‹ Le cousin du roi comédie en un acte, en versChapitre 5 sur 32 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ANGÉLIQUE, ritnt.

Vous rêverez toujours !

' DESMARRES

Que de fleurs sur sa lèvre !

Blanchisseuse sans tache, ô nymphe de la Bièvre, Gageons que, sur ses bords endormis, on peut voir Lès Amours, accourus au bruit de ton battoir!

ANGÉLIQUE, insistant.

Monsieur Dufresny?

Certe, il est bien loin ! La preuve?

Lui faisant rcmarciucr le désordre du mobilier.

Regarde autour de toi.

ANGÉLIQUE

Mon Dieu!

DESMARRES

Sa maison veuve

Le pleure avec des airs contrits. Telle Didon Appelait Enæas perdu.

ANGÉLIQUE

Quel abandon !

Comment vit-il, lui fier, et d’un si haut lignage, Dans les meubles flétris de ce pauvre ménage?

DESMARRES

Eh! ce sont là nos mœurs! Les poètes, vois-tu. Ceux-là cherchant l’amour, et ceux-ci la vertu, Tiennent en grand mépris le train de ce bas monde.

ANGÉLIQUE

Ils vivent comme nous, pourtant !

' DESMARRES

Erreur profonde.

Ils songent !

On va loin ainsi ! mais le retour?

DESMARRES

Tiens, ne connais-tu pas Biancolelli? L’amour L’a coiffé d’une infante aux façons de tigresse...

ANGÉLIQUE

Une actrice? Je sais, on la nomme Lucrèce.

DESMARKES.

Lucrèce même. Eh bien ! pourvu que chaque soir

Il puisse sans rien dire à ses côtés s’asseoir,

Et qu'il la chante en vers pleins de feux et de glaces, Il s’inquiète peu de sortir sur les places Dans un habit funèbre à sa mine assorti,

Et de rentrer à jeun, comme il était sorti.

ANGÉLIQUE

Que dit la dame ?

Rien. La Lucrèce est trop belle Pour choyer un Tircis qui n’a que sa cervelle.

Mais notre camarade est content de son sort :

Pourquoi pas ?

ANGÉLIQUE

Pourquoi pas! Je trouve qu’il a tort,

Quand la dame serait duchesse, ou reine même !

Et si j’aime quelqu'un, plus tard, je veux qu’il m’aime.

DESMARRES

Nous t’aimerons, morbleu !

ANGÉLIQUE

Vous!

DESMARRES

Oui, charmante. Mais

Comprends-nous ! Et d’abord, ne t’avise jamais D’un mot qui nous engage à régler notre vie.

Dufresny me ressemble, et n’a pas cette envie!

Dans nos pièces, la dame et son sublime amant Agissent dignement et régulièrement : .

C’est Chimène et Rodrigue, Antoine et Cléopâtre,

C’est le vrai paradis des femmes... au théâtre!

Mais, le rideau baissé, nous fuyons tout devoir,

Avec importance.

Toute gêne, et chacun a peine à concevoir, Lorsque nous promenons nos façons insolentes, Que nous ayons pondu des scènes si galantes!

ANGÉLIQUE

Quel est ce nous?

DESMARRRES.

Nous tous! le troupeau qu’Apollon Mène paître au Parnasse avec son violon !

C’est Dufresny, c’est moi...

ANGÉLIQUE

Pardon, monsieur Desmarres!

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