SCÈNE PREMIÈRE PONS, BRUNNER, OLGA
Pons est étendu sur la chaise longue. Olga est agenouillée près de lui. Brùnner, debout, sucre une tisane.
PONS
Ah! mes pauvres enfants!.. . je vous remercie bien!... je suis au bout de ma vie, voyez- vous... ils m'ont tué!... Kt c'est doux, allez, — en ce grand chagrin d'entrer dans îa mort, — c'est doux de s'éteindre entre de bons amis.
OLGA
Mon bon monsieur Pons, ne parlez pas ainsi !...
BRUNNER
Voyons, Pons, pas de ces idées... je vous vois dans un mois, arpentant les boulevards et courant les ventes...
PONS
C'est bien fini, allez!... mais pourquoi vous affliger? la mort, c'est un rendez- vous !... Et puis, si ce n'était votre amitié et celle de mon pauvre Schmucke, qu'il m'est pénible de quitter, la vie est-elle donc si regrettable pour moi ? Dieu n'a pas voulu qu'elle fût comme je la rêvais ! j'aurais tant aimé une femme, des enfants, une famille!. .. Vivre chéri de quelques êtres, dans un coin, était toute mon ambition ! car vous le savez bien, Brùnner, le but de la vie, c'est la famille ! . ..
BRUNNER
C'est vrai. (Aoiga.) Ne le pensez-vous pas aussi, mademoiselle ?. . .
OLGA, rêveuse.
Oh ! oui !
PONS, examinant attentivement Olga.
N'est-ce pas, ma petite Olga, que tu comprends bien ce bonheur, d'être toute à un être aimé ; de passer sa vie à l'ombre de son amour, de caresser de frais petits enfants dans lesquels on revit! ah! voilà l'avenir que je voudrais t'avoir fait !... voilà qui me consolerait du départ, si je savais que derrière moi je laisse des heureux.
OLGA
Oh ! monsieur Pons, moi je ne suis qu'une pauvre fille !... j'ai eu ma part de bonheur, puisque, dans mon infortune, Dieu m'a fait rencontrer votre douce affection !... Il ne faut pas que j'en demande davantage, ce serait me montrer ingrate envers la Providence !...
BRUNNER
Mademoiselle, écoutez-moi ! (oiga se lève.) Écoutez-moi, mon bon Pons ! moi aussi, je l'ai rêvé, ce bonheur !.. J'ai cherché autour de moi, et je n'ai rien trouvé... et j'ai fatalement contribué au malheur de ce saint homme, qui voulait se dévouer pour faire des heureux !
PONS
Ne parlons pas de cela, mon ami, je ne croyais pas au mal!.. Vous avez été plus clairvoyant que moi ! que Dieu en soit béni !...
Ce triste jour, mademoiselle, où j'ai rompu avec la famille de Marville, mademoiselle Cécile avait près d'elle une dangereuse rivale : auprès des. fourberies féminines, de la coquetterie, des ambitieux calculs de cette sotte petite fille, je voyais la simplicité du cœur, les charmes de lajeunesse, Tattrait d'une pure et mélancolique beauté ; je respirais un parfum de chasteté et de vertu qui m'enivrait doucement; de ce jour, mademoiselle, je vous ai aimée ; de Ce jour, je vous ai suivie, et mon amour n'a fait que s'accroître...
PONS, lui prenant la main.
Je le savais bien, moi !
OLGA, se serrant contre Pons.
Oh ! non ! non !... ce n'est pas possible!...
BRUNNER
Mademoiselle, ce sera un jour béni pour moi que celui où vous daignerez m'accorder votre main! Et tout ce qu'un honnête homme peut faire pour rendre une femme heureuse, soyez-en sûre; je le ferai !. . .