‹ Le cousin PonsChapitre 55 sur 123 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

. Mais, mon Dieu, je ne demande rien, moi!

FRAISIER

Ecoutez, jouons cartes sur table!... vous ne connaissez point madame de Marville; sachez donc que si, pour arriver à ses fins, elle jugeait utile de nous envoyer tous les deux en cour d'assises et au bagne, moi qui suis innocent comme l'enfant qui naît, je prendrais mon passe-port et irais aux

États-Unis. (Mouvement delà Cibot.) Or, VOUS Convoitez la SUC-

cession!... Oh î ne me le cachez pas, je le sais, je vous* connais sur le bout du doigt. Eh bien, ma chère madame Cibot, madame de Marville, qui vient de marier sa fille au vicomte Popinot , s'est dépouillée pour elle de toute sa fortune ; croyez-vous que dans ces circonstances, elle néglige la succession de votre monsieur Pons ?

LA CIBOT

Mais ils sont brouillés!...

FRAISIER

Qu'est-ce que cela fait ? Raison de plus ! Tuer un parent de qui l'on se plaint, c'est quelque chose; mais hériter de lui, c'est là un plaisir!...

LA CIBOT

Mais le bonhomme a ses héritiers en horreur !... Il me répète que ces gens-là l'ont écrasé comme un œuf qui se trouverait sous un tombereau.

FRAISIER

Voulez- vous être broyée ainsi ?.. .

LA CIBOT, mouvement d'effroi.

Ah ! mon Dieu !... mais j'aimerais mieux laisser tout cela là.

Que vous tiriez, de cette affaire-là, une trentaine de mille francs, c'est possible ; mais la succession, il n'y faut pas songer !... Je vous le répète, il y a pour madame de Marville, non-seulement un intérêt de fortune, mais encore une satisfaction de vengeance!... car, à l'entendre parler, votre malade s'est conduit envers elle comme un monstre !...

LA CIBOT

Ça ne m'étonnerait pas qu'il en soye un !... Figurez-vous que voilà dix ans passés que j'y mets du mien, il le sait, il a mes économies, et il ne veut pas me coucher sur son testament... Non, monsieur, il ne le veut pas !... il est têtu comme un vrai mulet... Voilà dix jours que je lui en parle. Il ne

desserre pas les dents : le plus qu'il m'a dit, c'est qu'il me recommanderait à monsieur Schmucke.

FRAISIER

Il compte donc faire un testament en faveur de ce Schmucke ?

LA CIBOT

Il lui donnera tout !

FRAISIER

C'est ce dont il importe d'avoir des preuves.

LA CIBOT, montrant la porte d'entrée.

Tenez, vous voyez ce vieux qui monte l'escalier?... c'est mon monsieur Schmucke!.,.

FRAISIER, regardant.

C'est l'homme!..

Oui!..

FRAISIER

La pierre d'achoppement!

LA CIBOT

Dam ! il paraît, puisque vous le dites !..

FRAISIER

Il importe donc que vous me préveniez dès que vous aurez connaissance d'un testament!.

LA CIBOT

Mais mon Dieu !..

FRAISIER

Examinez bien votre position : elle est superbe. Si vous suivez mes conseils de point en point, vous aurez, je vous le garantis, trente ou quarante mille francs de cette succession. Mais cette belle médaille a un revers. Supposez que madame de Marville apprenne que vous voulez écorner le million du bonhomme Pons, — car il y a toujours des gens qui se chargent de dire ces choses-là! — en dix minutes on vous renvoie de la loge et on vous donne deux heures pour déménager...

LA CIBOT

Que que ça me fait, je resterais chez mes messieurs comme leur femme de confiance!..

FRAISIER

Et voyant cela, Ton vous tendrait un piège, et vous vous réveilleriez un beau matin dans un cachot, sous une accusation capitale !

Moi ! moi qui n'ai n'une centime à autrui!, moi ! moi ! !

Page 1