SCÈNE XI
NEUBOURG, puis FRÉDÉRIC.
Ouf! je n'en puis plus... ce parc est d'une longueur.... je ne l'avais jamais trouvé si {j;raud.
PiELBOURG.
Monsieur vient de le parcourir.
I ' Deux fois , en long et en large : rien que cela, jolie promenade militaire.
NEUBOURG
Oh ! alors vous devez être fatigue' I
Amélie n'était déjà plus à sa toilette, on la croyait dans le parc... j'y ai couru... je l'aurais bien demandée aux échos... mais il n'y a pas d'échos dans le parc.
TfEUBOURG.
Elle sort d'ici à l'instant.
Et vous ne m'avez pas fait prévenir... ce n'est pas d'un bon voisin.
NEUBOURG
Je vous avoue que je n'y ai pas pensé.
Elle vous a parlé de son cousin Frédéric.
NEUBNURG.
Beaucoup.
FRÉDÉRIC, enthousiasmé.
Femme charmante ! ta constance sera récompensée.
NEUBOURG
Mais si je l'en crois , son cousin se flatte un peu.
C'est qu'elle se sera défiée de vous... elle ne vous a pas tout dit.
NEUBOURG
Amélie n'a rien de caché pour moi , je suis son meilleur ami !
Il y a des choses qu'une femme ue dit pas même à son încilleur ami.
KEUBOURG.
Ne serait-il pas plus naturel de penser que le temps et l'absence ont produit sur Amélie leur elfet ordinaire et amené quelques moditications dans ses sentimens?... Les promesses s'oublient , vcrba volant.
Oui, mais scripta manent.
NEUBOURG, surpris.
Comment , scripta ?
Oui , monsieur, scripta... ce latin-là est français, j'espère.
NEUBOURG
Yous avez des lettres d'Amélie?
Des lettres... charmantes... du Sévigné.
NEUBOURG
11 est impossible que mademoiselle de Révennes se soit oubliée...
Oubliée!.... en écrivant à son mari?... (Mouvement de M. de Neubourg.) Je sais bien que je ne le suis pas encore... mais de loin , c'était la même chose pour elle. Air : Dans un castel, etc.
Pendant trois ans qu'a duré mon absence , Toujours lidcle au plus cher de mes vœux , Je me livrais à la douce espérance De voir l'hymen nous unir tous les deu.\. Loin du séjour de cette àinc angélique , Eh me créant un bonheur idéal , Je débutais par l'amour platonique Pour arriver u l'amour conjugal.
NEUBOURG
Je ne croirai jamais à cette correspondance.
Prenez garde , vous me poussez à bout.
NEUBOURG
J'ai de grandes raisons pour douter de l'existence de ces lettres.
Eh bien! vous les veiTez... avec vous, c'est sans conséquence... maissoyez discret, je ne les ai encore montrées qu'à mon clief d'escadron et à deux olUciers de mon régiment qui s'occupent de littérature.
«EUBOURG.
Je serai enchanté d'ètie puni de mon incrédulité I
Vous le serez.
KEUBOLRG.
Quand ?
Le temps de défaire mon porle-manteau; ces lettreslà ne me quittent jamais — c'est un talisman.
NEUBOURG
Ainsi , dans une heure ?. . .
Dans une heure , soit.
NEUBOURG
Ici?
Ici Je ne suis pas fâché de l'occasion , il y a longtemps que je ne les ai vues... nous les lirons ensemble.
NEUBOURG , avec un rire forcé.
Cela me fera infiniment de plaisir.
Vous admirerez la fraîcheur des pensées, la délicatesse du style... notre gros-major, qui lit Voltaire, voulait cjue je les fisse imprimer... avant mon maririage , fi donc! Ah ! ça, vous voyez combien je tiens au plus grand secret !. . ainsi, dans une heure, ici... tous deux... sans témoins...
NEUBODRG.
Dans une heure, je serai exact au rendez-vous.
( Il sort à gauche. )