SCÈNE XII
PAULIJNE, FRÉDÉRIC. (Pauline dans le pavillon a entendu les dernières phrases- elle reste sur les marches de la porte.)
PAULINE , à part.
Sans témoins. .. ici , dans une liciirc
1 RÉDÉllIC.
J'ai peut-être eu tort de ni 'avancer ainsi avec le voisin ; mais c est lui ({ui m'a nrovoqué, moi je suis sur de mon l'ait... Allons lui donner satisfaction.
PAULINE, s'avançant.
Non, monsieur la niauvaise tète, vous n'irez pas.
FHÉDÉRTC.
Pauline I
PAULINE
J'étais là... et je semble y avoir été amenée tout exprès pour vous empêcher de faire une sottise.
FUÉDÉUIC,
Une sottise... (A part.) Elle s'exprime avec une yrace... on dirait un compliment... (Haut.) Ma jolie cousine, j'ai donné ma parole... d'ailleurs il n'y arien à craindre.,, c'est un honnête homme !
PAULINE
Eh bien! monsieur, est-ce une raison pour le tuer?
FRÉDÉRIC, étonné.
Pour le tuer 1
PAULINE
Oh! j'ai bien entendu... dans une heure... sans témoin... N'avez-vous pas de honte... à peine arrivé , vous battre... et avec qui?... avec le mari de ma sœur.
FRÉDÉRIC , au comble de la surprise.
Qu'est-ce que vous dites donc?
PAULINE , effrayée.
Ah ! mon Dieu... et moi qui lui ai appris cela sans mémajjeuïens.
Avec le mari d Amélie... Amélie est mariée.
( 20 ) PAULIHE.
Ce n'est pas sa faute.
FRÉDÉRIC, en colère.
La perfide !... et quand j'arrive ici plein de son image, ne vivant, ne respirant que pour elle....
PAVLIAE , à part.
Heureusement il n'a pas ses pistolets.
FRÉDÉRIC , se calmant tout-à-coup.
Elle est mariée I... Oh I les femmes, les femmes!
PAULIKE
Il se de'sespère tranquillement , comme un homme raisonnable.
Et... à quelle époque... ai-je été trahi, sacrifié par Amélie?... Faut-il le demander? depuis la dernière letti'e qu'elle m'a écrite.
PArLINE.
Non , mon cousin... c'est avant la première.
FRÉDÉRIC, stupéfait.
Avant! Alors, pourquoi me le cacher en m'écri-
vant ?
PAVLIKE.
Pourquoi?... N'aviez-vous pas promis de vous tuer si ma sœur se mariait — Le moyen alors de vous dire la vérité ?
Air : De Léocadie.
En apprenant cette nouvelle, Dites-moi , ne pouviez-vous pas Vouloir toujours mourir pour elle ?
Mon cousin , quel cœur assez bas Aurait causé votre trépas !
Du nœud qui liait Amélie , Si l'on vous a fait un secret, On voulait vous sauver la vie j Et voilà... oui, voilà tout ce qu'on voulait. FRÉDÉRIC.
Non , non , Pauline , ce motif n'a point été celui de votre sœur Il y aurait eu là quelque générosité —
tandis qu'il n'y en a point dans ces lettres — Ohl je lest
sais par cœur les premières étaient effectivement
froides embarrassées... on voyait que la main qui les
écrivait n'était point familiarisée — avec une semblable correspondance.... (ici Pauline Laisse les yeux.) Mais peu à peu cette contrainte a disparu , son langage est devenu plus amical, ses lettres moins sérieuses, plus tendres ; il y régnait un mélange d'esprit, de candeur, de sentiment , et tout cela si naturel ! — Ali! si vous connaissiez sa correspondance, c'est à se mettre à genoux devant... La mienne était brûlante, j'en conviens; aussi ces maudites lettres m'ont rendu mille fois plus amoureux; j'étais d'une sécurité! d'une fidélité quand je pense
que j'ai refusé la nièce du préfet.
PAULINE
Comment , Monsieur , vous auriez été capable d'épouser?. . .
FRÉDÉRIC, comme frappé par un souvenir.
Et moi qui ai été me vanter de ces lettres à M. de Neubourg !
PAULINE
Vous avez osé....
C'est sa faute il a voulu faire de la diplomatie avec
moi.... Mais ce n'est encore rien Il m'a tellement
poussé à bout que j'ai promis de les lui montrer.
PAULINE
Vous n'en ferez rien , n'est-ce pas, Frédéric si vous
avez quelqu amitié pour moi ?... Vous ignorez tout le chagrin que vous me causeriez.
Air : Faisons la paix. {Mxisoii nvTwBOVJ^G.)
On se taira , Mais c'est pour vous seule , Pauline ;
A vos vœux on obéira; Et puisqu'un éolat vous chagrine On se taira.
PAC LIME, à part.
Il se taira, De cette imprudence funeste Aucun ne me soupçonnera , Et mon secret encore me reste ; Il se taira.
Comptez sur ma parole... (A part.) Me voilà }>ucn de l'amour pour toute ma vie... Au moins jusqu'à ce que... ( Regardant Pauline.) Ne jurons de rien... (Il sort par la droite.)