SCÈNE XVII
FRÉDÉRIC, NELBOURG.
FRÉDÉRIC , entrant adroite.
Comment!... déjà ici. .. monsieur?
KECBOURG.
A mon âge on n'a pas de temps à perdre... et je suis sûr... qu'à ma place.... vous seriez impatient de voir ces lettres charmantes.
A maplace, vous seriez fort embarrassé de les montrer.
NEUBOURG
Embarrassé I .. . Souvenez-vous de votre promesse.
II faut être franc — ce que je vous ai dit est faux.
NELBOURG.
Faux !
Piqué de votre incrédulité , l'amour-propre , la vanité s'en sont mêlées... Un lieutenant de hussards n'fst pas obligé d'être parfait... J'ai eu tort, j'en conviens , je ne
crains pas de l'avouer; je le dis hautement ma cousine
Amélie ne m'a jamais écrit.
NEUBOURG
Jamais!... Vous en êtes bien sûr.
Si j'en suis sûrl... Je voudrais bien que quelqu'un osât me soutenir le contraire.
NEUBOURG
Puisqu 'Amélie ne vous a pas écrit, comment se fait-il que vous lui ayez répondu.
Moi , monsieur ! ah ! par exemple !
NEUBOURG
Voici vos réponses.
Mes...
(27 ) WEUBOURG.
Vous êtes interdit?...
rRÉDÈllIC.
Interdit!... (A part. ) Je ne sais ]ilas que dire. (AM.de Neubourg. ) D'abord, monsieur le comte , de qui tene^i-vous ces lettres?
iNEUBOUUG.
C'est mon secret.
En ce cas, c'est une trahison — ce n'est plus de la diplomatie.
NEUBOUHrr.
Ces lettres sont-elles de vous? sont-î^llcs adressées à mademoiselle de llévennes? répondez.... j'agis franchement.
Je vois qu'il n'y a plus moyen de ri(!n vous cacher; vous voulez connaître la vérité. (A part. ) Vite un mensonge.
NEUBOURG
Je vous écoute.
FRÉDÉRIC , avec emphase et embarras.
L'adresse de ces lettres ne prouve qu'une chose, l'amitié , le dévouement de ma cousine... car, monsieur, ces lettres n'étaient poiut pour elle, elles ne sont pas même de moi, ce qui est bien plus fort... Amélie s'était liée en
pension avec une jeune persojine charmante vous me
permettrez de vous taire son nom, ce n'est pas mon secret... si c'était mon secret, vous savez bien... Or, retenez ceci... cette jeune personne était aimée... adorée d'un officier de mon régiment. . . un ami intime , qu'une blessure au bras droit retenait dans son lit... Vous me suivez bien?. .
Dans cetle circonstance je lui ai servi de secrétaire
c'est une chose toute simple... vous en auriez fait autant
à ma place ma cousine, sous le couvert de laquelle
ces lettres étaient adressées , les transmettait à la jeune
Sersonne , qui, de son côté... Nous n'étions pour rien ans cette alfaire , ce n'était pas pour elle , ce n'était pas pour moi , et voyez , monsieur, comme le hasard peut envenimer la chost; la plus innocente ; un peu de lanhi-
ronnade de ma part , beaucoup de crédulité de la vôtre , pouvaient faire naître des soupçons... qui, lieureusenient , ne pouvaient pas tenir contre une explication aussi franche et aussi claire.
NELBOrRG.
Mais, monsieur, je ne vois pas que cette explication...
Je vous la devais, monsieur, et je n'aurais pas quitté le château sans avoir rempli ce devoir.
ISEUBOURG , étonné.
Quitter ce château I
Une affaire imprévue... un ordre du ministre me force de m'absenter ; mais soyez sans inquiétude... je reviendrai.... (En sortant.) Le diplomate ne sait plus où il en est. . . (II sort à gauche. )