CHAPITRE XVI
Cette chambre était connue jusqu'ici sous le nom de Chambre des Girondins.— Sa description. — Inscriptions dont les murs sont revêtus. — Récit de M. de Lamartine. — Erreurs matérielles. — Les girondins n'ont jamais été emprisonnés aui Carmes. — Preuves à cet égard. — Les inscriptions doivent être attribuées à Destournelles, ancien ministre.
Outre la Chapelle des Martyrs et ce que nous venons de décrire, il existe encore dans l'ancien couvent des Carmes deux chambres qui ont le privilège de fixer la curiosité des personnes admises à les visiter. L'une d'elle, connue jusqu'ici sous nom de Chambre des Girondins, est située sous les combles du bâtiment occupé par l'Ecole des hautes études ecclésiastiques. Pour y arriver, il faut d'abord franchir un escalier en pierre, qui se termine par une sorte de plate-forme touchant presque à la toiture. C'était le principal escalier du couvent. Un peu au-dessous de cette plate-forme, on rencontre, sur la droite, quatre marches, de petite dimension, qui conduisent à une porte massive, fortement verrouillée, et dont le seul aspect rappelle les précautions que devait prendre un geôlier vigilant. Une fois
LA CHAMBRE DE DEST0U RNELLES. 30H
cette porte ouverte, on se trouve en présence de deux longs couloirs; l'un, adroite, mène vers le dôme de 1 eglise; l'autre, faisant face à la porte, se prolonge dans la direction du nord, et est éclairé, du côté droit, par des lucarnes donnant sur une cour intérieure ; la partie gauche se compose de plusieurs chambres contiguës les unes aux autres. A l'extrémité de ce couloir, il en existe un autre, qui forme coude avec lui, et est à peu près d'égale longueur. Ce troisième couloir prend jour aussi sur La cour h droite, et donne accès à plusieurs chambres à gauche. C'est là que se trouve celle dont nous nous occupons. Cette chambre n'est, à vrai dire, qu'une espèce de mansarde de douze pieds carrés environ. Le plafond, qui suit l'inclinaison du toit, est traversé par une poutre formant saillie. La seule fenêtre qui l'éclairé donne sur le jardin du côté nord, et se compose de seize petits carreaux, avec châssis dit à guillotine l. Sur la cloison du côté de l'est, on voit encore la trace d'une porte, qui devait mettre cette pièce en communication avec celle qui l'avoisine. Cette porte a été complètement bouchée.
Ce qui fait l'intérêt particulier de cette mansarde, ce sont les nombreuses inscriptions qui se lisent sur
1. M. l'abbé Lalanne, en parlant de cette chambre, dit qu'elle est éclairée par deux lucarnes. Cela tient à ce qu'à l'époque où il l'a visitée, la cloison qui séparait cette chambre de celle qui l'avoisine à droite n'avait pas été rétablie, en sorte que les deux pièces n'eu faisaient qu'une; mais à l'inspection des murs il était évident qu'il avait existé primitivement une séparation entre elles. Aussi l'a-t-on refaite de manière à rendre à cette chambre historique les véritables dimensions qu'elle devait avoir en 1793.
trois de ses murs. Quant au quatrième, il a dû, vraisemblablement, en être aussi revêtu; mais tout a disparu de ce côté.
M. de Lamartine, qui a, dit-on, consacré plusieurs heures à la visite de cette partie du couvent, en a lait une description où le caprice du poète l'emporte singulièrement sur la fidélité de l'historien '. Suivant lui, presque toutes ces inscriptions ont été écrites avec du sang et sont dues en grande partie aux girondins. Ainsi, tandis que Vcrgniaud aurait, avec son propre sang, tracé ces mots : « Potius mori quam fœdari, » un autre girondin, invoquant les souvenirs de l'ancienne Rome, aurait écrit ce distique :
« (Juand il n'a pu sauver la liberté de Rome, Caton est libre encor et sait mourir on homme. »
Plus loin l'abbé Fauchet'se serait inspiré de Y Imitation de Jésus-Christ, et lui aurait emprunté cette belle maxime :
« Souvenez-vous que vous êtes appelés non pour causer et pour être oisifs, mais pour souffrir et pour travailler » .
Rien n'est assurément plus poétique, mais aussi rien n'est moins vrai, et quand on compare ce récit de M. de Lamartine avec ce qui frappe les yeux en entrant dans cette chambre, on se demande comment l'illustre écrivain, au lieu d'intituler son œuvre Histoire des girondins, ne l'a point appelée Poème sur les girondins. En