Extrait du Moniteur du 27 octobre
SÉANCE DU h BRUMAIKE.
Destournelles, ministre des contributions publiques, est entendu et prête serment.
Le président. Vos noms?
Le témoin. Est-il indispensable que je dise le prénom qui me fut donné à ma naissance?
Le président. Oui.
Le témoin. Je le profère à regret, ce prénom : c'est Louis. Mes noms et surnoms sont Deschamps-Destournelles. Ce dernier est celui que j'ai constamment porté à dater presque de mon enfance. Il a été une sorte de signalement par lequel on m'a distingué dans une très-nombreuse famille. Je n'eu ai pas changé après le décret du 19 juin 1790, pour ne pas être masqué et réellement pseudonyme avec mon nom propre. Au reste, je déclare que ce nom n'était point féodal; car mes parents ne m'ont laissé et n'ont possédé que des biens qu'on nommait roturiers comme eux-mèrnes.
Le président. Quel est votre état?
l)<-sti)Ui;idles. Je suis ministre des contributions publiques, et auparavant directeur de la régie nationale de l'enregistrement, membre de la Commune du 10 août depuis sa formation, officier municipal depuis plusieurs mois, vice-président du conseil général. Je l'étais encore au 31 mai et jours suivants.
[Réimpression du Moniteur, t. XVIII, p. 231.)
trouve les mômes pensés, les mômes aspirations. C'est un étalage pompeux de vertus stoïques jointà l'emphase cl à la déclamation. Les sentiments religieux y prennent une place infiniment petite, et quand le nom de Dieu se trouve par hasard dans une de ces tirades poétiques, c'est plutôt comme une réminiscence des principes de l'antiquité que comme une croyance vraiment chrétienne. Ce sont les idées de la fin du xvuie siècle, revêtues de la couleur politique du temps; et le rapprochement de certains mots, la tournure de certaines phrases, le rhythme uniforme de la plupart des strophes, démontrent que c'est un seul individu qui a tracé ces inscriptions. D'un autre côté, si on interroge le corps de l'écriture, on arrive à la môme conviction. Presque partout, en effet, on retrouve des caractères identiques, et la dimension des lettres, leur disposition, leur liaison entre elles, les arabesques qui les accompagnent, tout révèle une môme main.
Cette main, quelle est-elle?
Nous n'hésitons pas à l'attribuer à Destournelles l'ancien ministre.
Deux ordres d'idées nous conduisent à cette conclusion.
L'un est tiré de l'analogie matérielle qui existe entre l'inscription signée par Destournelles et celles qui l'avoisinent. Cette inscription, en effet, qui n'est autre chose que la traduction en vers français d'une pensée d'Horace, est renfermée dans un encadrement dont les dispositions se trouvent reproduites plusieurs fois ail-
leurs1; puis, entre la signature et le dernier vers, on remarque deux petits traits bouclés et placés à coté l'un de l'autre; or des traits semblables existent en tête de l'inscription : Dulce est décorum pro patriâ mort, et à la fin de celle qui commence par ces mots : Pour V homme qui de sa patrie...2 »
L'autre ordre d'idées qui nous a frappé prend sa source dans la nature même de ces inscriptions. Toutes révèlent, de la part de leur auteur, des souvenirs classiques. Horace y joue le plus grand rôle; viennent ensuite Sénèque, Virgile, Racine, Corneille, etc., etc. Eh bien, personne n'était plus apte que Destou nielles à faire de telles citations. Entré dès son jeune âge au collège de la Flèche, il y avait obtenu de grands succès, et finissait ses classes avant d'avoir atteint sa quinzième année. Son étude favorite était celle des auteurs latins, et, suivant un de ses biographes, il savait si bien Horace par cœur, qu'il eût pu en rétablir le texte si toutes les éditions en eussent été perdues 3.
Cela se concilie encore parfaitement avec les nombreux emprunts qu'a faits à Horace l'auteur des inscriptions que nous avons relevées. Quant à celle qui est signée des camarades de chambre de Destournelles, elle