le long du talus jusqu'au chemin de halage de la Meuse.

Et là, il reste étendu, comme mort.

Cependant il n'a pas de contusion apparente.

Est-il mort? Est-il vivant ?

Les heures de la nuit s'écoulent. Il ne donne pas signe de vie.

Ce n'est que le brouillard humide et froid qui s'élève de la Meuse, aux premières heures du matin, qui le fait revenir à lui ; ses bras s'agitent ; sa tête se soulève lourdement.

Il »e reprend que difficilement sa coi>JiaisHaucc. Un

FOUDROYé ^7

grand poids dans son cerveau semble obstruer sa mémoire.

""Vtîu à peu, cependant, reviennent les idées. Peu à peu revient 1© seûtiment de l'existence.

Et avec lui le sentiment de la douleur, d*une douleur terrible qui tout à coup travers© son corps.

U ne retient p«ifl im grand cri de torture.

Il vent se relever, en s'appuyant sur les deux mains : il est si près de la Meuse, que le moindre mouvement poufrait l'y précipiter.

Et ce mouvement lui arrache un autre cri.

On dirait Cfa'il ne reste de lui que le buste, que seul le buste peut se monvoir ; les jambes restent inertes.

D a les deux jambes cassées.

Bt de nouveau la douleur est si vive, dans les efforts qu'il fait, que pour la seconde fois il s'évanouit.

XA-bas, à quelques centaines de mètres, Thommeret, lui aussi, est tombé ; il s'est relevé sans blessures, après être resté un moment étourdi. Il s'étire, il se tâte, il marche. Hien.

Et personne ne l'a vu. Du reste, que lui importe. Quand il aura accompli son projet, il saura bien regagner la Belgique.

n fait un grand tour par la montagne pour éviter les hameaux disséminés sur la route.

Il passe la nuit dans les bois.

Et le matin, seulement, lorsque les ténèbres couvrent encore la vallée de la Meuse, il gagne rapidement Monthermé.

Tout dort encore dans le village. Le brouillard couvre les maisons d'un voile humi<&.

On n'entend pas encore le chant du coq.

C'est le matin du jour de fôte, c'est le matin du mariage.

Thommeret s'arrête devant la Malavisée.

^ Là est son but.

Joltran a donné à ses ouvriers trois jours de congé ; la veille, le jour du mariage et le lendemain.

La verrerie ne marche pas, les fourneaux sont éteints, les ateliers sont déserts.

Thommeret entra dans la cour : là-bas se dresse, blanche dans la nuit qui l'enveloppe encore, l'habita-

tion paisible où se dérobent, dans leur bonbeur procbain, ceux qui ont souffert par lui, envers lesquels il a été coupable.

Il a un sourire cruel. j

Il se glisse jusqu'aux ateliers, y pénètre, çrimpe par une échelle jusqu'aux greniers et là, sous des décombres, il 9C cache derrière un encheyêtrement de planches et de poutrelles.

Par les disjointures àts planches» des lattes, en faisant tomber avec son couteau le mortier qui les cimente, il se fait un trou grâce auquel il peut voir aisément dans la cour de la maison et dans le jardin qui descend vers la Meuse. \

Rien ne lui échappera de ce qui va se passer.

Il se couche, alors, le dos contre des bouteilles rangées en tas et, accablé par la fatigue de cette nuit, il s'endort, non pas d'un sommeil tranquille, mais d'un sommeil dont il se réveille à chaque instant, sous la morsure de quelque cauchemai* et sous la peur qu'il a de perdre quelque chose du spectacle pour lequel il est venu. '

FOUJLiilOÏK 37.

C'est le i&atiBi du jour béni : c'est r&obe du marîag-e.

Les b^penillards te gont disaipét, et après at^oir flotté un mimant sur la Meuse, oomme indécis et prôts à combattrd lo eoleil, ils ont uni par prendre la mite, par »e déchirer, se dissiper, s'évanouir et le ciel, un isistant embrumé après cette bataille, apparaît mainteoant dans toute sa pureté.

Le village est réveillé et c'est partout la vie joyeuse.

Une animation inaccoutumée règne à la Malavisée ; il faut recevoir les invités ; il faut habiller la mariée ; il faut s'occuper de tous les charmants préparatifs de ce jour de fièvre. C'est un va-e^vient continu, aflairé.

Blanche est radieuse ; Gilbert est heureux.

Dans les yeux de tous ceux qui sont là éclate la joie qui vient du bonheur de ces deux enfants.

Une femme, cependant, est parfois préoccupée : Sabine.

Qu'est devenu Thommeret ? Mais elle chasse cette idée importune, et se laissant aller à la félicité de ceux qui l'entourent, elle réussit à n'y plus penser.

Est-ce que Gilbert n'est pas tout pour elle ?

Et chaque fois qu'elle rencontre le regard du jeune homme n y voit-elle pas l'affection immense, la tendresse infinie qu'elle a su lui inspirer?...

Deux hommes, seuls, sont tristes et graves.

Joltran et Philippe.

Ils pensent au danger mystérieux qui menace cette fête.

Ah I s'ils le connaissaient, ce danger I II serait facile de s'y opposer, de l'écarter! Mais quel es^il?D'où vat-il venir?

Joltran avait dit à Philippe :

— Abandonne-toi à la joie de cette journée, mon fils. Laisse-moi veiller seul miv vofcre bonheur... Gel* suffit. »«

Il ne pouvait pas se douter que le danger était tout près.

Du grenier, Thommeret, inyisible, suivait tous les mouvements, tous les préparatifs de la fête.

Il vit à plusieurs reprises Joltran qui traversait la cour.

C'était cet homme qui avait fait de lui le misérable qu'il était devenu. Et le cœur de Thommeretse gonflait aô haine.

Il aperçut Sabine aussi, pâle, et pourtant les yeux heureux malgré tout ; il vit Gilbert, il vit Jenny !

Jenny !... la douce Tire-l' Aiguille !

Et en une seconde tout lo passé remonta dans sou esprit : la confiance qiie la jeune fllle avait eue en lui autrefois si grande, si complète, si naïve et qull avait si cruellement trompée ; et l'amour, l'amour chaste et fort dont il s'était joué !...

De là venait tout le mal I

Thommeret n'avait jamais eu de scrupules. Il n'avait jamais reculé devant aucune bassesse, devant aucune infamie.

Il en était rudement châtié.

Toute sa vie défilait là, devant lui, dans chacun de ces personnages qui se mouvait.

Et son fils, ce beau jeune homme, devant lequel il avait rou^i certain jour où il avait voulu lui annoncer sa paternité en lui révélant le déshonneur de la mère I

Il avait senti chez cet enfant, le sien, presque de la haine!

Il était seul, maintenant, dans la vie.

Il avait fait le vide autour de lui.

—Que m'importe, dit-il, je veux me venger... me venger terriblement... Je veux que le bonheur se change en deuil et que deiTière moi ne restent que des larmes.

Il tira son couteau, l'ouvrit.

C'était un couteau-poignard, dont la lame lar^e et aiguë était retenue par un ressort nui l'empêciiait de se refermer.

Il l'examina lentement avec uuie curiosité féroce.

Il l'avait acheté à Binant quelques heures avant son départ.

Il serra les doigts autom* du manche et leva l'arme, puis rapiderameat l'ab^ssa^ k plusieurs reprises.

Puis il la referma et la glissa dans sa poche.

Et il se remit à son observatoire.

L'heure de la cérémonie approchait.

Tout à coup il vit que Joltran et Phlippe, qui venaient de se rejoindre dans la cour, s^éloignaient de la maison et se dirigeaient lentement, en causant, vers les bâtiments de la verrerie.

lis paraissaient très inquiets et nerveux.

Thommeret prêta loreille et entendit les paroles qu'ils échangeaient.

— Je suis inquiet de ne recevoir aucune nouvelle... J'attendais une lettre par le courrier du matin... et le facteur ne m'a apporté que des lettres de compliments ou de souhaits de bonheur... et pas une nouvelle de lui... De huit heures à dix heures j'ai reçu également des télégrammes renfermiuit les mêmes souhaits et pas une dépêche de lui..,

— Je partage votre inquiétude.. • maijs vous avez conûance en /lii?

— Certes. Je crois l'a voir jugé. C'est un honnête homme, malgré les besognes assez avilissa-ntes qu'il accepte.

— Alors, soyez sûr qu'il n'a pas dfi quitter Vautre...

— Mais si Vautre a deviné la surveillance dont il était l'objet?...

— C'est possible.

— Et s'il a déjoué cette surveillance?

— - Nous en eussions été avertis...

— Je redoute quelqire malheur... L'autre a demandé un congé de auelques jours. Il devait partir de Dinant hier au soir. Nous le savions. Est-il parti ? Ou s*est-il ravisé?...

Philippe passa son bras sous celui de son père.

Ils s'éloignèrent en causant à voix basse.

Thommeret n'entendit plus rien.

Les dernières paroles des deux hi>mmes l'avaient fait tressaillir.

Tout d'abord, aux premiers mots qui lui arrivèrent, il n'avait rien compris. De q^ui s'agissait-il? Quel était celui-là dont on attendait la lettie ou le télégramme ? Quel était cet autre dont on paraissait tant redouter la présence ?

Puis, brusquement, à la fin, il avait compris I...

Ij' autre, c'était lui-même !

a^S FOUDROYÉ

h* autre f c'était Thommeret !

Alors, lui, Thommeret, avait donc été espionné, surveillé étroitement à Dinant et ses faits et gestes étaient fidèlement rapportés à Joltran ?

Ainsi, il avait beau faire, il n'échapperait jamais à rintellîffence surprenante, à la tenace perspicacité du verrier?

Il ferma les poings et eut un© sorte de gémissement de fureur, Et resjMon ? Qui était-il ?

Cet homme à la solde de Joltran, de l'ennemi implacable, comment ne l'avait-il pas deviné, démasqué ?

Maintenant qu'il était prévenu, il repassa dans sa mémoire tous ceux qu'il connaissait et qui lui paraissaient suspects.

— Antoine! dit-il, oui, Antoine, peut-être... Mais il n'eutpasle temps de prolonger ses réflexions. Un grand bruit de voix, un tumulte montait de la route qui borde la Meuse. Une foule envahissait le jardin, se dirigeait vers la maison. Thommeret ne pouvait rien voir encore et n'entendait que des clameui's confiises. Que sepaseaitril?

Le miatm, loamqoe le soleil avait dissipé les brouillards, soms la chaleur bienfaisante de ses rayons, Antoine était serti de son évanouissement.

Ses jambes étaient engourdies. 11 ne les sentait plus. Alors lui revint toute sa liberté d'esprit et le souvenir du danger qpii menaçait ceux qu'il avait accej)té la mission de défendre.

Il appela de toutes forces :

— A moi! à moi I Au secours î au secours ! n resta longtemps sans être entendu. Les rives étaient désertes. •

Puis, tout à coup, derrière lui, il perçut le craquement particulier du gouvernail d'un chaland remontant la Meuse, halé sur le chemin par des chevaux. H était étendu au bord de ce chemin.

Impossible ^'on ne le vit pas.

La corde <jui reliait les chevaux au chaland passa audessus de lui.

En même temps les chevaux s'arrêtaient.

Et une grofige iCHtf ... ' ' -IJUAi. ..vlilli^yjJ "■--""* -^ -^ V uvec l'accent be]|;0 :

rouDROYi 279

— Eh ! eh ! on a déjà bu un petit genièvre de trop, à ce matin.

— Pitié î pitié ! dit le pauvre homme... Transportezmoi à Monthermé. Ne me laissez pas ici plus longtemps... Je vous payerai votre temps, vous serez récompensé généreusement, je vous le jure...

— Eh bien, quoi ? Qu'est-ce qu'il y a, pour une

— J'ai les jambes brisées...

L'homme du halage se lut, dans la coup d« surprise.

II descendit sur la berge.

C'était un colosse roux, à largt eneolure, venant du pays wallon.

^- Les jambee briséea, ah ! mon Dieu, les jambes brisées !...

Les chevaux tiraient le chaland et s'éloignaient d'un pas régulier.

Alors, le Belge souleva Antoine dans ses bras, l'enleva et se mit à le porter, sans paraître se douter même du poids de ce fardeau.

Il le déposa doucement sur le sol, e» arrivant à la première maison de Monthermé.

— Est-ce que vous connaissez quelqu'un dans le village ? Est-ce que vous êtes du pays ? Où voulez-vous qu'on vous transporte T

— Je ne suis pas du pays... mais j'y connais quelqu'un... Conduisez-moi chez M. Joltran, à la verrerie de la Malavisée... N'ayez pas peur de le déranger, malgré le mariage d'aujourd'hui... On m'y soignera. Vite, vite... je souffre horriblement... Ayez pitié de moi...

Du monde s'était amassé autour de lui.

— Vous êtes justement devant la verrerie, mon pauvre homme... moi je ne peux pas quitter mes chevaux... Ces gens-là vont vous transporter...

Et c'était ce bruit, ces cris, ces exclamations de pitié que, dans sa cachette, invisible à tous, Thommeret avait entendus.

On déposa le blessé dans la cour et l'on alla chercher Joltran.

Thommeret voyait l'homme en face de lui.

— Antoine ! C'était lui ! Il aura pris le même train que moi... Il m'aura vu sauter... 11 aura voulu faire comme moi...

a8o FOUDROYA

Dans sa chute, en roulant le long du talus, la barbe blanche et la perruque de l'agent avaient été enlevées, avaient été projetées jusque dans la Meuse et le courant les avait emportées, étranges fleuïs nageantes s'en allant au fil de l'eau,

Joltran accourut avec Philippe. De loin ils avaient eux aussi, reconnu Antoine, voilà donc la cause de son silence, de son retard I Ils éloignent tout le monde, envoient chercher un médecin.

Antoine paraît plus cahne, presque content, maintenant.

— Mon pauvre garçon, <|ueToas est-il arrivé?

En quelques mots rapides, Antoine le leur raconte.

— De telle sorte, dit le verrier, que vous êtes persuadé que Thommeret ?. . .

— Thommeret rôde aux environs, en train de préparer un mauvais coup, à moins que...

— A moÎBS...

— Qu'il ne se soit tué dans sa chute en se jetant hors du train.

— On l'eût retrouvé déjà... A cette heure, nous le saurioas...

— Alors, puisqu'il est sain et sauf, veillez au grain... J'ai fait mon deroir en soldat... Présentement, a cause de mes cfoiHas démolies, je ne suis plus bon à rien I

C'était ïTieare du mariage.

Les elodi€S àe l'église sonnaient joyeusement.

Antoine lot transporté dans une chambre et le médecin arriva «iiâsitôt.

Le cortège »e fomia dans la cour ; on allait à pied à l'église, tout fxrès.

B&aàs cet iBiCident inexplicable pour tout le monde à l'exception de Joltran et de Philippe, avait jeté partout une vague inquiétude, presque de la terreur ; on devinait un mystère redoutable.

Dix minute» après, la tour était vide.

Hae heure se passa.

Le cortèfc rmiM; : (Hlbert et Blanche étaient mari et femme. Si dépit ^s pronostics, en dépit du mystère, le banil&eiir était i^cvenu. Ils se sentaient entourés de tant d'affection I

Joltran, à la mairie, leur avait dit :

— Soyez heureux ! Soyez heureux sans contrainte !

FOUDROTÂ a8i

Je vous en prie.... Je vous jure que rien ne menace votre bonheur... croyez en moi...

Et confiants, ils s'abandonnaient à leur joie, à leurs extases.

Tout raprès-midi se passa ainsi.

Comme une bête fauve dans sa tanière, Tliommeret couvait sa haine et pour sortir attendait la nnit*

La nuit vint.

Elle fut calme et douce, presque chaude.

Lorsque le dîner fut terminé, quelques groupes sortirent et se promenèrent dans la cour au clair de lune.

Joltran avait fait illuminer les jardins et Ton devait danser.

Ce fut donc vers le jardin que les invités se portèrent Ide préférence, là où était la vie, là où éclatait la gaîté.

Et la cour resta vide un moment.

— Voilà l'heure î murmura le misérable.

Il se leva.

La fatigue, la soif, la faim, il venait de tout supporter pour en arriver sûrement à l'heure qui venait de sonner enfin.

L'heure de sa vengeance, à lui.

Il sortit de l'amas de planches et de décombres et se glissa jusqu'à l'échelle dont le bas s'appuyait sur le sol des ateliers.

n descendit. Il entr'ouvrit la grande porte et regarda.

La lune éclairait la cour, et dans la cour, personne. Les domestiques étaient occupés à desservir, dans l'intérieur, et à préparer un buffet pour la nuit.

Mais à cet instant-là, Thommeret frémit violemment.

Il venait d'apercevoir, descendant le perron de la maison et comme enveloppée d*une baie lumineuse, une apparition charmante, un jeune homme et une jeune fille, s'appuyant l'un sur l'autre avec tendresse, se donnant leur amour et leur vie dans un regard.

Au pied du perron, au lieu de se diriger vers les jardins, lis nTiésitèrent pas, traversèrent mi cour et allèrent chercher, au bord de la rivière nrarmorante, un peu de solitude et un peu plus de mystère.

Thommeret se hasarda hors des ateliers.

Presque courbé jusqu'au ras du sol, il longea les

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bâtiments du côté opposé à la lune qui éclairait doucement la verrerie de la Malavisée.

Et lui, comme le couple des jeunes gens heureux, il gagna la rivière.

Dans le fond des jardins on entendait la musique di bal.

Tout le long des roches, au travers des broussailles Thommeret marchait, courbé, invisible, suivant d loin Blanche et Gilbert.

Pendant une demi-heure ils naarchèrent ain^i, enla ces, très près l'un de l'autre, et dans cette solitude charmante, que de fois de tendres paroles se murmurèrent, et que de baisers furent échangés ! '

Puis, ils s'arrêtèrent et revinrent sur leurs pas.

Thommeret se rasa dans les broussailles, derrière une roche.

Les deux jeunes gens n'étaient guère éloignés de lui de plus d'une centaine de pas.

Il les voyait distinctement grâce à la lumière de la lune.

Le cœur du mi p érable battait som'dement.

Il lui semblait que des hernies entières s'écoulaient entre chacun des pas que faisaient les amoureux pour se rapprocher de lui.

Il avait tiré son couteau-poignard.

Il l'avait ouvert.

Et la lune en fit briller brusquement la lame.

Alors, il la dissimula sous son paletot.

Comme ils marchaient lentement!... Et pourquoi s'arrêtaient-ils donc à chaque pas, ainsi, pour se dire des mots tendres, les lèvres près des lèvres ?. . . Pourquoi l'instinct ne leur criait-il pas cme la mort était 3à toute proche, menaçante, terrime, féroce dans la main d'un misérable.

Rien ne le criait à leur ftme.

Ils marchaient alangnis, souriants, dans une félicité divine.

Ils se rapprochaient cependant, si lentement que ce fût.

Thommeret comptait leurs pas. Bnfin, ils arrivèrent.

Et ils â*arrêtèrent, pour la centième fois.

Ils s'arrêtèrent devant lui.

Et Thommeret put entendre distinctement leurs paroles d'amour ;

vouDROvi a83

<1^— «1— — — ^^—^MiMi— i— I -

— ' Je t'aime... Je n'ai jamais été qu'à toi... Du jour oùje t'ai yne, toute ma pensée t'a appartenu... Une autre voix, non moins douce, répondait x — Je t'aime et toute ma vie est à toi... Ils passèrent lentement.

Thommeret se souleva. La route était toujours déserte. On était si loin de la verrerie qu'on n'entendait môme plus la musique du bal. Kt les amoureux étaient si occupés d'eux-mômes, qu'ils n'entendirent point les pas du misérable sur la route.

Il s'approcha, le conteau-poignard à la raain... Il fut prés d'eux sans qu'ils se doutassent... L'amour les rendaient aveugles et sourds...

n fit un bond, le poignard haut levé et le poig-nard •'abaissa sur le cou de Blanche, avec un éclair de lumière qui frappa la lame large et aiguë dans son tr£u et fulgurant.

Mais le poignard n'atteignit pas le cou. Un bras d*athlète l'avait arrêté en chemin, une main vigoureuse broyait la main du misérable et l'autre main lui serrait la gorge.

Thommeret ne poussa pas un cri.

Et l'homme — Joltran — le maintint ainsi, à la force de ses bras, debout, le portant presque, au milieu du chemin.

Pas un crî, pas un gémissement, pas même le moindre bruit n'avait troublé la solitude.

Et les amoureux, tout pleins d'eux-mêmes, s'avançaient dans la nuit, n'écoutant cpie leur cœur et n'ayant rien deviné...

Tout ïe temps qu'ils furent en vue, tant que Joltran put craindre qu'un appel ou un gémissement ne parvint jusqu'à eux, sa main ne lâcha pas le poignet du misérable, son autre main ne lâcha pas la gorge.

Thommeret, se sentant maîtrisé par une vigueur dix fois supérieure à la sienne, n'avait pas songé a opposer la moindre résistance.

H se voyait penîu.

Cette certitude avait été suivie d'un anéantissement absolu. Joltran l'entraîne.

Thommeret ne fait aucune résistance. Il se laisse emmener, passif. Ils marchent. pendant une heure. Et tout à covp Mir^k s^«rrête, le lâche, mais garde à la main le p^fflwrct ^*il Jbzî^ ^I^»*

— Tu vas mourir... Et c'est justice... Tu vas mourii et personne, je respère,ne saura ce que tu es devenu..,

Thommeret relève un moment la tête, comme avec une pensée de ré vol le.

n la baisse, terrifié, sous le regard implacable àv verrier.

— Voici ton poignard... Prends et frappe-toi!... n lui tend Farme.

Thommeret s'en saisit.

— Je te préviens qu'à la moindre tentative de fuite, ou si tu essayes de te servir contre moi de ton poignard, je t'étrangle...

Il tire un revolver de sa poche et regardant sa montre :

— Je te préviens en outre que je te donne une minute et que si dans une minute tout n'est pas fini je te tue.

Il remit la montre dans sa poche.

n arma le revolver.

Le misérable eut un regard circulaire, cijerchant si quelque secours étranger ne lui viendrait pas. Mais c'était le désert de l'eau, c'était le désert de la forêt de chênes bas qui couraient comme une épaisse toison le long de la montagne.

Aucune espérance, aucun secours : c'était le châtiment.

Alors, il leva le couteau et son bras s'abaissa avec rage.

Le couteau tout entier disparut dans sa poitrine.

L'homme tomba sur un genou, tout d'anord, essaya de se relever, puis i*oula le long du talus.

Au bord de l'eau il se retint à des toufl'es d'herbe.

Puis il resta immobile, les bras à moitié dans l'eau.

Joltran resta là, d^)Out, grave, pensif, devant ce cadavre.

Il avait évité tout acandale et il avait châtié.

Nulle épouvante n*afîaibliraitla joie de cette journée, >our tous ceux qui s'égayai^at là-bas, dans les jar-

Au bout d'un quart d'heure, sans que rien l'eût dérangé dans cette contemplation tragique, il se pencha sur le corps.

Le cœur ne nattait plus. Le sang ne coxilait plus.

Thonmieret était bien mort.

JoUran ramaiM U poignard et le lança dans la rivière.

Celle-ci était profonde en cet endroit et coulait lumultueuftement. Il poussa 1« corps jusq '^ ce qu'il fût à moitié dans Teau. Le courant Vem rta tout à fait et il disparut dans les profonileurs.

Il revint à pas lents jusqu'à la verrer;

Bientôt les sons ds l'orchestre arrivèreiu jusqu'à ses oreilles.

Il murmura :

— Je voudrais revoir mes enfants... J'ai quelque chose de très lourd sur le coeur... Leur vue me ferait du bien...

Il les chercha. Il les aperçut, assis l'un auprès de r&ulre, auprès d'un massif, la main dans la main, les yeux près des yeux.

Il s'approcha sans être vu par eux.

— Je t'aime, disait une voix.

Qui disait cela ? Il ne le sut.

— Je t'aime disait une autre voix.

Quelle était-elle ? Il ne le sut.

Il s'esquiva, le cœur plus léger.

Il avait fait son devoir.

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