Notice historique sur le couvent des Carmes, p
300 LA CHAMBRE DE DESTOU RNELLES.
D'ailleurs, comment admettre que tant d'individus aient pu, avec leur sang, tracer des lettres aussi grandes, aussi nettes et en aussi grand nombre? On comprend bien qu'un pauvre captif ait l'idée de se tirer quelques gouttelettes de sang pour tracer, sur des débris de liuge ou de papier, certains caractères microscopiques qui, échappant à l'œil inquisiteur du geôlier, iront au dehors révéler sa triste situation ; mais un tel procédé n'a plus sa raison d'être, quand il s'agit d'inscriptions dont les prisonniers couvraient les murs par pure distraction, et qui auraient nécessité de leur part des saignées abondantes. D'un autre côté, n'oublions pas que, malgré la sévérité qui était à l'ordre du jour dans les prisons pendant la Terreur, les détenus pouvaient se servir d'encre, puisque les uns entretenaient des correspondances avec leurs familles, tandis que d'autres composaient des poésies. Il était donc parfaitement inutile de recourir à un moyen aussi extrême que celui qui leur est prêté par M. de Lamartine.
Maintenant, quels sont les vrais auteurs de ces inscriptions? Faut-il les attribuer aux girondins, comme on l'a fait généralement jusqu'à ce jour, et comme semble y autoriser l'espèce de tradition qui existe depuis nombre d'années dans le couvent lui-même?
Pour résoudre cette question, il est un premier point qu'il faut examiner : c'est celui de savoir si les girondins ont, à une époque quelconque, été incarcérés dans ce couvent? Car si on démontre qu'ils n'y sont jamais entrés, il sera impossible de concevoir qu'ils aient pu
y écrire quoi que ce soit. Eh bien, le Moniteur, d'une part, et les registres conservés à la préfecture de police, de l'autre, ne laissent aucun doute à cet égard : les girondins n'ont jamais été emprisonnés aux Carmes.
En elFet, leur arrestation fut décrétée le 2 juin 1793, et immédiatement, ils furent gardés à vue chez eux l. Trois semaines après, un nouveau décret de l'Assemblée ayant ordonné leur transport dans une maison nationale-, les nus furent conduits au Luxembourg, les autres à prison de Y Abbaye ou à la grande Force, puis, le 6 octobre, ils furent tranférés à la Conciergerie, en vertu d'un jugement rendu le 4, qui les renvoyait tous devant le tribunal révolutionnaire; mais, pour mieux dissiper encore toute incertitude sur ce point, nous empruntons à M. Granier de Cassagnac le tableau qu'il a dressé lui-même aux archives de la préfecture de police, sur les indications précises que lui a fournies l'archiviste, M. Labat; ce tableau, qui permet de suivre avec la plus grande exactitude chaque girondin depuis le jour de son arrestation jusqu'au moment où il monta sur l'échafaud, est ainsi conçu :
\. Biussot, arrêté à Moulins, fut écroué à l'Abbaye le 23 juin 1793, et transféré à la Conciergerie le <i octobre, en vertu du jugement du 4.
2. Vergniaud, arrêté à Paris, fut écroué au Luxembourg le 20 juillet, transféré à la Grande-Force le 31, et transféré enfin à la Conciergerie le G octobre.