Abréviation de Maria del Rosario, Marie du Rosaire
louse, derama sal y perdona vidas , s’alliaient chez elle à la richesse du sang européen. Après un tel éloge, toute description deviendrait superflue. Elle était donc au fond de ces déserts comme la fleur du cactus, qui, selon une tradition, s’épanouit et meurt de onze heures à minuit, sous l’œil de Dieu seul, sans qu’il soit donné à aucun «il humain d’admirer ses couleurs, sans que l’odorat puisse se délecter à son parfum.
La plaine immense au milieu de laquelle était située l’hacienda del Venado avait un double aspect. Le côté de la plaine qui regardait la façade du bâtiment offrait seul des traces de grande culture. Des champs de maïs à perte de vue, de vastes plantations d’oliviers, révélaient la présence et les travaux de l’homme.
Derrière l’hacienda, à quelques centaines de pas du mur de clôture, le défrichement cessait, et des forèts encore vierges s’étendaient dans leur sombre et primitive ma- Jesté.
La partie cultivée ‘était arrosée par un assez large cours d'eau. Pendant la saison sèche 1] coulait lentement, quoique en bouillonnant contre les pierres arrondies qui obstruaient son lit; mais dans la saison des pluies ce cours d’eau se changeait en torrent impétueux, qui roulait ces pierres énormes comme la lame roule les galets sur la plage, inondait parfois la plaine et reculait chaque année les berges qui l’encaissaient.
Le plus puissant des chefs arabes, le plus riche des patriarches de l’ancien temps, ne compta jamais de plus superbes et de plus nombreux troupeaux que don Augustin Pena dans ses immenses pâturages.
Une heure avant le coucher du soleil, deux hommes traversaient la plaine pour gagner l’hacienda, l’un monté sur
1. Locution intraduisible, mot à mot : répand du sel et épargne la vie. Cela vient du mot salsro, qui sert à exprimer la superbe et voluptueuse allure des Andalouses en marchant.
un cheval, l’autre sur une mule. Le cheval et la mule étaient chacun dans son genre un des plus beaux échantillons de l'espèce ; l’un avec sa fière encolure, son large poitrail et son cou de cygne, l’emportait à peine sur la mule aux fines jambes, aux flancs arrondis et à la croupe luisante, qui marchait à ses côtés.
Le premier cavalier était le maître de l’hacienda : son costume se composait d’un chapeau de paille de Guyaquil, d’une chemise de fine et blanche batiste, sans veste, et d’un pantalon de velours, à boutons d’or, serré sur les hanches. Le second, monté sur la mule, était le chapelain de l’hacienda, un révérend moine franciscain au froc bleu, à la ceinture de cordes de soie, à la robe cavalièrement retroussée au-dessus de ses bottes de cheval armées de longs et sonores éperons ; un large feutre gris, assez arrogamment posé de côté, achevait de donner au franciscain une tournure plus soldatesque que monastique.
L’hacendero semblait jeter un regard d’orgueïl sur ces immenses richesses qui l’entouraient et qui, selon lui (et nous sommes fort de son avis), étaient bien supérieures à des lingots d’or entassés dans un coffre-fort. Quant au moine, il paraissait absorbé dans une préoccupation trop puissante pour faire attention au spectacle d’opulence grandiose que lui présentait la plaine.
« Par saint Julien, patron des voyageurs, disait don Augustin, depuis vingt-quatre heures que vous êtes absent, je craignais, révérend père, que quelque jaguar ne vous eût englouti, vous et votre mule.
— L'homme propose et Dieu dispose, reprit le moine: je n’étais parti, 1] est vrai, que pour quelques heures, afin de donner la sépulture chrétienne au pauvre Joaquin, éventré par un taureau, et j'avais béni la terre où on l’avait enterré, quand un jeune homme à cheval arriva comme un éclair, la figure bouleversée et les traits en désordre,