‹ Le cousin PonsChapitre 12 sur 123 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

est tombé d'une frise et a laissé orpheline cette chère petite qui pleurait sa mère depuis deux ans ; alors je me suis dit : Pons ne voudra pas de cela ! Pons est un grand cœur qui souffrirait trop de cette affreuse misère ; il faut aller chercher cette enfant ! . . C'est la pensée de Pons qui m'a inspiré et j'ai amené Olga ici! Ai-je bien fait, Pons?

PONS, lui prenant la main.

Tues bon comme Dieu, mon ami! tu vaux mieux que moi ; c'est bien ta pensée à toi tout seul qui t'a guidé ! merci de m'associer à ta bonne action ! Olga, mon enfant, ratifiezvous le projet de Schmucke?.. voulez-vous essayer de trouver dans deux pères la monnaie de celui que vous avez perdu ?

OLGA

Oh ! monsieur Pons !

SCHMUCKE

Appelez-le papa Pons !..... vous m'appellerez tonton Schmucke.

BRUNNER

C'est beau ce que vous avez fait là, Schmucke !.. (a oiga.) Mademoiselle, il m'avait suffi de vous voir pour vous admirer ! votre infortune commande mon respect et je serais bien heureux si je pouvais vous prouver l'intérêt que vous m'inspirez. Malheureusement je crains bien que ces deux cœurs dévoués qui vous ont adoptée ne me laissent rien à faire !

OLGA

Merci, monsieur !.. tout cela est un rêve que Dieu m'envoie parce que je l'ai beaucoup prié.

PONS

Allons, allons, bonne journée !.. Schmucke, dis à madame Cibot d'emporter tout cela et aide-moi à nettoyer dare dare.

SCHMUCKE

Ma'dame Cibot!...

Il lui fait signe d'emporter la table.

OLGA

Ah ! ceci c'est mon affaire, si vous le permettez !..

Elle aide madame Cibot à emporter la table premier plan gauche. SCHMUCKE.

i\loncher Bnirmer, permettez-moi donc de vous féliciter!. j'ai appris avec bonheur que vous êtes plusieurs fois millionnaire.

BRUNNER

Oui ! et ma foi, je peux bien m'en féliciter aussi, car vraiment, quoique ce soit une mort qui m'ait rendu riche, je ne

me suis pas trouvé assez bon chrétien pour m'en plaindre.

P0XS.

Je le crois bien ! c'est sa marâtre qui lui a fait ce beau coup-là!

SCHMUCKE

Je sais combien elle vous a fait souffrir.

PONS

Mais grande nouvelle, mon bon Schmucke! Brunner va se marier! il se marie!.,. (Bas.) Je le marie!

SCHMUCKE

Bah !

BRUNNER

Eh! mon Dieu oui!... Tenez, mon vieux Schmucke, vous savez si j'ai été heureux dans ma vie! j'ai été élevé par une belle-mère, et Dieu seul pourrait dire les mauvais traitements que j'ai endurés!... J'ai tant souffert par cette femme que je me suis pris à croire que le ciel qui est juste me doit une compensation, et que la femme sera l'instrument qu'il emploiera pour cela!,., aussi ai-je résolu de me marier!... il me semble que je trouverai là tous les honneurs qui m'ont manqué... J'ai une très-grande fortune, mais j'ai vécu si longtemps dans la misère que je ne saurais faire usage utile de la richesse; une femme me dirigera; elle me rendra service et, de plus, elle est bien capable de me vouer encore un peu de reconnaissance pour cette fortune que je lui ferai partager et qui, dit-on, est pour beaucoup dans les félicités de ce monde! Je crois que je vais être très-heureux!

PONS

Hein ? est-ce assez bien raisonner ?

SCHMUCKE

Mais oui, mais oui!

BRUNNER

Maintenant comme, grâce au malheur et à l'expérience, le rêveur chez moi est doublé d'un homme d'affaires, j'ai partagé mes capitaux et gardé une poire pour la soif; j'ai commandité de deux millions un brave garçon,, mon ami, mon compagnon de misère, qui fonde une maison de banque, et j'ai conservé l'autre moitié de ma fortune à mon apport de mariage.

PONS, le prenant à part..

A propos décela... tu permets, Schmucke!... j'avais oublié de vous dire que madame de Marville m'a parlé d'une condition; comme elle donnera par contrat sa terre de Marville à Cécile, elle désire la marier sous le régime dotal ; vous auriez alors à placer un million en terres pour augmenter Mar-

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