DEFORGUES A SES CONCITOYENS
« Une circulaire a, dit-on, été écrite, le 3 septembre 1792, et envoyée aux tribunaux et aux départements de la république. Cette circulaire taisoit l'apologie des scènes déplorables dont Paris fut témoin à cette époque, et invitoit toutes les sections de la république à les répéter. Depuis quelque temps on a répandu, avec profusion , différens exemplaires de cette circulaire. Mon nom a été imprimé au bas de quelques-uns de ces différens exemplaires. Je me trouve donc accusé d'avoir fait l'apologie des massacres de septembre : on voudroit donc me faire partager l'infamie et l'atrocité des Septembriseurs.
« J'avoue que, fort de ma conscience et de l'estime de tous ceux qui m'ont connu dans ma vie privée et publique, j'ai longtemps méprisé cette horrible calomnie; ne pouvant, d'ailleurs, saisir une ombre fugitive, combattre un ennemi invisible, j'ai dû attendre, pour livrer le combat, que la lumière me fût rendue, et qu'un adversaire à combattre se présentât au grand jour.
« Je rends grâce au comité de sûreté générale. Il vient de m'ouvrir la carrière du combat. Après une très-longue attente, il a décerné contre moi un mandat d'arrêt le 26 de ce mois ; l'administration de police ne s'est présentée chez moi que le 28 pour le mettre à exécution. J'ai présenté les preuves incontestables de
PROTESTATION DK DEFORGOES. 365
mon. innocence au comité de sûreté générale. Je les soumets à tous mes concitoyens : qu'ils jugent entre moi et tous les calomniateurs.
« Je peux d'un seul mot rendre impuissants tous les traits de la calomnie. JE DÉCLARE QUE JE N'AI JAMAIS SIGNÉ LA FAMEUSE CIRCULAIRE EN QUESTION.
« Je pourrois borner ici toute ma défense, et invoquer l'autorité de la loi contre les calomniateurs, les forcer à présenter les preuves juridiques de leur horrible accusation. Je sais que depuis trois mois ils n'ont pu, malgré les recherches les plus actives, se procurer le plus léger indice pour étayer leur échafaudage de calomnie. Je consens à abandonner, avec eux, une partie de mes avantages. Je pourrois attendre les preuves de leur accusation ; ils devroient prouver que je suis coupable ; je vais démontrer mon innocence.
« Richelieu, le plus éhonté des despotes, pour perdre un homme demandoit au moins deux lignes de son écriture. Croiroit-on que dans le berceau de la liberté, des hommes plus hardis que Richelieu, plus impudens que les tyrans, oseroient fonder une accusation capitale sur l'impression de quelques caractères typographiques, désavoués par ceux dont on compromet le nom ? Mais, je le répète, je serai aussi généreux que les accusateurs sont atroces.
« J'ai déclaré que je n'ai jamais signé la fameuse circulaire, et je le prouve.
« A l'époque du 2 septembre, je n'étois point à lad-