Voici une pièce qui établit ce fait
« Vu par le Directoire, le compte à lui présenté le 23 septembre 1793, par le citoyen Lamontagne, commissaire-vendeur du mobilier Datioual, pour la vente du mobilier national appartenant à Veriuer, prêtre de la ci-devant communauté de Saint François de Sales, à Issy, décédé à Paris au commencement de septembre 1792, ledit mobilier resté dans la chambre qu'il occupait dans ladite maison.
« Le procès-verbal de ladite vente, fait le 9 mars dernier, enprésence du citoyen Allard, membre du conseil d'administration du district, du maire et du procureur de la commune d'Issy. »
(Archives de l'hôtel de ville /le Paris.)
FAITES Al' SEMINAIRE S.\ l NT-si) I.P1CE. 217
l'administration du département ayant formé le projet de louer le grand et le petit séminaire, la section du Luxembourg se réunit, et nomma des commissaires chargés d'aller au département demander la suspension de cette location. Cette démarche étant demeuré infructueuse, elle rédigea une adresse destinée à être présentée à la Convention nationale, pour l'inviter à décréter que le grand et le petit séminaire resteraient pour le le logement des femmes des volontaires l, et cette fois, la location n'eut pas lieu.
Peu de jours après, M. iïmery fut arrêté; voici dans quelles circonstances :
Le 4 avril 1792, il avait adressé h son frère, M. Émery de Saint-Martin, commandant de la garde nationale du canton deThoiry (Ain), une lettre contenant le passage suivant :
«Sans doute \ous avez dû être inquiet sur mon compte. Le moment d'être plus inquiet est arrivé plus tôt qu'un ne pensait. On n'aurait pas imaginé qu'avant le mois d'avril la
1. Extrait du proo' s-verbal de la séance de la section, du 5 avril 1793.
« On entend le rapport des commissaires chargés d'aller au département demander la suspension de la location du grand et petit séminaire, et donne lecture de l'arrêté du département relatif à cet effet. Un membre propose de députer à la Convention nationale, à l'effet de l'inviter à décréter que le grand et petit séminaire restent pour le logement des femmes d<\s volontaires. L'assemblée arrête qu'il sera rédigé une pétition à la Convention nationale à ce sujet, et nomme pour commissaires-rédacteurs les citoyens Monlizon, Grandmaisou et Xavier Audouin. »
Du 10 avril 1793.
<( On fait lecture d'une adresse destinée à être présentée à la Convention nationale, tendant à faire suspendre la location du grand et du petit séminaire. » [Archives de la préfecture de police.)
21g ARRESTATIONS
campagne lut si avancée el que les Autrichiens fussent sur nos frontières. Mais ce qui désolera un aussi bon patriote que vous, c'est ce que vous apprendra le journal d'aujourd'hui, que luimouriez, brouillé mortellement avec la Convention, s'avance sur elle et sur Paris avec des troupes de ligne; d'où il résulte que nos places fortes vont être occupées par les Autrichiens, et que ceux-ci, en peu de temps, seront arrivés à Paris. Jugez de l'état où nous serons el de celui ou nous sommes déjà; jugez combien de personnes tremblent : les modérés tremblent, parce qu'ils craignent d'être égorgés par les ardents; les ardents tremblent, parce qu'ils ne savent où se réfugier l. »
Plus tard, il écrivit de nouveau à son frère, et le pria de faire passer une autre lettre à M. de Juigné, ex-archevêque de Paris, réfugié à Constance. Ces lettres furent interceptées à la poste de Thoiry, et par suite d'une perquisition faite au domicile de M. Emery de Saint-Martin, celle du 4 avril ayant été saisie, le conseil du district de Gex, patrie de M. Emery, envoya à Paris un rapport fulminant. Aussitôt, la Commune de Paris ordonna l'arrestation du supérieur du séminaire, arrestation qui eut lieu le 19 mai 1793, jour de la Pentecôte.
Amené devant la Commune, M. Emery fut interrogé. On lui demanda notamment pourquoi, dans différentes de ses lettres, il marquait à son frère : 1° que les Marseillais étaient des brigands; 2° que les clubs maîtrisaient les corps administratifs et produisaient de grands désordres; 3° qu'il applaudissait aux curés qui refu-
l. Archives de l'empire. Section judiciaire. W. 2. N° 181.
gaient le serment; 4° qu'il prédisait Le discrédit des aslignats et leur non-valeur; 5° qu'il cherchait à faire [ici ilre à l'Assemblé nationale la confiance qu'elle devait avoir; 6e pourquoi il traitait les prêtres constitutionnels d'intrus? 7° pourquoi il traitait les patriotes de canaille; 8" pourquoi il conseillait à son frère de tâcher d'être quelque chose dans la révolution et de déguiser ses sentiments secrets; 9° enfin, pourquoi, dans toutes ses lettres, il exprimait le caractère fanatique et contrerévolutionnaire?
A ces diverses questions, M. Émery répondit qu'il n'avait aucun souvenir ni aucune connaissance de tous Ses faits; qu'il était même pleinement assuré que la plupart étaient faux et calomnieux.
Après cet interrogatoire, la Commune de Paris fit conduire M. Emery à la prison de Sainte-Pélagie, sous la prévention de correspondance contre-révolutionnaire , et le Comité de sûreté générale ordonna son renvoi devant l'accusateur public, Fouquier-Tinville.
Cependant, en apprenant son arrestation, plusieurs de ses amis, et notamment madame la marquise de Villette, l'une de ses parentes, firent des démarches en sa faveur auprès du Comité de sûreté générale, qui, le 31 mai, rendit l'arrêté suivant :
« Le Comité de sûreté générale de la Convention nationale, après avoir pris connaissance de l'arrestation de la personne du citoyen Jacques-André Émery, cidevant supérieur du séminaire Saint-Sulpice, âgé de
no ARRESTATIONS
soixante et treize ans ', comme suspect d'incivisme:
« Considérant quo la section du Luxembourg, sur laquelle est domiciliée ledit Emery, a donné des témoignages avantageux sur sa manière de se conduire pendant la révolution;
(t Considérant qu'il a été un des premiers prêtres à prêter serment de maintenir la liberté et l'égalité;
ii Arrête que le citoyen Emery sera mis en liberté, sous l'obligation de fournir caution et certificateur de caution a. »
« On ne tarda pas, continue l'auteur de la Vie de M. Émery, h voir à quel danger il avait échappé. Six jours après son élargissement, l'accusateur public envoya un huissier à Sainte-Pélagie pour le traduire devant le tribunal révolutionnaire. L'huissier fut trèsétonné d'apprendre que celui qu'il cherchait était sorti de prison. Il éclata en plaintes et en menaces contre le concierge ; mais il fut obligé de se retirer après avoir pris copie de l'acte du Comité, que celui-ci alléguait pour sa défense 3. »
M. Emery rentra au séminaire, et quelque temps après, voyant que la section était entièrement maîtresse de disposer du local qu'il occupait avec les quelques ecclésiastiques qui ne l'avaient point quitté, il lui
1. C'est une erreur. M. Emery n'avait alors que soixante et un ans; mais peut-être les personnes qui s'intéressaient à lui avaient-elles fait expiés de le présenter comme un vieillard que l'âge devait rendre complètement inoffensif.
2. Archives de ta préfecture de /lOlice. :>,. Vm île M. Emery, t. \", p. 337.
FAITES AU SÉMINAIRE SAINT-SULPICE. m
écrivit une lettre pour demander ù rester dans son logement, moyennant un loyer qu'il payerait au Comité; mais l'assemblé générale, en accueillant sa demande, repoussa toute idée de rétribution, et rendit un arrêté ainsi conçu :
«L'assemblé générale, après avoir entendu la lecture d'une lettre du citoyen Émery, ci-devant supérieur du séminaire, par laquelle il expose les services qu'il a rendus à la section en différents temps, et termine en demandant à rester dans son logement, ainsi que ses collègues dans le leur, en payant le loyer du local qu'ils occupent, arrête que, vu les services importants que le citoyen Emery a rendus jusqu'à ce jour à la section du Luxembourg, elle lui accorde son logement sans payement, et dit qu'il a bien mérité de la section. »
Toutefois M. Émery ne jouit pas longtemps de cette concession. Le 13 juillet suivant, sur la dénonciation de quelques esprits mécontents et jaloux, l'ordre fut donné au comité révolutionnaire de la section du Luxembourg de procéder de nouveau à son arrestation, ainsi qu'à celle de tous ses adhérents.
En exécution de cet ordre, les commissaires Dinanceau, Lucron, Vigneul et Stanley, se transportèrent au séminaire, le surlendemain, à cinq heures du matin, et placèrent aux principales portes des factionnaires, auxquels ils donnèrent la consigne « de laisser entrer librement toutes les personnes qui se présenteraient, mais de n'en laisser sortir aucune, de les observer en
222 A II RESTATIONS
tout, et de veiller principalement à ce qu'aucun papier ne lut détourné '. a
Par suite de ces mesures, cinquante-trois personnes furent arrêtées. En voici les noms :
I. Antoine (Anne-Françoise), 'Jî ans, née à Nancy, ex-religieuse il»' L'Assomption, demeurant à Paris, rue Mézières.
•j. Bazin (Pierre-Elisabeth), 26 ans, né à Grandhau (Ardennes), portier du séminaire Sainl-Sulpice.