‹ Le cousin PonsChapitre 39 sur 123 · ACTE DEUXIÈME c · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME c

milleavant tout, comme disait cet ancien acteur !.. N'enfin je suis n'unpeu en retard ! Vous seriez bien aimable, ma petite mère, si vous pouviez prévenir madame que je lui apporte un tableau ! . .

MADELEINE

Mais comment donc, médème, avec plaisir ; je suis fâchée qu'il y ait tant de monde, je vous aurais invitée à vous rafraîchir !..

LA CIBOT

Ah ! merci, allez, j'ai pas le cœur à ça ! mon pauvre Cibot s'en va, s'en va que c'est une bénédiction !..

MADELEINE

Attendez-moi un instant !

Elle entre dans la salle à manger.

LA CIBOT, se levant.

Je suis dans la place !.. Ouf! Mes messieurs sont ici, j'ai les clefs dans mes poches, Remonencq n'est allé chercher l'expert et doit me donner le signal... Monsieur Fraisier aurait bien voulu m'effrayer avec ses héritiers naturels et légitimes, c'est un intrigant et rien de plus qui voudrait me faire chanter ! mais il ne nous empêchera pas de faire notre pelote, non, il ne nous empêchera pas !.. C'est pas que je sois capable d'avoir n'une centime à autrui, oh! non, mais n'enfin nous ne réclamons que notre dû !.. nous ne sommes pas des chiens ! Rira bien qui héritera le dernier, comme disait cet ancien acteur!., les véritables ennemis sont ici, Fraisier nous l'a indiqué ; ce sont les de Marville, les seuls héritiers. Voici monsieur Pons qui rentre de plus en plus dans leur amitié!., mauvaise affaire ! . . Une bonne petite brouille qui pousserait mon monsieur à tester en faveur d'un autre, de monsieur Schmucke par exemple, qui ne connaît rien aux bibelots, le pauv' cher homme!.. D'abord qu'il en a le droit, vu qu'ils ne sont que des collatéraux au troisième degré, Fraisier l'a dit!., calerait notre beurre !.. Allons, faudra la trouver, nous la trouverons !.. Et il y a cette jeunesse.

MADELEINE, rentrant.

Madame vous remercie, médème ! elle vous prie délaisser cela ici, elle le verra après dîner !

LA CIBOT

Et mon monsieur Pons, sait-il que je suis venue ?..

MADELLINE.

Oui, oui!..

LA CIBOT

C'est qu'il devait n'avoir les sangs tournés, ce pauv' cher n'amour d'homme, et je voudrais pas lui faire de la peine,

n'allez !.. c'est mes enfants, mes deux messieurs!., c'est si bon et si brave !

MADELEINE

Parlez-m'en!... Ce vieux pique assiette-là nous donne plus de mal ici à lui seul que tout le reste de la maison! Et il est susceptible, ma chère médème, que c'est rien de le dire!... Ah ! vous ne devez pas avoir toutes vos aises avec lui!...

LA CIBOT

Ah! dame, je le soigne comme un poupon depuis dix ans que je lui ai épargné deux mille francs par an au moins, médème, et qu'il a pas beaucoup Pair de s'en apercevoir; c'est tous ingrats, les hommes! mais moi je ne sais pas ce que c'est que l'intérêt!... Je le soigne toujours comme si qu'il aurerait des millions et qu'il les partagerait avec moi !...

MADELEINE

Vous faites pas de bile!... Y a pas de danger de ça!,..

LA CIBOT

Ah! je le sais bien, allez! Et puis n'enfin c'te homme n'a n'une famille légitime sans compter, (Finement.) Vous savez bien ! là, n'entre nous, n'on n'est pas parfait, quoi ! C'te homme a eu son époque, pas vrai ! Ce n'en sont pas moins des enfants quand même que ce serait le fruit de la débauche de jeunesse!...

MADELEINE

Comment, ce vieux-là aurait des enfants?...

LA CIBOT

Tiens, pardié! (Lui donnant un coup de coude.) Entre nous, pas vrai, motus!,., faut tourner sa langue sept fois avantde parler comme disait cet ancien acteur ! Mais enfin c'te petite qu'il a installée chez madame de Marville...

MADELEINE, vivement.

La nouvelle venue?...

LA CIBOT

Ah ! dame, c'est comme ça ! ... et c'est bien naturel , allons ! . . . Faut bien avoir soin des siens! N'une supposition que vous me direz : c'est du propre d'aller placer les enfants de l'amour dans des familles honnêtes et de mettre une rien du tout en compagnie d'une belle demoiselle. D'accord, pas vrai! mais enfin, ce que je vous en dis là, vous savez... c'est entre nous... pas de danger que vous me trahissiez, pas vrai! (a part.) Madame de Marville le saura au jouï d'aujourd'hui !... si elle pouvait donc me la flanquer à la porte!... mon monsieur ne reverrait plus sa famille de sa vie ni de ses jours !...

Page 1