NEUBOURG , AMÉLIE
AMÉLIE, entrant à droite.
Eh ! bien mon ami , c'est une chose arrangée , je viens de voir Pauline... son cousin sait tout et cela s'est fort bien passé.
KEUBOURG.
Oui... nous venons d'avoir ensemble une explication singulière. (Blouvement d'Amélie. ) Rassurez-vous , Frédéric est un homme d'honneur... et surtout un garçoii d'esprit.
AMÉLIE
Que cet éloge me plaît dans votre bouche I
NEUBOTJRG.
En vérité?
AMÉLIE
Yous ne savez pas?... il m'était venu une idée que je veux vous soumettre , il faut {garder Frédéric avec nous.
HEUBOUIIG.
Plaît-il?
AMÉLIE
Pauline est jolie , aimable , spirituelle ; elle ne tardera pas à fixer les sentimens de Frédéric.
KEUBOUE.G, à part.
Ce langage... cette sécurité... (Haut.) Ecoutez, Amélie; Frédéric , j'en suis convaincu , n'a point reçu la lettre qui lui annonçait notre mariage... mais vous, depuis deux ans , n'avez-vous reçu aucune lettre de lui ?
AMÉLIE
Aucune... Cette question... et le ton dont elle est faite pourraient m'inquiéter ; mais, non, vous aimez votre femme... vous avez de la confiance en elle.
KEUBOURG.
Si j'en ai. ( Lui donnant les lettres. A part. ) C'est le cas d'être franc. ( Haut. ) En voici la preuve.
AMÉLIE
Des lettres à mon adresse!... décachetées! Ah! monsieur de Neubourg... Je ne me permettrais pas...
KEUBOtJRG.
En diplomatie on se permet bien des choses... Ce n'est cependant pas moi, et vous devez le savoir, qui ai reçu et décacheté cette correspondance.
Amélie.
Que vois-je, ô ciel ! des lettres de Frédéiic ! le timbre de la poste !
KEliBOURG.
Lisez , lisez.
AMÉLIE, lisant.
« Mon Amélie , combien je suis touclu- do l'intérêt que « vous prenez à moi... Vos tendres inquiétudes m'atlacheul
« à la vie, et me font chérir une existence que je dois vous « consacrer. A'otre dei'nière lettre. . . » C'est une imposture 1
NEUBOURG , avec joie.
Une imposture î...
AMÉLIE
Oui , monsieur, oui , je veux le voir , lui parler à l'instant même. ( Elle rend les lettres à 31. de Neubourg. ) NErBOUTlG.
Amélie I... ta parole me suffit.... elle est pour moi un garant plus sacré que tous les écrits du monde... Frédéric a senti c|ue sa présence au château était au moins inutile ; il s'apprête à le quitter, laissons-le partir.
AMÉLIE
Il part? (Appelant.) Germain ! Germain I
NEUBOURG
Que vas-tu faire ?
AMÉLIE
Mon devoir.
(Elle tire une feuille de son agenda, et elle écrit rapidement.) MEUBOLEG, à part.
Non.... cette indignation n'est pas feinte, et j'aurais tort d'en conserver le moindre doute. . . AMÉLIE , à un domestique.
Portez ce billet à M. de Moniac... je l'attends i<:i , sur-le-champ.
NEUBOURG
Cet entretien est inutile.
AMÉLIE
Non , mon ami , je crois à votre confiance , mais je dois songer à l'avenir; peut-être un jour regretteriez-vous d'avoir laissé échapper l'occasion de faire éclater l'innocence de votre femme ; vous me reprocheriez alors d'avoir cédé trop complaisamment au désir que vous me témoignez aujourd'hui.
Air ; A l'espoir mon cœur s'abandonne.
Croyez-moi, point de résistance, 11 faut que tout soit éclairci.
NEUBOURG
Quoi! vous voulez qu'en ma présence...
AMÉLIE, montrant le pavillon.
Oui, vous nous entendrez d'ici.
NEl-BOUKC Moi , vous épier de la sorte !
AMÉLIE
Vous avez le droit. Dieu merci.
D'écouter deux fois à la porte.
Comme diplomate et mari.