MÈRE PÉAN-DOUASNE, SUPÉRIEURE
MÈRE PIVERON, SUPÉRIEURE (1827-1833)
Mère Grandmaison. — Réception d'une parcelle de la vraie Croix. — Visite de l'Evêque d'Angers à La Flèche. — Entrée du nouvel évêque du Mans.
La Mère Péan- Douasne était « une àme de prière, et son cœur était constamment uni à Dieu; sa faible santé ne lui permettait pas de se livrer autant qu'elle leùt désiré aux soins du gouvernement, mais Dieu lui avait donné, dans la Mère Lehay-Grandmaison , une aide bien capable de suppléer à ce qu'elle n'était pas en état de faire.
« On peut dire que la Mère Grandmaison offrait le véritable type de la parfaite religieuse. Bien qu'elle ait toujours refusé d'être supérieure, elle a dirigé, pendant bien des années, la maison de La Flèche, et on s'y souvient toujours de son zèle, de sa régularité, de cette union de la fermeté à une aimable bonté qu'on admirait dans toute sa conduite. La position difïicile de la communauté, au début de sa restauration, l'obligea à remplir en même temps des emplois presque incompatibles : elle fut à la fois Mère Seconde, Maîtresse des Novices etProcureuse, et, bien qu'elle s'acquittât avec soin et lidélité de tant de diverses fonctions, son recueillement et son esprit d'oraison ne parurent pas en souffrir n (l).
La rentrée au cloître de nos saintes religieuses fut marquée, nous disent les Annales, d'un trait providentiel. Elles avaient souffert pour confesser la foi de Jésus-Christ, et le divin crucifié, pour les en bénir, permit qu'on leur fît don d'une portion assez considérable de la vraie Croix. De la donatrice, pieuse femme, nous ne savons que le nom : M'^'^ Caroline Geneviève.
Cette sainte relique ayant été préalablement reconnue authentique par M*-" de l^idoll, évèque du Mans, qui permettait de l'exposer à la vénération des fidèles, avait été enchâssée dans une croix où l'on avait aussi renfermé l'authentique et l'ordonnance épiscopale. On la déposa ensuite dans l'église Saint-Thomas, en attendant que tout fût préparé pour la cérémonie de la translation.
(i) Annales de la maison de Notre-Dame de La Flèche, Jourdain, impr., La Flèche, i863, p. 23.
Ce fut le vendredi 17 octobre 1817 qu'elle fut apportée processionnellement et avec grande solennité de Saint-Thomas à Notre-Dame. Toutes les religieuses la reçurent avec autant de respect que de reconnaissance, et la conservèrent bien précieusement.
L'Evêque du iMans permit de l'exposer publiquement aux fêtes de l'Invention et de l'Exaltation de la Sainte Croix et tous les seconds vendredis du mois, avec salut, bénédiction et adoration. i\P' Bouvier modifia, plus tard, ces permissions dans un règlement qu'il lit pour tout son diocèse.
En 1819, se passa à La Flèche un événement qui mérite d'être rapporté ici. M"-' de Pidoll, évêque du Mans, plus qu'octogénaire et très souiïrant, avait, avec l'autorisation du Pape Pie VII, invité le saint Evêque d'Angers, M^' Charles Montault des Isles, à ordonner les ecclésiastiques de son diocèse, extra tempora. La Flèche fut choisie pour cette cérémonie ; c'était une délicatesse del'Evêquedu Mans qui voulait ainsi donner l'occasion à l'Evêque d'Angers de revoir cette belle portion de son troupeau qui lui avait été enlevée lors de la division des départements.
L'ordination, fixée au 10 août, comprenait trenteneuf prêtres, vingt-quatre diacres, dix sous-diacres, six minorés et trois tonsurés, tous du diocèse du Mans (I). « Ils ont été logés chez Messieurs les habi-
(i) Le diocèse du Mans comprenait alors les déparlements de la Sarthe et de la Mayenne.
tants qui se sont empressés de leur offrir leurs maisons et leur table » (1).
AP' Montauit arriva ici le jeudi soir .i août, accompagné de son vicaire général, l'abbé Charles Prieur. Il logea au presbytère de Saint-Thomas (2) où il trouva réuni tout le clergé fléchois et reçut de suite la visite des autorités.
Les quatre jours qui précédaient l'ordination furent employés « à administrer le sacrement de confirmation aux habitants de cette paroisse et de vingt-quatre autres qui vinrent s'y présenter successivement » (3).
Le dimanche 8, « Monseigneur voulut bien officier pontificalement à la grand'messe et aux vêpres ».
« Pendant tout le temps que Sa grandeur resta à La Flèche, on sonna la retraite du soir à 9 heures avec la grosse cloche pendant un quart d'heure, et, à son départ de la ville, on sonna toutes les cloches » comme l'on avait fait, du reste, à son arrivée.
M^' Montauit n'eut garde, pendant son long séjour, d'oublier nos communautés. De toutes celles qui avaient brillé d'un si pur éclat avant la Révolution, deux seules avaient pu renaître de leurs cendres : celle des sœurs Hospitalières et celle de Notre-Dame. C'était une joie au cœur du Pasteur que de bénir ces
(i) Extrait, comme tout ce re'cit d'ailleurs, des A mialcs manuscrites de la fabrique do Saint-Thomas.
(2) Le presbytère se trouvait alors rue Henri IV, derrière l'hôtel de France actuel.
(3) Arthezé, Bazouges, Bousse, Clermont, Courcelles, Cré, Crosraières, La Chapelle-d'Aîigné, La Fontaine-Saint-Martin, Le Bailleul, Ligron,Luché, Malicorne, Mansigné, Mareil-sur-Loir, Mézeray, Pringé, Sainte-Colombe, Saint-Germain-du-Val, Saint-Jean-dç-la-Mottç, Saint- Jean-du-Bois, Thorée, Vçrron, Villaines.