‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 33 sur 58 · II · texte numérisé non relu

II

Don de Vives-Davoust. — Achat du couvent de la Magdeleine. — Installation définitive.

Au milieu de toutes ces alternatives. Dieu ménagea une nouvelle espérance à nos chères religieuses. M. de Vives, membre du Conseil municipal et du Bureau de bienfaisance, et Madeleine Davoust, son épouse, sœur

de notre religieuse, Mère Davoiist, s'engagèrent, devant M-^ Etienne Bodin, à donner dix mille huit cents francs pour acheter une maison aux religieuses, si le prix de la maison s'élevait jusque là. Ils mettaient toutefois cette belle condition : les donateurs garderaient l'anonymat.

M. Bodin eut la bonté de prêter sou nom à cette donation et de demander au Conseil municipal l'approbation définitive des religieuses, ainsi que l'autorisation pour elles d'accepter le don de M. de Vives. Toutes les pièces approuvées furent envoyées au Ministre des Cultes, le 26 décembre 1809, et, le 11 avril suivant, l'Empereur autorisa le Maire de La Flèche à accepter, au nom de la commune et du Bureau de bienfaisance la somme de dix mille huit cents francs destinée à acquérir une maison pour les religieuses, aux conditions exprimées dans l'acte de donation du 30 novembre 1809.

Comme ce décret impérial ne parlait pas de l'approbation définitive des religieuses, et que les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph venaient de recevoir, le 14 décembre 1810, un décret de confirmation et d'approbation définitive, les Filles de Notre- Dame adressèrent une nouvelle pétition, le 21 janvier 1812, au Ministre des Cultes. Elles ne furent pas plus heureuses.

Les événements politiques avaient marché. L'Empire était tombé et les Bourbons rentraient en France. Une des religieuses, Mère du Rozel, crut bon d'écrire, le 5 mai 1814, à Monsieur, frère du roi, pour le

complimenter et lui demander l'approbation définitive de l'Institut. Le 1'^'^ septembre, M. Jourdan, conseiller d'Etal, administrateur général, adressa à M^' l'Evèque du Mans une série de questions sur le but et la dénomination de l'institution, sur son autorisation avant la Révolution, et, depuis, sur le nombre des religieuses et leur revenu. Gomme la somme qu'elles avaient été autorisées d'accepter était insulïisante pour acquérir une maison assez considérable, et qu'elles espéraient de nouveaux secours pour acheter les bâtiments, cour et jardin dune ancienne communauté dite de la Magdeleine, que les héritiers du premier acquéreur se disposaient à vendre; l'administrateur demandait donc à M'^M'Evêque du Mans en (luel état était cette maison, quelle somme elles atïecteraient annuellement à son entretien, etc.

On répondit promptement à toutes les questions, et on attendit.

L'ancien couvent de la Magdeleine, dont il s'agit ici, était situé en dehors des murs de La Flèche, près du faubourg Saint-Jacques, et avait été supprimé avant la Révolution par M^' l'Evèque d'Angers (1). Toutefois il ne fut vendu qu'au commencement de la

(i) Nous lisons dans M. J. Clère, au sujet des pensionnaires de la Magdeleine , cette curieuse réflexion :

« Quelques-unes même des plus belles et des plus célèbres péchecheresses titrées de l'époque, étaient envoyées à la Madeleine se repentir, mais en effigie seulement. C'est ainsi que Ton y vit longtemps un tableau d'une grande perfection de travail représentant la marquise de Montespan eu Madeleine pénitente, et si bien transformée en sainte qu'on la prenait généralement pour la patronne du couvent.

« Ce curieux et précieux tableau a disparii pendant la Révolution qui dans sa réaction aveugle contre le passé, ne comprenait ni les droits de la religion, ni ceux des arts, ni ceux même de la beauté. »

Révolution à M. Le Gouz de Vaux, dont les héritiers le laissaient pour trente-six mille francs et même pour trente mille francs.

Une ordonnance royale vint, en septembre 1816, autoriser l'achat de cette maison.

Les religieuses éprouvèrent, vers le même temps, une nouvelle consolation. Le 18 octobre 181G, elles apprirent que iM'' de Pidoll leur donnait, pour supérieur, M. Delaroche, curé de La Flèche, qui s'était montré pour elles si dévoué et si généreux.

Vers cette époque, elles écrivirent à Poitiers, à Mère Durand, pour la presser de revenir parmi elles, ce retour s'eiïectua à la fin de 181G.

Le 29 novembre, M. Delaroche fut autorisé à nommer et à établir une des religieuses pour supérieure à l'effet d'accepter, au nom de la communauté, la donation que se proposaient de lui faire, conformément à l'ordonnance du roi, M. Etienne-Jacques Bodin, stipulant au nom des personnes qui voulaient rester inconnues, et M'"*' Glaudine-Jacquine Davousl, religieuse de la même communauté. L'élection se fit le 19 décembre suivant. La Mère Françoise-Marie Péan-Douasne fut proclamée supérieure, pour accepter au nom de la communauté, la donation de la Magdeleine.

Cependant, Mère Davoust, chez qui les autres religieuses s'étaient retirées , rue Vernevelle, et qu'elles étaient accoutumées à regarder comme leur supérieure, continua de tout diriger ; elle termina, de

concert avec M. Bodin, l'achat delà maison, les 10 et 22 janvier 1817, et la fit réparer aussitôt.

Les deux acquéreurs donnaient la maison aux Filles de Notre-Dame.

(( 1° Cette maison et ses dépendances appartien (Iront perpétuellement et exclusivement auxdites religieuses de la Compagnie de Notre-Dame de La Flèche, spécialement dévouées à l'instruction des enfants de leur sexe.

« 2" En cas d'extinction ou suppression de la communauté desdites religieuses, par défaut d'icelles ou autrement, l'effet des dispositions ci-dessus énoncées cessera dès qu'elles ne pourront plus exercer gratuitement l'instruction des jeunes filles de la classe indigente.

« 3° Le cas prévu comme possible par l'article 8 arrivant, les religieuses existantes alors jouiront du logement entier jusqu'à leur réduction au nombre de quatre, et, à cette époque, leur droit d'occuper ladite maison cessera ; elles recevront chacune cinquante francs par an, sans retenue ni déduction quelconques, payables par quails, de trois en trois mois, et d'avance, à titre de secours pour loyer, tant et si longtemps qu'elles vivront, sans que le décès de l'une accroisse le loyer des autres.

« 4° Au cas déterminé par l'article 3, si les religieuses étaient privées d'abord de la faculté d'enseigner et d'instruire, puis réduites à quatre, la propriété de ladite maison et dépendances passera aussitôt, de plein droit et sans aucune formalité, au Bureau de bienfaisance de ladite ville de La Flèche, qui sera alors tenu, tant qu'il existera des religieuses ou sœurs,

de leur payer individuellement ledit secours ou loyer, qui sera anéanti au décès de la dernière. »

Comme on le voit, le couvent de la Madeleine était bien la propriélé des Filles de Notre-Dame, et, pour les en déposséder, il fallait tout d'abord leur enlever la faculté d'enseigner.

Le 2") juin 1817, les Filles de Notre-Dame eurent la consolation de recevoir, au milieu d'elles, une des religieuses de la Maison d'Alençon. — On n'avait, en etïet, aucun espoir de rétablir cette maison fermée à la Révolution. — Françoise-Thérèse Dunoyer, munie d'un certificat des vicaires capitulaires de Séez et de l'Evèque du Mans, fut incorporée à la maison de La Flècbe, avec le titre de Mère Vocale, immédiatement après celles qui existaient alors, pour se conformer à l'usage établi dans la Maison de Poitiers, et avant toutes celles qui feraient profession dans la suite.

Enfin arriva le 20 juin, jour fixé pour l'installation des religieuses.

Celui qui rédigea les Annales de 1863, avait vu cette rentrée ; aussi pouvait-il en parler avec enthousiasme, mais il ne se doutait pas que ce souvenir passerait et qu'on verrait, quatre-vingt-dix ans plus lard, un nouveau départ pour l'exil.

« On se souviendra longtemps, à La Flèche, du jour heureux où fut enfin rétablie cette Communauté, qui avait été toujours si chère à ses habitants. Jamais peut-être cette ville n'avait vu foule si empressée et si joyeuse s'agiter dans son enceinte; de tous les lieux

environnants on était accouru, et sur ces milliers de visages heureux et rayonnanis on pouvait lire le respect et ratîectiou qu'avaient conquis ces humbles et pauvres filles pour lesquelles se préparait un si glorieux triomphe.

(( A neuf heures du matin, le 20 juin de l'année 1817, un clergé nombreux, suivi de toutes les autorités civiles et judiciaires, arrivait à la porte de la maison de la rue Vernevelle; les Religieuses étaient là, vêtues de l'habit de leur Ordre et de leurs longs manteaux ; une seule manquait à l'appel. Qu'était devenue la Mère Davoust, la bienfaitrice, la Mère de la petite Communauté? Son humilité, blessée à la pensée d'une marche triomphale où elle devait occuper un rang si distingué, avait cru pouvoir s'y soustraire; déjà elle était rendue à la porte du nouveau Couvent. Mais on refusa de céder à un sentiment de modestie qui eût allligé tous les cœurs ; le clergé et les autorités préférèrent retarder la cérémonie jusqu'à ce que la Mère Davoust eût repris son rang parmi ses sœurs. Alors, le vénérable Curé de La Flèche, M. Delaroche, xM. de la Bouillerie, sous-préfet, M. Desperrés, président du Tribunal, et M. Lefebvre du Breuil, maire de la ville, leur adressèrent successivement des paroles de félicitation, de gratitude et d'espérance, puis on se mit en marche.

« La procession était magnifique : les Confréries venaient d'abord avec leurs croix et leurs bannières, et parmi elles on remarquait celle de .Xolre-Dame Auxiliatrice, composée de jeunes filles vêtues de blanc. Elles étaient suivies de deux cents enfants élevées par nos Mères, du Tribunal en corps et de

toutes les autorités en grand costume. Les Religieuses, précédées de M. l'abbé Gournay, leur aumônier, paraissaient enfin sur deux lignes, et le clergé, revêtu de ses plus beaux ornements, fermait la marche. C'est ainsi ({u'on arriva à l'église paroissiale, parée comme pour les jours de fêtes solennelles. Le vénérable Curé monta en chaire, et, au nom de tous les habitants de la paroisse, il adressa aux Filles de Notre-Dame les plus touchants adieux. Les larmes de l'assistance interrompirent son discours; on n'entendait plus dans cette foule si compacte que des sanglots et des soupirs.

« La messe solennelle du Saint-Esprit fut ensuite célébrée, puis la procession se reforma et prit la direction du nouveau monastère. Lorsqu'on fut arrivé à la porte, le digne Curé, le Sous-Préfet et le Maire offrirent, dans un plat d'argent, les clés de la Maison à la Mère Davoust, au nom de l'Evêque, du Roi et de la ville. Elle les prit aussitôt et elle introduisit les religieuses dans l'intérieur, tandis que le brillant cortège entrait dans la chapelle extérieure pour y chanter un Te Deum, qui fut suivi de la bénédiction du Très-Saint-Sacrement. Avant de les quitter, M. le Sous-Préfet adressa encore quelques paroles d'adieu et de reconnaissance aux nouvelles recluses, et l'émotion qui se manifesta de nouveau au milieu de la foule prouva combien ces paroles avaient de retentissement dans les cœurs.

« Le lendemain, M. le Curé, nommé supérieur de la Communauté, par M-' de Pidoll, évêque du Mans, entra avec l'aumônier, M. l'abbé Gournay, pour bénir la maison et l'emplacement désigné au bout du vaste

enclos pour servir de cimetière. Le 18 juillet suivant, les Religieuses se réunirent, sous la présidence de leur Supérieur, pour procéder à une élection canonique, et la Mère Davoust ayant obtenu la presque totalité des sutïrages fut nonniiée Supérieure. Alors la Mère Perrault, qui depuis longtemps servait de Procureuse à la petite Communauté, rendit ses comptes devant ses Supérieurs, et aussitôt toutes les Religieuses vinrent apporter ce qui leur restait en argent ou en objets de quelque valeur, en exprimant leur volonté d'observer désormais la vie commune et la plus parfaite pauvreté. »

Ces récits du passé, me rappellent, hélas ! le présent, dont les tristesses ne peuvent m'empêcher de garder au cœur l'espérance; oui, l'espérance pour nos saintes religieuses actuelles, d'un semblable retour triomphal dans un avenir prochain. Ce n'est pas mon espoir, c'est l'espoir de toute une cité reconnaissante et fidèle.

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