‹ Le couvent de Carmes et le séminaire de Saint-Sulpice pendant la TerreurChapitre 120 sur 200 · DOCTOR. PASTOR. MARTYR · texte numérisé non relu

DOCTOR. PASTOR. MARTYR

Après le départ des prêtres auxiliaires, M. l'abbé Cruice resta seul dans le couvent des Carmes avec les élèves de l'École des hautes études, et à ces derniers vinrent bientôt se joindre quelques jeunes gens envoyés par d'honorables familles qui désiraient les faire participer à l'enseignement littéraire qui y était professé.

Cependant, en 1851, le R. P. Lacordaire, dont les conférences attiraient tant de monde à Notre-Dame, et dont la réputation, comme orateur sacré, grandissait de jour en jour, songea à constituer à Paris une communauté de frères prêcheurs appartenant à l'ordre des Dominicains. A cet effet, il sollicita l'autorisation ûe MBï Sibour, alors archevêque de Paris, qui non-seulement la lui accorda, mais encore consentit à lui céder une partie du couvent des Carmes, la moitié du jardin du côté des maisons de la rue Cassette, et l'église tout entière. Dès lors l'École des hautes études dut se restreindre et se contenter du surplus de la propriété.

L'installation des RR. PP. Dominicains eut lieu le

IPRÉS I i rBRREUR. 291

obre I N49. h1 Ami de la Religion en rendit compte bd ces termes :

« Le Révérend l'ère Lacordaire s'est établi dans L'ancien couvent i\<^ Carmes, Le 15 octobre, jour de la fête de sainte Thérèse. Le vaste établissement et les jardins qui en dépendent onl été coupés en deux; une partie deviendra le couvenl des Dominicains, l'autre reste à l'École normale ecclésiastique. Ainsi, deux institution- distinctes et entièrement séparées l'une de l'autre vonl habiter les cloîtres qui reçurent successivement les religieux cannes, les martyrs du 2 septembre, les prisonniers de la République et les Filles du Mont-Carmel '. »

En 18o2, M. Cruice fonda, à côté de l'Ecole des liantes études ecclésiastiques, une autre école entièrement distincte, destinée aux jeunes gens laïques qui se livrent, spécialement aux études scientifiques et veulent acquérir ainsi les connaissances exigées pour l'admission aux écoles du gouvernement. Tous les locataires

1. A nos yeux, cette division de l'ancien monastère est regrettable. D'une part, l'extension qu'ont prise et que prendront encore la communauté des Dominicains et l' Ecole des hautes études, l'ait que l'une et l'autre sont trop à l'étroit et se gênent mutuellement. D'autre part, quand on visite ce monument, considéré désormais, à bon droit, comme historique, on souffre de voir une clôture en planches établie dans le jardin pour fixer la ligne de démarcation des deux établissements, alors qu'on voudrait embrasser de l'œil ce jardin tout entier où surgissent tant de souvenirs ! Knûn, si on parcourt les anciens cloîtres du couvent, on est obligé de revenir à chaque instant sur ses pas, au lieu d'en faire le tour comme autrefois. La séparation des bâtiments a nécessité en effet la fermeture de certaines galeries, et cette modification de l'état primitif des choses fait perdre à ces vieilles constructions ce caractère d'unité qui leur convenait si bien.

qui étaient restés dans l'ancien enclos du couvenl lurent alors congédiés, et l'espace qu'ils occupaient fut consacré à la nouvelle École préparatoire, qui prit, en quelques années, un développement tel, que malgré L'édification de plusieurs corps de bâtiments, le nombre lèves doit, aujourd'hui encore, être limité faute de place1.

Au mois de juin 1861, le gouvernement voulant récompenser M. Cruice du dévouement qu'il avait apporté dans la direction de ces deux écoles des Carmes, et, en même temps, désirant faire tourner sa haute capacité au profit d'un des plus beaux sièges de l'épiscopat français, le nomma évoque de Marseille. Ce ne fut pas alors sans une émotion profonde que le nouveau prélat quitta cette maison qui était, en quelque sorte, devenue son œuvre, et qu'à ce point de vue il chérissait doublement. Mais ses regrets furent amoindris quand il se vit donner pour successeur M. Hugonin, l'un de ses anciens élèves, qui, aux grades de docteur ôs lettres et en théologie, joignait le titre de professeur à la Sorbonne. Grâce à une telle direction, secondée par la bonne administration de l'économe, M. l'abbé Gallin, les deux écoles des Carmes resteront désormais à la hauteur de leur passé.

Tout dernièrement encore, une nouvelle preuve vient d'être donnée de la haute estime dans laquelle

1. Depuis sa fondation jusqu'en 1861, VEcole préparatoire des Carmes a eu trente élèves reçus à l'Ecole polytechnique, quatre-vinplouzo a Satnt-Cyr et vingt-deux à l'Ecole forestière»

APRÈS LA TFRREUR. 28b

est tenue YÊcole des hautes études ecclésiastiques. Un ftécret impérial, en date du 22 mai I8G2, porte qu'à l'avenir la communauté instituée le 22 mars 18"J2, pour desservir L'église de Sainte-Geneviève, se composera du supérieur de l'Ecole des hautes études, qui prendra le titre de doyen, et de six chapelains choisis par les élèves boursiers de l'École. De plus, une somme annuelle de 26,300 francs fut affectée à la fondation de bourses dans l'Ecole, et à des indemnités pour les ecclésiastiques chargés par elle du service de l'église Sainte-Geneviève.

Fusionner ainsi l'Œuvre de Sainte-Geneviève avec l'École des hautes études, c'est assurer à cette dernière une existence plus stable et favoriser encore son développement.

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