LIVRE TROISIÈME
S* il voyait maintenant un talent révéré, Un de ces hauts barons de Tunivers lettré, Dont l'éloquence intègre et toujours salutaire Lui semblait faite exprès pour assainir la terre, Me prendre par la main, et me traiter d'égal, M'appeler, d'un seul mot. Tacite etJuvénal, Et, descendant pour moi de son trône oratoire. Couvrir ma pauvreté d'une part de sa gloire?
Mon vieux père aujourd'hui s'écrierait stupéfait : a Vous ne m'avez pas cru, mais vous avez bien fait. »
Vous, qui me connaissez, qui savez que ma muse, A compter les bluets, le long des blés, s'amuse, Ou, comme les bergers, aime à voir, loin du bruit, Dormir, au parc des cieux , les troupeaux de la nuit : Que me conseillez- vous de quitter la retraite, Où je fais mon salut en humble anachorète.
Pour venir écouter si mes vers manuscrits Ont, quand ils sonnent vêpre, un écho dans Paris? Non , ma muse a son lot en fait de renommée : On dira d'elle, un jour, que vous l'avez aimée. Que vous l'avez chantée. Aussi je ne crains plus Cette mort de l'oubli, dont on me croit perclus;
Je vivrai désormais plus que mon espérance , Autant que vous^ mon maître, et l'Histoire de France.
Quant au bruit, qui se fait autour des grands vivants , Qu'un volcan le soulève ou qu'il vienne des vents, Qu'il gronde sous leurs pieds ou tonne sur leur tête, Je n'en dédaigne pas l'imposante tempête.
J'honore les brevets par la foudre accordés; Mais fi, jusqu'à la mort, des succès marchandés 1 La palme se flétrit au front qui la demande : Les lauriers demandés sont tous de contrebande. Faisons tout pour avoir place dans l'avenir, Tout pour la mériter, et rien pour l'obtenir. Voilà ce que je veux! Et vous, mon très-cher maître, Qui m'encouragez tant à me faire connaître.
Qui me prêchez du cœur, qui me poussez des yeux, Dites, qu'avez -vous fait pour un nom glorieux? Vous avez composé beau livre sur beau livre.
Éclairant les humains, pour leur apprendre à vivre ; Et la gloire est venue à vous tout doucement. Gomme vient quelquefois la fortune, en dormant. Eh bien! ami, je dors, en attendant fortune.
Et nuls songes fiévreux de presse ou de tribune