‹ Le Cousin du roiChapitre 18 sur 32 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Héroïsmes mondains, miraculeux tableau !

Tout a cessé, Phœbus est mort clans une éclipse, Et l'Éden d'autrefois cachait l'Apocalypse ! Le bonheur! Ah! voyez les parcs à l'abandon, Et Boileau vieillissant qui pardonne à Pradon ! Ils sont passés les jours des combats et des fêtes ! Que chanteraient encor les nymphes des poètes? Le roi n'est plus aux bords du Rhin"! Non, à Marly, Ermitage et prison, il s'est enseveli, Tandis qu'à ses côtés veille, gardant la porte. Le spectre de la vieille en robe feuille morte, Qui, victime deux fois d'un hymen incomplet, Bâille avec Pharaon plus qu'avec Jodelet!

LUCRÈCE

La Maintenon n'est pas chez nous !

BIANCOLELLI.

On boit au Temple, Buvons ailleurs !

DDFRESNY.

Le vin s'aigrit!

BIANCOLELLI.

Donne l'exemple Aux poltrons! Toi qui sais trouver des mots si doux, Poëte, viens aussi... ne rien faire, avec nous!

LUCRÈCE

Laissons-nous tous les trois mener par la folie

Vers ma terre natale! Italie! Italie!

C'est le cri de mon cœur sous ce climat brumeux!

Quand fuiront les oiseaux, nous partirons comme eux,

Et nous retrouverons parmi les mélodies

Lebon nid gazouillant des vieilles comédies,

Où toute la nichée au plumage vermeil

Fait éclater son rire en face du soleil !

Oui, nous irons toucher du pied les mosaïques,

Nous bercer dans la brise où passent les musiques,

Et rire avec Boccace au pied des orangers!

Ou, si vous avez peur de mes champs étrangers,

Nous pourrons dans vos bois, qu'un nouvel art décore,

Arranger pour nous seuls une Italie encore,

Et, dans quelque séjour par vos soins embelli,

Près du riant Aulnay retrouver Tivoli !

BIANCOLELLI.

Laisse le champ stérile et nu que tu défriches,

I "rends ton bâton de route et viens, nous sommes riches!

DUFRESNY, rêveur.

Non ! avoir de l'or, c'est savoir qu'on en a pas ! Sur votre pas, d'ailleurs, puis-je régler mon pas? Comme à ce qui me hait sauvage à ce qui m'aime, J'ai, vous le savez bien, quitté le roi lui-même Par amour de l'espace et non pas par fierté. Je n'estime ici-bas qu'un bien : ma liberté !

BIANCOLELLI .

0 l'esclave éternel qui ne veut pas de chaînes !

LUCRÈCE

Malgré l'automne, il est encore sous les chênes Festonnés par la mousse, un coin de gazons verts : Adieu, nous allons être heureux !

BIANCOLELLI.

Toi, fais des vers!

DUFRESNY

Adieu, Jeunesse !

LUCRÈCE avec raillerie.

Adieu!

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