‹ Le coureur des bois, ou, Les chercheurs d'orChapitre 58 sur 60 · Peau de daim tannée · texte numérisé non relu

Peau de daim tannée

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l'or en ont trouvé un gîte semblable à celui-c1; mais ils sont seuls, et le moment est arrivé où il faut leur faire voir que ce trésor n'appartient qu’à nous. Nous ne pouvons tuer des chrétiens comme des chiens ou des Apaches, ce qui est la même chose; nous les sommerons donc de se rendre à discrétion. »

En disant ces mots, Bois-Rosé se relevait lentement, semblable à l'aigle agitant, avant de les déployer dans toute leur envergure, les puissantes ailes dont le vol rapide va le jeter dans la foudre de son aire élevée jusqu’à la plaine.

Rassurés par l’examen des lieux, qui paraissaient complétement déserts, Oroche et Baraja, remontés sur leurs chevaux, avaient fait signe à don Estévan et à Pedro Diaz, restés en arrière, de venir les rejomdre.

Les deux éclaireurs, bien qu’éblouis par l’aspect étincelant du val d’Or, n’avaient pu méconnaïître sur le sable les empreintes laissées par Cuchillo. Ils attendaient l’arrivée de leur chef pour prendre ses ordres à cet égard.

Tous deux, comme Cuchillo et Pepe, avaient simultanément ressenti au cœur la morsure du démon de la cupidité.

Ces lieux sombres, ces gorges solitaires, la certitude d’être les seuls dans tout le camp à partager avec don Estévan et Diaz le secret de ce placer dont la vue donnait le

vertige, tout murmurait à leurs oreilles de sinistres conseils.

Si don Estévan, si Pedro Diaz ne retournaient plus au camp, Baraja et Oroche restaient seuls. Plus tard Oroche et Baraja verraient à se défaire l’un de l’autre. Telles étaient les pensées qui traversaient l’âme des deux éclaireurs, et qu'exprimaient un regard échangé entre eux quand les cavaliers vinrent les rejoindre.

« Nous avons vu les traces de Cuchillo, dit Baraja, et, si nous voulons le prendre, il faut visiter avec soin ces montagnes.

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— Cuchillo a vu le trésor, et il ne doit point nous échapper, ajouta Oroche. Je pense comme Baraja qu'il a dû aller se cacher dans ces gorges, où il espère que nous ne le suivrons pas.

— Seigneur don Estévan, dit Pedro Diaz, je suis d’avis à présent que nous retournions au Camp. »

Don Antonio hésita un instant, pendant lequel Île cœur de Baraja battit violemment commme celui d’Oroche.

Le conseil de Diaz était bon à suivre, et les deux drôles le sentaient mieux que personne; mais il était trop tard.

Du haut de la pyramide, les trois chasseurs embusqués tenaient à portée de carabine ceux dont ils avaient surveillé tous les mouvements, et qui désormais ne pouvaient plus fuir.

Un terrible réveil allait dissiper les rêves de convoitise de Baraja et d’Oroche.

« Il est temps! dit Bois-Rosé.

— Ïl me faut don Antonio vivant, dit brièvement Fabian; arrangez-vous d’après cela; le reste m'importe peu. »

Comme 1l achevait ces mots, le Canadien se dressa sur ses pieds de toute sa hauteur; il poussa un cri qui retentit subitement aux oreilles des quatre nouveaux venus et leur arracha une exclamation de surprise que vinrent redoubler encore la taille gigantesque du Canadien et son singulier accoutrement.

« Qui êtes-vous et que voulez-vous ? s’écria une voix que Fabian reconnut pour être celle de don Antonio.

— Qui nous sommes ? répondit le chasseur. Je vais vous le dire et vous rappelèr d’abord une vérité que l’on ne conteste jamais dans mon pays ni dans le désert, c’est que la terre est au premier occupant; or, puisque vous ne nous avez pas vus arriver, c’est que nous étions ici avant vous. Nous sommes donc les seuls maîtres de ceslieux. Ge que nous voulons, c’est que vous vous retiriez de bonne grâce, c’està-dire trois d’entre vous, et que le quatrième se livre à notre

discrétion, pour lui rappeler une seconde loi du désert, celle qui veut du sang pour du sang.

— C’est quelque anachorète à qui la solitude a troublé la cervelle, dit Pedro Diaz, confondant avec un paisible solitaire le terrible frère de la carabine et du couteau.

— Prenez garde! fit Baraja, je connais cet homme : c’est le plus redoutable tueur de tigres que j'aie jamais vu. Tenez, Diaz, nous n'avons pas de chance.

— Et que m importe ! ? s'écria Pedro Diaz.

— Demander qu’on cède, sans coup férir, un placer comme il n’en a jamais existé | Devant un pareil trésor, l'ami, s’écria Oroche en montrant le val d'Or, on se fait arracher les entrailles du corps plutôt que de le céder à personne.

— Vousl’aurezvoulu, reprit flegmatiquement le Canadien.

— Attendez, dit Pedro Diaz, je vais terminer la conférence d'un coup de fusil.

— Non, s’écria Mediana en l’arrétant, voyons d’abord jusqu'où ira la folie de cet étranger. Et quel est celui d’entre nous, l’ami, s’écria-t-il d’un air ironique, à qui vous voulez enseigner la loi du désert ?

— À vous, ne vous déplaise, s’écria la voix de Fabian, qui se montra tout à coup au même instant où Pepe se levait aussi à son côté.

— Ah! c’est toujours vous! » répondit Mediana d'une voix que la rage et la surprise étouffaient au passage.

Fabian s’inclina profondément.

« Et c’est moi qui vous suis pas à pas depuis quinze jours, s’écria Pepe, et qui rends grâce à Dieu de pouvoir solder enfin un compte vieux de plus de quinze ans.

— Qui êtes-vous ? demanda don Estévan en cherchant en vain à deviner à qui il avait affaire, tant les années et le costume qu’il portait avaient changé l’ancien miquelet garde-côte.

— Pepe le Dormeur, qui n’a pas oublié comme vous son séjour : au préside de Ceuta. »

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À ce nom qui lui expliquait la menace de Fabian au pont du Salto de Agua, don Estévan perdit tout à coup l’air de mépris qu'avait jusque-là porté sa physionomie. Un soudain pressentiment l’avertit que sa fortune touchait à son déclin. Il jeta autour de lui un regard d’inquiétude.

Les rochers élevés qui, d’un côté, formaient l’enceinte du val d'Or, pouvaient le protéger contre le feu des chasseurs, maîtres de la plate-forme. Un court espace l’en séparait et un instant la prudence lui conseilla de s’élancer vers cet abri; mais son orgueil révolté le fit rester en place.

.. « Eh bien, vengez-vous donc sur un ennemi qui dédaigne de fuir ! cria fièrement le noble Espagnol à Pepe.

— Ne vous a-t-on pas dit, répliqua froidement ce dernier, que nous ne voulons vous prendre que vivant? »

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